Page images
PDF
EPUB

>

C'est un mauvais brocard du palais, de dire qu'il est permis à un plaideur qui a perdu son procès, de se répandre pendant vingt-quatre heures en injures contre ses juges; à moins que l'injure ne fûc li légere , qu'elle pût être excusée par le premier mouvement de la perte du procès. Un pareil plaideur s'étant avisé de dire en sortant de l'audience, que l'un de ses juges étoit un fou & l'autre un cocu; l'un vouloit se pourvoir; l'autre plus patient, disoit qu'il méprisoit l'injure. Après une contestation à ce sujet, le premier se fâcha, & dir à l'autre qu'il étoit un fou. Celui ci lui répondit : « Je suis ravi que » vous ayez expliqué l'énigme; puisque w je suis le fou , vous êtes le cocu.» · Un avocat, dans une cause toute de fait, citant l'autorité de Cujas, & disant qu'il prenoit à témoin ce grave jurisconsulte; la partie adverse , qui étoit une femme présente à l'audience, s'écria : » Mellieurs, l'avocat est un menteur, Cu- . » jas n'y étoit pas. »

M. Fourcroy, avocat , plaidoit pour un jeune homme qui s'étoit marié 'fans le consentement de son pere, lequel demandoit la cassation du mariage. Cet avo. cat voyant que la partie perdroit infailli,

[ocr errors]
[ocr errors]

blement fa cause, ellaya de toucher les ceurs. Il fit venir pour cela à l'audience, le jour qu'il devoit plaider, deux enfans nés de ce mariage. Il tâcha d'intéresser les juges en leur faveur , & sachant que le grand pere étoit présent , il se tourna pathétiquement vers lui, & lui montrane de la main ces deux enfans, il l'attendrit fi fort que celui qui demandoit la callation du mariage, déclara hautement qu'il l'approuvoit. Ce trait a pu suggérer à M. de la Mothe la scène de deux enfans qui, dans Inds de Castro, ont produit des impressions fi rouchantes.

Un avocat du parlement de Paris, fe trouvant à la campagne, résolut de s'amuser à l'auditoire du bailli du lieu, qui étoit un paysan renforcé. Il se chargea de plaider la cause d'un habitant, & se mit à plaider en latin. Le juge le laiffa parler tant qu'il voulur; ensuite il fic fermer la porte de fon auditoire , & prononça gravement ces mots : « Condamnons l'avo. » cat d'un tel à payer , sur le champ, l'a.

તે „ » mende d'un louis d'or, pour avoir parlé w devant nousune langueque nous n'enten. » dons pas.» L'avocat fut obligé de payer ainsi fa plaisanterie , & n'eut garde de le pourvoir contre ce jugement sur l'appel

[ocr errors]
[ocr errors]

duquel il n'auroit pas cu les sieurs de son côté.

Elai sur la Morale de l'Homme ou philo.

losophie de la nature, 3 vol. in - 12. avec des gravures; prix 9 liv. les trois vol, reliés. A Amsterdam, chez Arkstée & Merkus; & à Paris, chez Saillani & Nyon, libraires, rue St Jeande-Beauvais.

La nature peut être considérée sous une multitude de faces, mais l'auteur de cet elsai ne l'envisage ici que dans les rapports que l'homme a avec les êtres intelligens. Il ne prétend point faire des géomètres, mais de bons

de bons sujers épris de l'amour de l'ordre & bien persuadés qu'obéir aux loix c'est obéir à soi-même, des hommes enfin qui fachent se plaire avec eux - mêmes & qui apprennent à érudier la nature dans un caur pur & bienfaisant & non dans les livres. La philosophie de la nature que nous annonçons aura plus de trois volumies, ceux que l'on publie aujourd'hui forment néanmoins dans un sens un ouvrage complet, parce qu'ils renferment en entier la théologie naturelle & le traité de l'ame. Pour être convaincu de l'im

parens,

mortalité de cette substance spirituelle, il fuffic de suivre l'auteur & de considérer un moment avec lui le crime triomphant. Le colonel Kirke, foldat de fortune avoit été chargé par Jacques II, Roi d'Angleterre, de marcher contre les rebelles du royaume. Ses armes furent par-tout

victorieuses & le vaincu étoit sans pitié dévoué à la mort. L'aimable & tendre Jenny, instruite

que

le brave Sydnei âgé de vingt-deux ans & qui avoit reçu sa foi, est condamné, quoiqu'innocent à périr du fupplice des rebelles, n'a point recours à ' la froide ressource des gémissemens; elle vole chez le colonel Kirke & lui demande une audience secréte. Dès qu'elle l'apperçoit, elle-combe à ses genoux : Milord , s'écrie-t'elle en reprenant haleine presque à chaque mot, vous avez condamné à mort le chevalier Sydnei. C'est le plus vertueux des hommes.... C'est mon époux... Elle ne put en dire davantage ; mais les larmes, dont lon visage étoit inondé, le mouvement de fes lévres tremblantes & les palpitations de fon sein plaidoient éloquemment en fa faveur. Le féroce guerrier ne foutine pas long-tems le spectacle de tant de charmes & de tant de douleurs : Mada

ܪ

me, dit-il, je suis ici le seul arbitre de la destinée de votre époux; mais li je le rends à vos larmes, par quel prix ? . Si vous le rendez, grand Dieu ! vous ne serez que juste aux yeux du Ciel, mais vous serez au mien le plus généreux des hommes. Chaque mot de Jenny enflam, moit encore davantage le tyran;

il lareleve, la fait asseoir auprès de lui, & lui faiassant la main : Madame, dic-il, que Sydnei est coupable à mes yeux ! Il est votre époux 2... Jenny rougit & recule son liége ; le colonel rapproche le fien; & ferrant avec ardeur le bras de l'infortunée : quoi, dit-il, tant de charmes seroient au pouvoir d'un traître !

Sydnei un traître !:... Eh bien ! milord, s'il l'est, c'est sa grace que je demande.

Belle étrangere , vous demandez fa grace : que ces regards ardens sont bien fûrs de l'obrenir, mais par quel prix?..

Eh ! que peut une malheureuse pour satisfaire le ministre des Rois? Ah! fi j'étois moi-même sur le trône, je croirois avilic la vertu li jofois la récompenser.

Femme adorable , vous possédez un trésor que j'estime plus que la faveur des

[ocr errors]
« PreviousContinue »