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remedes antivénériens. L'auteur y a joint les recettes de quelques médicamens dont il n'avoit point parlé dans le corps de l'ouvrage , & qui néanmoins peuvent quelquefois être employés avec succès. Voyage de France , d'Espagne, de Porile

gal & d'Italie ; par M. S***, 4 vol.
in-12. A Paris, chez Merlin, rue de
la Harpe , à l'image St Joseph.
Ce voyage, que l'on attribue à M. Sil-

. houette, elt daté du 22 Avril 1729 jufqu'au 6 Fév. 1730. Ce n'est proprement qu'une relation assez succinte de ce qui a pu

fixer l'attention de l'auteur de cette relation. La plupart des voyageurs se peignent dans le secit qu'ils nous font de ce qu'ils ont le plus remarqué; le savant ne parle que d'inscriptions & de médailles; le géographe, de positions de lieux & d'é timologies de noms de villes; le moine n'oublie pas de cirer toutes les reliques qu'il a vues; le politique s'applique particulierement à nous faire connoître le gouvernement, les meurs & les usages des peuples qu'il a eu le tems d'étudier. M. Silhouette s'éroit occupé pendant une partie de son séjour dans les différentes villes d'Espagne, à traduire en françois

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les réflexions de Balthazar Gracian fuc les plus grands princes, & cette étude devoit le porter naturellement à fixer principalement son attention sur les meurs des peuples avec qui il se trouvoit. C'est ausli la partie la plus intéressante de son voyage. Il faut voir dans cette relation même la peinture qu'il nous fait du caractere des Espagnols. Il nous les peint, quant à l'extérieur, froids, réservés, peu communicatifs : soit maturel, soit affectation, soit l'un & l'autre ensemble, ils ont un grand air de gra. vité qui en impose à ceux qui ne les con: noissent pas : ce n'est

pas : ce n'est pas leur usage de se donner à manger, mais ils se regalent de chocolat : ils aiment les épiceries, le sucre & le safran. Ils mangent peu chez eux,

, & avec modération ; mais s'ils sont en fête chez quelqu'un qui les invite, ils mangent avec excès : doit-on les louer

dans leur fobriété ? Si on peur les engager à quitter leur gravité pour quelques 'momens, on les trouve fort enjoués & même fort vifs. Ils aiment avec passion la musique, quoiqu'ils n'aient pas de bons musiciens, & ils ont beaucoup de goûç pour la guittare. Notre voyageur rapporte

ce sujet un trait qui paroîtra toujours

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fingulier. Environ vingt-cinq après la ré. volution du Portugal, dans le tems que les deux couronnes voisines étoient en guerre, les Portugais firent une course dans l'Andaloufie & pillerent le bourg de Taineros : passant plus avant, ils laillefent un cavalier en sentinelle à la

porte de ce bourg; & ce cavalier se mirà jouer tranquillement de la guittare qui n'étoit pas d'accord; un bourgeois du lieu qui venoit d'être pillé, entendant la musique de ce soldar, & choqué de la dissonance de cet instrument, le pria civilement de lui donner sa guittare; il la mit d'accord, & la rendit au Portugais en lui disant: Agora fa templada , à présent elle est d'accord ; après quoi il continua froidement de se promener comme auparavant.

Les Espagnols conservent dans leur danse un air de gravité & d'uniformité; leurs pas ni leurs gestes ne sont pas variés. Ils dansent ordinairement avec des castagnetres ; mais leur plus grand plaisir, & qu'ils préférent à celui de la comédie, quoiqu'ils en soient extraordinairement & ridiculement jaloux, c'eft la fête des taureaux : elle se célèbre dans la place Mayor. Cette place est au milieu de Madrid, elle a quatre cens trente-quatre toi

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ses de largeur. Les maisons dont elle est environnée sont décorées d'une architecture uniforme. Les fêtes des taureaux ne se font pas souvent à Madrid, parce qu'el. les sont d'une grande dépense. Lorsque notre voyageur étoit dans cette ville, on en fit une à Caramchel · Ariba , village qui est à une grande lieue de Madrid. Comme M. Silhouette n'avance dans la relation de cetre fête aucune circonstance dont il n'air été lui-même téipoin, on verra sans doute cette relation avec plaifir. La fère le fie dans une grande place, environnée de tous côtés par des échafauds en forme d'amphithéâtre & des loges. Il y a des cambours, timbales & trom. pertes qui sonnent l'attaque du taureau, & les autres circonstances du combat au signe que le magistrat fait avec son mouchoir. Ces taureaux font noirs & ne sont pas d'une grande taille. Premierement on excite le taureau avec des dards qu'on lui enfonce entre les deux cornes au - dessus du col. Les Torcéadores, c'est ainsi que l'on nomme ceux qui combattent le taureau à pied, badinent avec le taureau en lui présentant leur manteau. Ils savent esquiver avec adresse le coup de cet ani- . mal furieux, presque fans bouger de leur

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place. Le taureau ferme les yeux en frappant,

le Torréadore fait un demi-pas de côté en effaçant le corps. Le taureau ne frappe que l'air : il se retourne, revient sur le Torréadore qui recommence le même manége, & le fait souvent sept à huit fois de suite. Lorsque les trompettes sonnent pour la seconde fois, les Torréadores quittent le dard, & prennent l'épée avec laquelle ils attaquent le taureau en face & le mettent à mort. Alors les trompettes sonnent pour la troisiéme fois : quatre mules caparaçonnées entrent, & enlevent le taureau de la lice. Parmi ces dards que l'on fiche au col du taureau , il y en a un où il y a un petard artaché afin de l'exciter de plus en plus. On tua dans cette fêre douze taureaux, & plusieurs ne durerent que quatre minutes, & moins encore, ayant été atteints mortellement du premier coup. Quand un Torreadore fait un coup extraordinaire, le magistrat lui jetre une piéce d'argent. Il y eur dans cette fête quatre ou cinq Torréadores renversés par terre, sans qu'il leur arrivât de mal. Un taureau sau. ta dans l'amphithéâtre qui est élevé de plus de cing pieds, mais il ne blessa perfunne. Avant que de pouvoir se recour

ner,

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