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rience! Le caractère des princés et de leurs ministres, leurs vertus, leurs lumières, leurs vices, leurs erreurs, les intrigues de ceux qui les entourent, et dont ils sont eux-mêmes les victimes; les plans systématiques d'arrondissement, qui dans les cabinets des princes se sont suivis de père en fils, voilà les ressorts qui les font mouvoir!

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Depuis la dernière guerre entre la France de l'Angleterre, et surtout depuis la formation de la ligue germanique, don't le prétexte était la barrière qu'on voulait opposer à l'ambition de Joseph 11, mais dont le but était l'agrandissement de la Prusse, l'Europe se trouve partagée entre deux grandes factions : l'Angleterre, la Prusse, la Hollande, la Suède, le Portugal et une partie de l'empire composent l'une; l'autre est formée par l'empereur, la Russie, le Danemarck, une partie de l'Empire, l'Italie et l'Espagne : ce qui n'empêche pas que pour des vues momentanées les puissances, même de ligue opposée, n'agissent de concert; mais, ces vues remplies ou ces passions satisfaites, le cours ordinaire des négociations reprend son train. La Pologne était depuis longtemps sous le joug de la Russie, et si cette dernière puissance se vit obligée lors du fameux partage de satisfaire aux vues d'arrondissement de l'Autriche et de la Prusse, elle ne continua pas moins de dicter seule des lois aux Polonais : la révolution de ce pays a été un coup de foudre pour le cabinet de Pétersbourg; l'hérédité du trône dans la maison de Saxe lui ôte l'espoir d'influence que les élections lui procuraient, et ce n'est pas sans inquiétude qu'il verra cette riche succession passer par l'héritière de Saxe dans 'une des puissantes maisons de l'Allemagne.

» L'électeur, flottant entre le parti de l'Autriche et celui de la Prusse, prévoyant que sa détermination sera le motif d'une guerre sanglante dont la Pologne será le théâtre, et peutêtre un nouveau partage la suite, temporise et négocie, afin de rester en équilibre entre ces deux masses de puissance. L'empereur et la Prusse désirent également l'alliance de l'héritière de Saxe avec un prince de leur maison, et redoutent chacun la réussite des plans de son rival; ils négocient encore, et finiront peut-être cette lutte politique en faisant épouser à la princesse de Saxe l'un des petits princes d'Allemagne. Toute

l'attention de ces puissances est donc fixée sur la Pologne, et si la Russie, dont les espérances à cet égard sont anéanties, dé→ sirait faire une diversion en engageant Léopold ou FrédéricGuillaume à se mêler des affaires de la France, leur rivalité respective, leur situation indécise quant à la Pologne, et la certitude que, par la position de leurs états, d'auxiliaires ils deviendraient parties principales, tandis que la Russie, placée à cinq cents lieues de la France et voisine de la Pologne, profiterait seule des événemens, les détourneront de mesures aussi contraires à leurs vues actuelles. L'empereur a un autre motif non moins puissant: dans le Brabant, à peine soumis, le feu couve sous les cendres; il a tout à perdre et rien à gagner en établissant le théâtre de la guerre près de la frontière de ses états.

» Les vues de l'Angleterre, de la Hollande, du Danemarck, du Portugal et de la partie des princes de l'Empire composant la ligue germanique sont différentes. La première ne risquera point, par une guerre pour elle sans motifs, de perdre les fruits de son traité de commerce avec la France; Pitt est trop adroit pour faire une démarche qui lui attirerait la haine des commerçans et celle des nombreux partisans de la révolution française: la seconde suit les impul»›ns de la première : le Danemarck est gouverné par le prince royal; ses vues, ainsi que celles de ses ministres, sont sages, et entièrement dirigées vers l'administration intérieure : nous n'avons rien à craindre du Portugal comme puissance; mais l'or de ses prêtres pourrait peut-être contribuer à soutenir les armemens de nos mécontens: la ligue germanique n'entamera point une guerre dispendieuse pour des intérêts qui lui sont étrangers dans le temps même où le chef de cette ligue, la Prusse, peut avoir besoin de ses secours dans la lutte polonaise.

>> La Suède, les princes ecclésiastiques d'Allemagne, l'Italie et l'Espagne paraissent plus disposés à soutenir la cause de nos mécontens : mais, messieurs, il existe une grande vérité en politique ; c'est que le parti le plus fort a toujours des amis puissans, tandis que le parti faible n'en trouve qu'autant que des vues d'intérêt particulier lui en attirent. Ne donnons donc point par des négociations lentes le temps nécessaire aux

rebelles pour grossir leur parti, former leur armée, susciter des troubles dans l'intérieur, et peut-être la guerre civile ! Ce serait alors que, devenus redoutables à leur tour, ils jouiraient des effets de la protection de l'Europe entière, parce qu'alors les puissances, actuellement occupées par des vues étrangères à la France, se décideraient pour appuyer une cause dont le succès ne serait plus douteux. Ne vous reposez donc point sur les réponses officielles des différentes cours.

» Combien de réponses pareilles notre cabinet de Versailles n'a-t-il point fait à l'Angleterre avant la guerre d'Amérique ! Pendant combien de temps n'a-t-il pas refusé de reconnaître le caractère public de Franklin! Les princes ne se déclarent que lorsqu'ils sont en mesure pour exécuter leurs desseins: ne croyez pas que l'embarras d'un prétexte les retienne; cette opinion fait honneur à la probité de ceux qui la conçoivent, mais prouve leur inexpérience en politique.

