Page images
PDF
EPUB

sens, s'écriail : Vous ne réduirez jamais l'armée à l'humiliation d'abandonner le terrritoire et d'aller s'enfermer dans une forteresse. »

Le général Chazal, dont on invoque aujourd'hui l'opinion contre nous, était de notre avis. Quant à son avis actuel, M. Frère-Orban a une lettre qui l'exprime, lettre qui a été tellement montrée que tout le monde la connaît. J'accepte donc qu'aujourd'hni M. le général Chazal est de l'avis de M. Frère. Mais en 1850, avec quelle ardeur il combattait l'idée d'abandonner le pays! it insistait sur la nécessité des têtes de pont sur la Meuse, avec toute l'énergie de ses convictions.

En 1861, le gouvernement demande aux Chambres les crédits nécessaires pour la démolition de l'enceinte de Namur. Si la citadelle est aussi condamnée, c'est le moment de l'exécuter. Mais non, le gouvernement, en même temps que les premiers crédits, en demande d'autres pour renforcer la citadelle de Namur. Eu 1863, on demande la démolition de la citadelle de Gand; le général Chazal y résiste et dit qu'on ne sait ce que permettront les progrès de l'art de la guerre, mais qu'en ce moment on ne peut pas même songer à la démolition des citadelles de Gand, de Liège et de Namur. La réserve sur les progrès de l'art de la guerre n'est qu'une de ces politesses parlementaires dans lesquelles le général Chazal excellait. Mais je ne sais quels progrès rendraient inutiles aujourd'hui des forteresses nécessaires en 1863.

En 1865, le général Chazal songe à compléter la défense de Namur, à en assurer la défense éloignée. On étudie l'établissement d'ouvrages qui devaient donner lieu à une dépense considérable.

Le ministre écrit au général Weiler qu'il ne dispose pour le moment que de 700,000 francs et lui demande d'étudier le moyen de les employer le plus efficacement pour assurer une bonne défense. Il lui indique la nécessité de se défier des hauteurs dangereuses.

Quelque temps après, le ministre se rend à Namur et conclut qu'un camp retranché sera nécessaire à Namur, mais qu'il faut d'abord terminer Anvers. Tout ceci est extrait de la correspondance entre les généraux Chazal et Weiler, et vous voyez que le général Chazal ne perd pas un instant de vue l'importance stratégique de la Meuse.

Pendant toute la durée de son ministère, il a été dépensé pour l'entretien des citadelles de Liège et de Namur des sommes considérables.

En 1866, le gouvernement demande 23 millions de crédits militaires, dont une partie destinée à Liège et à Namur. Ces crédits ne furent pas votés et le général Chazai quitta le ministère. Sa conviction ne s'était pas démentie un

instant.

M. Frère a cité d'autres documents, mais ils manquent dans les archives du département de la guerre qui présentent d'inexplicables lacunes.

Si le général Chazal a tenu le langage que . Frère lui attribue, il y a une contradiction étrange entre ce langage et tous les documents que j'ai citės. Le général Renard, qui succède au général Chazal comme ministre de la guerre, tient exactement le même langage « Les citadelles de Liège et de Namur ont une importance considérable. Jamais je ne consentirais à leur démo lition! » Voilà ce que dit le ministre de la guerre du cabinet Frère-Orban, Même attitude du général Guillaume.

M. Frère-Orban a fait état d'un rapport du général Brialmont en 1872, mais il a fait une citation tronquée. Le général Brialmont disait simplement qu'il fallait terminer Anvers, mais constatait parfaitement la nécessité d'ouvrages sur

la Meuse.

En 1878, le général Renard revient au ministère. Le 18 juillet, à peine le ministère constitué, il écrit à l'inspecteur général du génie pour lui prescrire l'étude immédiate de la construction de forts à Namur et à Liège pour remédier à l'état déplorable de ces places. La note du général est éloquente: « Je considère la ligne de la Meuse comme d'une importance capitale. Je ne verrai 2 SERIE, T. XXIII (83)

ARCHI. DIPL. 1887.

