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démie”; de pareils sujets ne peuvent que lui faire honneur, et il est très-vrai que cet établissement vous doit non-seulement toute sa consistance, mais encore tout son lustre.

J'ai vu aussi, aujourd'hui, Mme de La Forêt, qui m'a dit que vous veniez incessamment à Viteaux. Vous devriez bien pousser jusqu'à Montbard, qui n'en est qu'à six lieues; je serais enchanté d'avoir le plaisir de vous voir et de vous embrasser. Vous le pourriez d'autant mieux qu'on dit que Mme de Ruffey vient passer quelques jours à Montfort.

Je suis et serai toute ma vie, mon cher Président, avec les sentiments de la plus tendre amitié et du plus inviolable attachement, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

BUFFON.

(Inédite. - De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)

XCIII

A GUENEAU DE MONTBEILLARD.

Ce samedi soir, 8 octobre 1767.

Il y a un mois, mon très-cher monsieur, que je suis enterré dans ma forge, et j'ai besoin, pour ressusciter, de la présence de mes meilleurs amis. Venez donc avec la chère dame et l'aimable Fin-Fin', et venez le plus tôt que vous pourrez. Ce charmant moucheron? joindra ses instances aux miennes; elle vous dira des nouvelles de mon fils. Je vous embrasse, mon bon ami, et regrette toujours de vous voir si rarement.

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BUFFON.

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De la collection de M. Geoffroy Saint-Hilaire; publiée par

XCIV

AU MÊME.

Montbard, le 11 octobre 1767.

1

Le messager vous remettra six crochets, mon très-cher monsieur, que l'on m'a dit vous manquer. Lalande m'a remis la note ci-jointe de la tente et des crochets, que je ne vous envoie que pour la vérifier, n'étant nullement pressé du payement. J'ai écrit à Mme Boucheron que vous enverriez vers le 20 de ce mois une voiture et des chevaux pour charger aux caves de son papa une demi-queue de vin pour vous et une queue pour moi. Je lui marque aussi que nous enverrons les articles projetés vers la fin de la semaine prochaine!

J'ai passé avec vous, mon bon ami, et avec votre chère dame, un jour délicieux, et je voudrais bien que tous ceux de ma vie pussent y ressembler. Mon fourneau s'était un peu dérangé pendant mon absence; mais il est maintenant parfaitement rétabli.

BUFFON.

(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)

XCV

FRAGMENT DE LETTRE AU MÊME.

Montbard, le 15 décembre 1767.

... Le plan que j'ai fait faire pour démontrer les limites de la lisière de bois que me contestent les ursulines de Montbard, sera achevé aujourd'hui, et je compte l'envoyer par le prochain messager avec mes réponses à leurs défenses. Je vous prierai, mon très-cher monsieur, d'engager M. de Mussy à jeter les yeux sur le tout, et vous aurez tous ux assez de

bonté pour emboucher un peu mon procureur, et pour lui dire de me marquer le nom des juges et le jour auquel l'audience a été remise.

Par la dernière poste, ma femme écrit qu'elle a eu une très-bonne nuit, et qu'elle commence à se trouver un peu reposée. Je compte partir le lendemain de Noël. Si vous pouviez m'envoyer d'ici à ce temps quelque chose de votre ouvrage, cela me ferait grand plaisir. Donnez-moi aussi vos commissions et celles de Mme de Montbeillard , que j'assure de mon sincère et tendre respect. Je remercie Fin-Fin des amitiés qu'il a faites à mon fils, et vous, mon très-cher monsieur, je ne vous dirai jamais assez combien je vous estime et vous aime.

BUFFON.

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(Inédite.

Conservée dans la bibliothèque de Semur.)

XCVI

AU MÊME.

20 janvier 1768.

Hélas! mon très-cher monsieur, je ne croyais pas que vous dussiez perdre encore de sitôt la chère personne qui cause aujourd'hui vos regrets douloureux". Il n'y a aucun de vos amis qui ne connaisse votre ame; mais je crois connaître mieux qu'aucun sa noble et tendre sensibilité : aussi nous vous avons plaint et vous plaignons de tout notre cœur.

