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CE Profpcctus étant destiné aux Souscriptears, on a eru pouvoir se permettre un style plus élevé que celui qui convient à la Feuille Villageoise , & l'on s'est laissé entraîner par la grandeur du Projet. On fera plus simple dans son exécution , & l'on n'oubliera jamais que l'on écrit pour de bons Villageois auxquels il faut traduire toutes les exprefsions qui ne sont pas dans leur langue, & quelquefois même les pensées enveloppées qui sont dans leur esprit. C'est une fonction plus délicate que l'on n'imagine. C'est celle dont s'aquittoit G bien Socrate en enseignant la Morale aux Grecs les plus frivoles, & Fontenelle en expliquant aux gons du Monde les autres Mondes qu'ils ignoroient.

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PROSPECTUS

DE LA

FEUILLE VILLAGEOISE.

UniMembre de l'Assemblée Nationale qui, soit daris ses Ecrits , soit dans ses Discours , ne s'est pas départi un seul moment des vrais principes de la Législation, M. Rabaut de Saint-Etienne; un Littérateur qui, malgré la jeunesle, a manifesté des connoissances étendues & un coup d'ail profond, M. Grouvelle ; un Ecrivain qui, tour-àtõur, invité les Peuples à la Liberté & à la modération, M. Cérutti , réunis par les mêmes sentimens, & dégagés de toute ambition, fans en excepter l'ambition Littéraire; ont concerté le Plan" d'une Feuille nouvelle

, peu brillante mais utile & presque indispensable.

Sans cesse méditant sur la Constitution Française, ils ont compris que pour la fåfre triompher de tous les obstacles & chérir de tous lès Citoyens , il falloit que la Monarchie s'ém clairât dans toutes ses parties à-la-foisa, depuis la Capitale jusqu'aux Frontieres, & depuis les Acae démies jusqu'aux Hameaux.

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Assez de Philosophes , de Publicistes & de Savans en tout genre , veilleront pour propager , dans les Classes instruites de la Société, la Science du Gouvernement & la Culture des Arts agréables. Afiez d'Ecrivains même consacreront leur plume à développer l'esprit & à former les meurs de la foule ignorante qui habite les Villes. Pour nous, c'est à la portion la plus nombreuse & la plus utile de l'Etat, c'est à la Race négligée qui féconde les campagnes, que nous voulons procurer l'instruction facile , graduelle & uniforme qui lui est devenue nécessaire.

Ce Peuple, qui doit ses vertus à la Nature & dont les vices étoient l'ouvrage de l'Administration, compté pour rien, jusqu'à nos jours, dans le Systême du monde, étoit abandonné à la plus épaisle ignorance. Elle sembloit moins fatale

pour lui, tant que réduit au sort de l'animal, compagnon de les travaux, il ne représentoit qu'un Automate laboureur; mais aujourd'hui qu'il représente un Homme libre, aujourd'hui qu'il est devetiu un Citoyen armé, aujourd'hui qu'il posséde le droit souverain d'élire & d'être élu il faut lui apprendre en inême-tems deux grandes chofes , à JUGER & à OBÉIR.

La Liberté fans laquelle il n'existe point de véritable Empire, & l'ordre sans lequel il n'existe point de Liberté durable , ne peuvent s'allier ,

que par l'autorité réunie des Loix & du bon sens. La longue tyrannie des préjugés antiques, le trouble inévitable des réformes subites, les conseils pervers des Mécontens , & la contagieuse influence de l'éxagération, ont égaré, ont affoibli le bon sens populaire : il faut le ramener, il faut le raffermir dans ces têtes innombrables, qui n'ont que lui pour le conduire. On a rendu à chaque Paysan l'arme de la Liberté, il est tems de lui rendre le flambeau de la Raison. C'est

par des lectures courtes, faciles & habituelles, c'est

par

des feuilles simples & précises que l'on peut répandre sur les campagnes la clarté qui leur manque. Mais il faut que ces lectures, mais il faut que ces feuilles soient habilement proportionnées à la conception tardive ou mal-aisée des Lecteurs auxquels on les destine. Il n'est aucune vérité en Politique , ni en Morale , ni cans les Arts que vous ne puisliez réduire au finple bon sens & mettre à la portée des csprits les plus incultes, fi vous la faites descendre de son élévation ou sortir de la profondeur, fi votre métaphya fique se rend sensible par des images familieres , & fi le raisonnement marche par gradation du principe connu au principe ignoré, & d'une logique naturelle à une logique plus délice & plus subtile.

Cet Art de populariser les idées demande un esprit qui remonte aux caufes , qui observe les

effets , qui embrasse l'ensemble & qui sépare les détails. Il veut ausli une plume qui poffede toys les secrets, toutes les ressources de la langue. Loin de ce travail, la phrase embarrassée, le style peu naturel, la fausse acception des mots, les termes trop favans de l'Art. Ainsi donc la Feuille Villa geoise ne fauroit être l'euvre d'un homme médiocre ou superficiel, puisqu'elle exige au contraire un Philosophe capable de tout approfondir , & un Ecrivain habile à tout fimplifier.

Nous sommes bien éloignés de croire que nous réunifions ces qualités ; mais exercés dès longtems à écrire, accoutumés à réfléchir, aidés

par le cours des idées publiques , & animés tout-à-lafois

par la difficulté & par l'importance de l'entreprise , nous ofons nous présenter pour être les Professeurs, les Journalistes des Hameaux.

Voilà comment nous avons conçu cette rédaction , voici comment nous devons l'exécuter. Il paroîtra , chaque Semaine , & de Jeudi en Jeud, à dater du 30 Septembre prochain , unc Feuille de seize pages d'impression in-8°. fur du papier commun, mais en beaux caracteres, laquelle contiendra, fous une forme simple & dans un style clair, l'exposé succeflif des Loix, des Evénemens, des Découvertes qui peuvent intéreffer les Campagnes.

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