[ocr errors]

7

pas les améliorations nécessaires, mais je ne veux pas qu'il soit dit que je n'ai pas vu la nécessité de ces travaux. >>

Le général Liagre fait part à la Chambre d'une conviction analogue.

Un fait d'alleurs semble indiquer que le cabinet libéral songeait à réaliser les vœux des chefs de nos troupes. La citadelle de Huy, considérée comme inutile, avait été remise à la ville; on la lui rachète. Et dans le rapport adressé au Roi pour justifier cette acquisition, le ministre développe la nécessité de cette citadelle pour défendre le passage du fleuve.

M. Frère-Orban prétend que les fortifications seraient inutiles, parce qu'elles pourraient être tournées. Si telle était sa pensée, comment se fait-il que, sous son ministère, on ne se préoccupe que d'améliorer ces fortifications? Et quant au général Chazal, je refuse à croire qu'à aucune époque de sa carrière, il ait dit le contraire de ce qu'il pensait, pour ménager, comme on l'a prétendu, certaines susceptibilités des chefs du génie.

M. Bara. — Puisque vous attachez taut d'importance à son opinion, que ne l'avez-vous consulté ? Demandez-lui des explications.

M. Beernaert.

Je vous concède qu'il est aujourd'hui d'accord avec vous. Mais j'ai voulu vous montrer quelle était l'opinion du général Chazal quand il était ministre de la guerre. Et c'est à cette opinion que j'attache de l'impor

tance.

M. Frère-Orban. général Chaza!.

M. Beernaert.

[ocr errors]
[ocr errors][merged small]

Tenez-la pour malhabile, si vous voulez. Vous ne parviendrez pas à contester mon dire c'est que le général Chazal doit être rangé parmi les généraux qui ont défendu l'importance de la défense de la Meuse.

Ce qu'il y a de plus important, d'ailleurs, c'est l'opinion actuelle des chefs de l'armée, des hommes les plus intelligents et les plus capables. Et parmi ceux-ci, le plus important est M. le général Brialmont, autorité considérable.

On lui oppose, il est vrai, le général Eenens et le colonel Crousse qui a changé d'avis, comme le général Chazal.

Ces trois autorités me paraissent insuffisantes.

Les projets du général Brialmout ont reçu dans le monde militaire une approbation unanime en Belgique et dans toute l'Europe. Dans le monde politique également, de Berlin à Athènes et de Paris jusqu'à Rome, l'approbation est générale, presque unanime.

M. Frère-Orban invoque aussi, il est vrai. l'opinion du général hollandais Knoop qui est pensionné depuis 1872. Cet officier ne croit pas à la fortification. Il a cherché à faire accepter ses opinions dans son pays et il a complètement échoué. A la suite de son opposition, les Pays-Bas ont dépensé 30 millions de florins pour les fortifications!

Ce qui s'est passé aux Pays-Bas, nous pouvons du reste l'invoquer. Comme nous, ce pays a le système de la défense concentrée, Amsterdam étant le réduit central de la défense. Cependant il existe 101 forts dans le pays et la place d'Utrecht, pivot de manœuvre.

Les journaux hollandais ont tous approuvé nos projets militaires et je pourrais citer plusieurs généraux hollandais qui expriment une opinion diamétralement contraire à celle du général Knoop.

Messieurs, pour nous comme pour nos prédécesseurs, Anvers est le pivot de notre défense nationale, mais j'ai justifié la nécessité de la défense de la ligne

de la Meuse.

Le patriotisme des Chambres ne nous refusera pas les crédits nécessaires. Messieurs, vous voterez le projet. Il s'agit de ce que nous avons de plus cher, notre indépendance. Qu'est ce devant un pareil intérêt que les querelles qui nous divisent?

Raser les fortifications de Liège et de Namur, c'est signifier à l'étranger que la Belgique renonce à se défendre, que le pays est ouvert à l'étranger. Et je suis convaincu que M. Frère, s'il était au ministère, ne tiendrait pas un autre

langage que le mien. S'il parlait autrement, il ne trouverait pas un ministre de la guerre pour l'appuyer. (Applaudissements à droite.)