La santé de notre pauvre convalescente n'est pas encore assurée; ses forces reviennent bien lentement, et même ne peuvent toutes revenir dans l'état où elle est. Nous avons vu M. de Montbeillard; sa santé est bonne et ses yeux meilleurs, et j'ai eu bien du plaisir à raisonner fer avec lui?.

J'ai dit à Panckoucke que vous ne pouviez guère lui donner de l'agriculture avant dix-huit mois ou deux ans, et il attendra volontiers le temps qui vous conviendra. J'aurais été enchanté de recevoir un beau coq' pour étrennes; mais, en quelque temps qu'il vienne, il sera toujours bien reçu.

Je ne connais rien de nouveau dans la littérature que la Physiocratie de M. Quesnays. Il a fait autrefois de la médecine pour les individus; ceci est de la médecine du gouvernement, c'est-à-dire de l'espèce entière. Je vous en garde un exemplaire, que je vous enverrai ou donnerai à mon retour.

Nos poëtes se percent d'épigrammes. En voici une bien courte et bonne (si vous connaissiez l'homme!) de Piron contre Poinsinet :

Pégase constipé s'efforçait un matin :

Le petit Poinsinet fut son premier crotlin. Bonjour, mon très-cher monsieur; mille tendres respects au charmant mouton?; ne m'oubliez pas aussi auprès de Mme Boucherons et du beau Fin-Fin. Mme de Messey'n'est pas encore guérie de son pied brûlé.

BUFFON.

(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)

XCVII

AU MÊME.

Montbard, 1768.

Quoique la perte que vous venez de faire, mon cher monsieur, fût depuis longtemps prévue, je connais trop votre grande et bonne ame pour douter de votre affliction, et vous ne doutez pas non plus de l'intérêt très-tendre que nous prenons à tout ce qui vous touche. La convalescence de notre pauvre petite malade est si lente que j'en suis désolé; elle est toujours dans un état de souffrance très-facheux. La machoire est un peu plus ouverte, mais elle ne peut la remuer, et comme depuis si longtemps elle ne mange rien de solide, la faiblesse est très-grande. Mes respects, je vous supplie, à sa très bonne amie. Je vous embrasse, mon très-cher monsieur, bien tendrement et de tout mon cæur.

BUFPON.

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(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye.)

XCVIII

AU PRÉSIDENT DE BROSSES.

Janvier 1768.

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Nous savions déjà, mon très-cher Président, que Mme de Brosses était heureusement accouchée, et c'est votre ancien premier président? qui nous l'avait appris. Il n'eût rien manqué à notre satisfaction, si elle vous eût donné un héritier. Votre nom n'en a pas besoin pour durer; mais il est doux de se perpétuer au physique comme au moral, et la santé de Mme de Brosses étant aussi bonne que vos facultés sont promptes à se réaliser, il y a tout à espérer d'un second essai qui remplira vos væux et les nôtres.

Nous sommes ici dans l'affliction. Ma femme est sérieusement malade, et d'une maladie qui sera encore longue, et malheureusement toujours douloureuse; sa situation, qui exige tous mes soins, dérange mes projets. Je comptais partir ces jours derniers et aller à Dijon passer deux ou trois jours auprès de vous, et présenter en même temps au Parlement les lettres patentes que j'ai besoin d'y faire enregistrer; c'est au sujet de l'établissement d'une forge et d'autres usines de fer que j'ai commencé d'établir à Buffon et à Montbard'. Je ne pensais pas à cela l'année passée, lorsque vous me fites l'honneur d'y venir; mais m'étant occupé pendant l'été et l'automne d'expériences sur la chaleur, et particulièrement sur l'action du feu par rapport au fer, je suis venu à bout de faire avec nos plus mauvaises mines de Bourgogne du fer

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