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d'être juste...

Rois; ce regard tendre.... Ce teint qui a la fraîcheur de la rose... Ah! li jofois l'efpérer...

Barbare, je t'enrends ; c'eft de mon opprobre que tu attends le prix de con odieuse clémence; tu seras adultere , afin

Idole de ma vie croyez...

Va, laiffe. moi... Je confens d'être malheureuse; mais je ne veux pas

être vile... J'ai lu d'un seul regard dans les replis de ron ame criminelle; rant d'iniquité de la part me démontré l'innocence de mon époux : qu'il ineure. ... Lui mourir!... homme barbare, je retombe à vos genoux; au nom de cout ce qui vous est cher sur la terre, rendez à ma douleur votre victime; n'exigez pas d'une femme éplorée le plus affreux des sacrifices; permettez que je puisse encore lever vers le Ciel des regards fereins; ne me

à

un attentat que les remords d'une vie enciere ne fauroienr effacer.

Un tigre auroit respecté tant de vertus, le tyran n'eo devient que plus ivre d'amour & plus avide de crimes. Non , dieil, je ne sçais point facrifier ma félicité à de frivoles scrupules; ce foir je serai le plus fortuné des hommes, ou vous n'au

forcez pas

rez plus d'époux.... Je consens cependant
à ménager votre juste délicatesse; ce pa-
laisest exposé aux regards du Public. C'est
chez vous que je veux tomber à vos pieds,
& vous entretenir de ma flamme ; ce soir
je m'y rendrai en Gilence, & sans suite :
fi votre porte est ouverte , votre époux a
sa grace : finon, tremblez.

Soldat féroce... & tu crois que la voix
d'un homme fuffit pour me faire trem-
bler? Và, j'ai l'ame plus haute que toi,
puisque je n'ai point encore fait l'appren-
tissage du crime. Ellaie de sauver mon
époux, & de me faire subir à sa place le
supplice des traîcres; cu verras Gj'ai mon
innocence, avec quelle fierré je monterai
sur l'échafaud; l'épouse de Sydnei craint
Dieu & l'opprobre, mais elle se croit faire
pour braver les

tyrans.
Adorable farie, je me crois assez grand
pour vous pardonner ce soir tane d'outra.
ges... Ce soir...

Jenny fort la rage dans les yeux, & la
inore dans le sein; elle entre d'abord lous
un berceau, réinoin des derniers fermens
qu'elle fit à fon cher Sydnei, & se jetant
à genoux : arbitre suprême de mes jours,
s'écrie- r'elle , je ne t'impure point mes
malheurs, Tues, sans doute, le dieu da

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bien, puisque c'est moi qui l'atteste. . : Mais si ma vie fut pure, li le cour de Sydnei est digne de toi, enleve moi dans ton fein & fauve moi d'affreux blafphêmes. Certe priere terrible ne fait qu'aigrir le fiel qui la dévore; elle monte dans 1on appartement; & jetant un regard sur fon lit : voilà, dit-elle, la place que Sydnei devoit occuper : sa place n'est plus que dans mon caur... Sydnei... Ah! quand je serois assez malheureuse pour vivre encore , qui pourroit jamais remplir cette place fatale ? Je n'eus qu'un pere, je n'aurai jamais qu’un époux. Mon époux !... Il mourra, & j'ai pu le sauver! & j'ai pu!.. Quelle horrible alternative! de subir la haine de la patrie ou de la mériter. Mais si ma vertu écoir moins cruelle ! si je ne livrois à mon tyran que ce corps que la mort va bientôt engloutir! ki, tandis que des amantes vulgaires facrifient leur vie à un ainant, je sacrifiois mon honneur à un époux !.. je n'y survivrois pas. . . N'importe , soyons vile & mourons.

Jenny ne laisle point à son délire le tems de se calmer , elle se précipite vers la porte

de la maison, l'ouvre avec agitation, remonte, & tombe évanouie aux

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pieds du lit qu'elle alloit profaner. Quand elle eut repris l'usage de les sens, elle appréhenda un souvenir funeste; & prenant un vase où étoit renfermée une liqueur assoupillante, dont elle usoir tous les soirs pour fe

procurer quelques heures de fom. meil, elle double la dose, ne prononce que ces mots, Dieu ! Dieu ! avale le breuvage & s'endore sur un fauteuil.

Le colonel, vers le minuit, fe rend chez Jenny , trouve sa

porte entr'ouverte, jouit du fruit de ses crimes.., & le monstre fe croit heureux,

Vers le point du jour le sommeil léthargique de Jenny se dislipe; elle voit à ses côtés, le tyran & ne doute plus de son opprobre. --Barbare, s'écrie-t'elle , je n'accuse que moi de cant d'infamie, je te pardonne, fuis & rends - moi mor époux.

Votre époux, dit le colonel; il vous attend dans la place publique : venez , Jenny... & voyez. A ces mots , il l'entraîne vers la fenêtre du cabinet, l'entrouvre, & lui montre le cadavre de Sydnei, suspendu à un giber de trente pieds... Ah! monstre, s'écrie-t'elle... Elle dit & tombe morte à ses pieds.

Ce recit est fondé sur un fait réel, & la

preuve morale qu'on en doit tirer en

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faveur de l'immortalité de l'ame est plus forte qu'aucun argument métaphysique. Elle doit frapper le théologien comme le philosophe, & l'artisan comme le géo. mérre, parce que tous ces êtres sont leofibles. Pour peu qu'on refléchisse, ajoute l'auteur , sur ce mouvemenr d'oscillation dans la société, qui rend à placer d'un côté les biens & le bonheur, & de l'autre la misére & l'opprobre, on verra qu'il y a des milliers d'hommes aulli malheureux que Jenny, & peut être moins coupables. Quand il n'y en auroit qu'un seul, l'induction contre la Divinité est aufli terrible; fi ce malheureux est anéanti, ce monde est l'ouvrage d'un mauvais principe, la providence est une chimère & Dieu est le plus affreux des tyrans. Je nais avec le germe des maladies les plus cruelles; je m'en console par la tendresse d'un pere, & il me deshonore; je me jetre dans les bras de ma patrie, & elle me persécate; je prie l'Ecre Suprême de m'enlever dans son sein, & il m'anéantit. Quelle est la religion où mon existence ne soit point alors le criine de la Divinité? Quel est le législateur qui ait droit de m'interdire le blasphême de Brutus ? Mais si l'a. me est immortelle, comme nous ne poutvons en douter, qu'importe à l'homme

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