M. Bara. Vous et les vôtres, vous avez toujours volé contre toutes les dépenses militaires.

Séance du 1er Juin. M. Magis proteste énergiquement et éloquemment du patriotisme de la députation de Liège qui, dans la discussion des fortifications de la Meuse, ne cède à aucune pensée d'opposition systématique. Aucune question de personnes ni d'intérêt politique ne saurait détourner de leur devoir ceux qui mettent au-dessus de tout la sécurité et l'indépendance de la patrie.

L'orateur sait bien que la question des fortifications de la Meuse s'abrite sous le nom respecté du général Brialmont. Mais on ne peut couper le général Brialmont en deux, approuver toutes ses conceptions d'ingénieur militaire et n'admettre aucunement son avis quand il réclame l'organisation sérieuse de la réserve et l'augmentation des effectifs.

Une chose frappe l'orateur dans les projets qui sont soumis à la Chambre : Nos forces seront-elles suffisantes pour occuper tous les nouveaux travaux dont il est question? Est-ce avec une poignée d'hommes que l'on pourra défendre utilement des ouvrages aussi considérables. Mieux vaut, comme l'a dit un auteur compétent, pas de forteresse, que trop de forteresses avec trop peu d'armée. — car celles-ci deviennent des prisons pour celle-là.

C'est l'avis des généraux. M. Beernaert nous a cité hier l'opinion des ministres de la guerre et de nombreux généraux sur le nécessité de défendre la Meuse. Il eût fallu citer aussi leur opinion sur notre organisation militaire et l'insuffisance des effectifs, même sans fortifications nouvelles. Tous ont réclamé avec énergie l'organisation de la réserve nationale. Et aucun ne se serait contenté du simulacre de réserve du général Pontus.

Qu'on ne cherche pas à leurrer l'opinion publique en faisant valoir l'appoint de la garde civique. Tout en professant le plus grand respect pour la garde civique et la plus grande confiance en elle, nous devons reconnaitre que ce n'est pas elle qui peut efficacement être appelée à une défense compliquée comme celle des fortifications proposées. Les généraux, dont le ministre, président du conseil, a tant parlé hier, n'ont été consultés que sur la question de savoir si, techniquement, les défenses de la Meuse étaient en elles-mêmes une chose bonne. Evidemment. Mais l'augmentation des effectifs était pour eux tous le corollaire naturel des nouvelles défenses. L'honorable député de Liège ajoute qu'avant de prendre d'aussi graves déterminations, il aurait peut-être mieux valu compléter les fortifications d'Anvers. Il ne comprend pas de toutes façons la pression exercée sur le Parlement auquel il semble qu'on ne veuille pas laisser le temps de se recueillir. Quelle est la véritable raison de ces fortifications de la Meuse? C'est que nos voisins sont arrivés à garnir leurs points de contact de défenses tellement impénétrables qu'on en est arrivé à penser que le jour où une querelle possible précipiterait l'une vers l'autre l'Allemagne et la France, elles seraient l'une ou l'autre, entraînées à violer notre territoire. M. Magis donne lecture d'un passage du remarquable travail de M. le général de Miribel où il expose que pour celui des deux belligérants qui, même dans la situation actuelle de la vallée de la Meuse, prendrait cette voie d'invasion, ce serait, en même temps que violer le droit des gens, compromettre toutes les chances de victoire. Les têtes de pont dont vous parlez peuvent seules devenir un appât pour les envahisseurs. Et c'est contre vous-mêmes et contre votre nationalité que vous allez fourbir des armes.

En créant le système d'Anvers, base unique d'opération, la Belgique avait créé le système de la véritable neutralité.

Celui des fortifications proposées ne peut avoir d'autres résultats que d'attirer sur Liège et sur Namur toutes les horreurs de la guerre, et hélas! non pas seulement inutilement, mais au grand détriment de la sécurité nationale. En effet, de quelles forces disposerez-vous pour maintenir le contact entre la ligne

de la Meuse et le camp retranché d'Anvers? La Belgique ne doit avoir d'autre but que de sauvegarder ses libertés, sa neutralité, son indépendance.