» Je ne répondrai qu'un seul mot.

» Le même fait sert souvent de matière au manifeste de deux cours ennemies.

n

Qu'on prenne donc, vis-à-vis des trois princes ecclésiastiques qui contreviennent aux droits des gens en permettant et favorisant les attroupemens, enrôlemens et armemens des Français mécontens, cette attitude fière et imposante qui convient à une nation libre ; qu'on requière d'eux dans un délai de trois semaines la dispersion des attroupemens formés dans leurs états; qu'on exige d'eux une réponse cathégorique; et que, comme Popilius, on trace à l'entour d'eux le cercle d'où ils ne pourront sortir sans avoir choisi entre la paix et la guerre. (Applaudissemens.)

Que des forces préparées sur la frontière soient prêtes à exécuter des menaces que la diete de Ratisbonne et toutes les cours de l'Europe soient instruites de cette démarche ainsi que des motifs qui la justifient; et si malheureusement l'obstination de ces petits princes allemands ou la résistance des Français rebelles obligent à recourir aux armes, que la célérité de l'expédition et la grandeur des moyens prouvent à toutes les nations de la terre qu'un peuple libre ne laisse point impunément violer à son égard le droit des gens!

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» Je sais, messieurs, que la Constitution donne au roi l'initiative quant à la guerre, et le charge des relations à entretenir avec les puissances étrangères; aussi je ne vous proposerai aucune mesure contraire au serment que vous avez prêté : mais il est impossible que le roi instruit du vœu national, ne désire autant que vous d'employer les seuls remèdes efficaces pour parer aux dangers qui menacent la patrie; il est impossible qu'après s'être inviolablement uni à la nation par son acceptation de la Constitution il n'envisage tous les complots contre cette loi fondamentale comme autant d'attentats contre sa personne! Comment pourrait-il donc hésiter à employer des moyens dont peut-être il eût déjà usé en partie s'il n'eût désiré en augmenter la force par l'expression du vœu national? ;

» Je vous propose donc messieurs, le décret suivant : » L'assemblée nationale décrète qu'une députation de vingtquatre de ses membres se rendra près du roi pour lui communiquer au nom de l'Assemblée sa sollicitude sur les dangers qui menacent la pátrie par la combinaison perfide des Français armés et attroupés au dehors du royaume, et de ceux qui trament des complots au dedans ou excitent les citoyens à la révolte contre la loi, et pour déclarer au roi que la nation verra avec satisfaction toutes les mesures sages que le roi pourra prendre afin de requérir les électeurs de Trèves, Mayenne et l'évêque de Spire, qu'en conséquence du droit des gens ils dispersent dans un délai de trois semaines lesdits attroupemens formés par des Français émigrés; que ce sera avec la même confiance dans la sagesse de ces mesures que la nation verra rassembler les forces nécessaires pour contraindre par la voie des armes ces princes à respecter le droit des gens, au cas qu'après ce délai expiré les attroupemens continuent d'exister;

» Et enfin que l'Assemblée nationale a cru devoir faire cette déclaration solennelle pour que le roi fût à même de prouver, dans les communications officielles de cette démarche importante à la diète de Ratisbonne et à toutes les cours de l'Europe, que ses intentions et celles de la nation française ne sont qu'une.»

Le projet de décret de M! Daverhoult est couvert d'ap

!

plaudissemens: une partie de l'Assemblée veut qu'il soit
sur le champ mis en délibération; l'autre réclame l'ajourne-
ment et l'inpression, conformément à la règle établie.

M. Daverhoult. « La mesure que je vous ai proposée, et que vous avez bien voulu écouter avec indulgence, pour qu'elle puisse avoir l'effet que nous avons lieu d'en attendre, doit prouver au roi que c'est l'expression du vœu national; dès que quelques membres peuvent avoir quelque doute, dès qu'ils veulent réfléchir, dès lors la mesure ne produirait pas l'effet nécessaire. Un ajournement de deux jours n'ôtera rien à la grandeur et à l'efficacité de vos moyens; il ne les rendra que plus respectables, plus augustes aux yeux mêmes de ceux sur qui ils doivent frapper. J'adopte l'ajournement. » (Applau dissemens.)

L'Assembée décrète l'impression, et ajourne à deux jours.

Le 29 M. Koch annonça à l'Assemblée que le comité diplomatique, après avoir examiné attentivement le projet présenté par M. Daverhoult, l'avait trouvé conforme au sien quant au fond, mais présentant dans ses détails un mode plus solennel; qu'il s'était empressé de l'adopter, avec que!ques changemens et additions qui le rendraient plus digne encore de l'approbation générale. M. Koch fit lecture de ce nouveau projet, très-favorablement accueilli, mais dont l'adoption fut en quelque sorte commandée par le discours

suivant.

DISCOURS de M. Isnard. (Séance du 29 novembre 1791. )

« Messieurs, l'intérêt, la dignité de la nation exigent que nous adoptions les mesures proposées par M. Daverhoult et amendées par le rapporteur du comité diplomatique. Le véritable intérêt national est de raffermir enfin la Constitution sur sa base, de faire cesser l'état d'inquiétude, d'indécision, de dépenses, de discrédit qui mine la France, et rend tous les citoyens malheureux; enfin, de ramener bientôt la tranquillité publique, non pas cette tranquillité éphémère et factice qui n'est dans le drame de la révolution que le repos de l'entr'acte, 17

VIII.

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