M Frère-Orban. Le discours de M. le ministre des finances révèle un mécontentement, une irritation qui l'a empêché de garder la juste mesure, d'apprécier saiuement les réalités et sa propre situation. Il a même méconnu, qu'il me permette de le lui dire, sa propre dignité.

Il avait fait le plus beau rêve. Les fortifications n'étaient point combattues, le conseil communal de Liége les demandait, la presse libérale, la presse liégeoise l'encourageaient, et l'œuvre accomplie, il n'y avait plus qu'à lui tresser des couronnes.

Mais M. Beernaert s'était trompé. Il n'avait pas compris le vote du conseil municipal de Liége, qui demandait seulement là démolition des citadelles existantes. Puis, au milieu de ces rêves, je suis très malheureusement intervenu, j'ai été un trouble-fête et je suis venu rappeler à M. Beernaert qu'il est le chef d'un parti qui, depuis trente ans, a combattu toutes les mesures que nous avons proposées dans l'intérêt de l'armée, qui a dénoncé avec une véhémence rageuse, dans les comices électoraux, nos folies militaristes!

Et le mênic orateur qui a ce passé derrière lui ose nous dire que refuser les fortifications de la Meuse, c'est ouvrir le pays à l'étranger. Il affirme que nous ne trouverions pas un ministre de la guerre pour soutenir la thèse contraire. Il a oublié que, quand j'étais au pouvoir, j'ai résisté pendant quatre années aux instances qui ont été faites auprès de moi pour que je présente ces mêmes projets. Je les ai repoussés parce qu'ils sont en contradiction avec le système de 1859 et parce qu'ils ont pour conséquence, en disséminant nos forces, d'ouvrir le pays à l'étranger.

M. Beernaert a oublié que j'avais à mes côtés un ministre de la guerre et que lui et ses amis, ce qui est plus étonnant, partageaient notre opinion.

Y a-t-il dans la langue un mot qui permette de qualifier sans manquer aux convenances une pareille conversion?

Quand j'étais au pouvoir, je fus interrogé et je fis connaître à la Chambre que je considérais comme un devoir impérieux de combattre ces projets.

Alors M. Malou se leva et, chose bien rare, il me prêta son appui, déclarant que les fortifications de la Mense, qui sont très couleuses, ne sont pas nécessaires à la défense nationale. » Et la Belgique militaire nous traita tous deux, M. Malou et moi, d'outrecuidants, et la presse catholique et la presse libérale tout entières applaudissaient à ma résolution.

Le chef du cabinet actuel commença par déclarer en décembre 1886 que le système de défense de la Belgique ne serait pas modifié, qu'il y avait lieu peutêtre de transformer dans une certaine mesure les fortifications secondaires de Liége et Namur.

Et le lendemain, après réflexion, l'honorable ministre disait que les déclarations faites en 1883 étaient encore les siennes. Cela signifiait pas les projets de M. Brialmont !

M. Beernaert. - Vos déclarations de 1883 ne signifiaient pas cela. Elles laissaient la porte ouverte.

M. Frère. On ne fera pas d'équivoque. J'avais exclu les projets Brial

mout.

Le 8 décembre 1886, il y a done accord complet entre M. Beernaert et moi et le 8 février 1887 le gouvernement propose les projets, au mépris de ses engagements, au mépris de toutes ses déclarations antérieures.

M. Beernaert ne nous a pas donné les explications qui justifieraient un changement aussi étonnant. Mais ce qui est plus surprenant, c'est qu'on me reproche à moi de ne pas avoir changé d'avis. On ne voit plus dans mon opposition qu'une coalition de mécontentement contre le gouvernement, une opposition politique, il l'a dit, — dans laquelle j'ai pour complice le lieutenant génér at baron Chazal.

L'établissement des camps retranchés sur la Meuse est périlleux. Il n'en fut

jamais question depuis 1859 jusqu'en 1880. Je n'ai pas même eu à en parler avec le général Chazal. C'était une des rares questions sur lesquelles on parut unanime à droite comme à gauche. C'est seulement après le dépôt des projets que l'idée m'est venue de consulter mon ancien collègue, celui que je puis appeler mon compagnon d'armes, celui avec lequel pendant deux longs ministères, nous avons eu à prendre ensemble les plus importantes mesures pour la défense nationale.

Avant que ma lettre pût parvenir au général Chazal, je reçus de lui un billet dans lequel il me remerciait de la façon dont j'avais exprimé sa pensée dans l'exécution de notre œuvre commune.

· Deux jours après, le général Chazal m'écrit qu'il considère les projets du général Brialmont comme désastreux pour la Belgique. « Ce n'est pas un système, écrit-il, c'est une folie. Où sont nos forces pour défendre ces camps retranchés ou, si l'on veut, ces amorces de camps retranchés? L'ennemi profitera de la nuit pour s'emparer de vive force de la ville. Vingt-cinq à trente mille hommes seront nécessaires pour empêcher ces attaques de vive force. N'avez-vous pas besoin de nos troupes pour des objets plus essentiels? Que de travaux à faire à Anvers, et dans le camp retranché, à Termonde, Diest? I faudra construire des cuirassements, placer des coupoles, blinder les canonnières, acheter des mortiers rayés. Si nous plaçons encore des hommes à Liége el à Namur, que nous restera-t-il pour défendre le reste du pays?

Les Français, comme les Allemands, seront attirés sur notre territoire par ees fortifications extravagantes. Il faudrait au moins deux cent mille hommes pour surveiller Anvers, si l'on risquait le passage par la Belgique, la Meuse n'étant pas fortifiée, car l'ennemi craindrait d'être attaqué sur son flanc.

« Au contraire, si la Meuse est fortifiée, le sort de la guerre se décidera sur notre territoire, car ni Français, ni Allemands ne permettraient les uns aux autres de s'en approcher.

«En 1859, je faisais des concessions sur l'ancien système de défense, qui avait nécessairement encore des partisans. Mais mon intention formelle était de ne jamais aller au delà de ce qui était nécessaire.

« Ce n'est pas des fortifications sur la Meuse qu'il nous faut, c'est une vigoureuse armée de 130,000 hommes avec une réserve de 40,000 hommes. Et le service obligatoire peut seul nous les donner.» (Bravos à gauche).

Le général Chazal, qui a écrit cette lettre, est attaqué par le chef du cabinet qui lui reproché d'avoir fait une communication au chef de l'opposition.

Reproche très immérité; en même temps qu'il m'écrivait, le général Chazal avait communiqué son opinion au ministre de la guerre et au chef du cabinet.

Et l'on va chercher derrière des motifs inavouables, les causes de l'opposition du général Chazal. C'est son honneur qu'il défendait, à lui qui a créé Anvers. Triste spectacle! Ces hommes varieront vingt fois dans leurs idées. Ils exigeront qu'on varie avec eux. Au lieu de dénigrer ceux qui contredisent en pareil cas, il faudrait plutôt les louer, car c'est le seul moyen de connaître la vérité. Et ce n'est pas le général Chazal seul qu'on attaque, c'est moi. J'aurais rêvé le renversement du cabinet. Hé, messieurs, avec la majorité formidable dont vous disposez, puis-je y songer?

Mais toute dissidence est coupable. Ceux qui combattent l'opinion du cabinet, on les appelle dédaigneusement: colonel en retraite.

Il faut que la libre discussion soit en réalité proscrite. On est assuré de tomber en disgrâce dans l'armée si on est soupçonné de ne pas partager Topinion du ministre. On voit des hommes de grand mérite relégués dans des postes obscurs. Combien d'entre vous, messieurs, connaissant des officiers de mérite ont pu se convaincre de ce que vaut le silence qu'on considère comine une approbation et de ce que vaudrait une discussion contradictoire. Qu'attendre d'un tel régime pour la formation du caractère? Et le ministre, sûr qu'on

« PreviousContinue »