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Maroc eft une guerre non-feulement de terre, mais même de mer; qu'il est néceffaire que les commandans des vaiffeaux du roi de Maroc foient dans cette perfuafion, pour qu'ils fe conduisent en conféquence, & ne foient pas étonnés que les commandans de guerre du roi, en vertu des ordres pofitifs dont ils font chargés depuis la rupture ouverte entre les deux puiffances, les traitent comme ennemis partout où ils les rencontreront.

On a reçu depuis peu de Monte-Video l'avis qu'au mois d'Avril dernier, les Portugais étoient venus attaquer cette place avec une efcadre de cinq vaiffeaux, & des troupes de débarquement; mais que notre gouverneur avoit réuflì, non-feulement à les mettre en fuite, mais auffi à couler à fond un vaisseau ennemi. A l'occafion de cette hoftilité, on a levé à Buenos-Ayres II mille hommes de troupes, qu'on a joints à mille des anciens, & dont une partie fera pour la défense de cette colonie, & l'autre employée dans une expédition contre les Portugais dans la colonie du St. Sacrement.

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FRANCE.

VERSAILLES (le 5 Septembre.) Le roi ayant jugé à propos de remettre en regle l'abbaye de Beaupré, ordre de citeaux, filiation de Morimond en Lorraine, S. M. y a nommé Don Bernard Malin, ci-devant prieur de cette maifon. Elle a accordé en même tems, les entrées de fa chambre au comte de Beauteville, ci-devant fom ambaffadeur en Suiffe.

Le prince de Rohan-Guémené, commandant des gendarmes de la garde du roi en furvivance, a eu l'honneur de prêter ferment entre les mains de S. M. le 20 du mois dernier, pour la place de grand-chambellan, fur la démiffion de Mgr, le duc

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de Bouillon, auquel le roi en a accordé la survi

yance.

Le inême jour, le comte de Viry, ambaffadeur extraordinaire du roi de Sardaigne, s'étant rendu ici, y préfenta à Mme. Clotilde, au nom du roi fon maitre, & du prince de Piémont, une parure complette très-riche de diamans.

Le 21, le comte de Viry fut conduit & reçu ici dans le même ordre & avec les mêmes cérémonies que lorfqu'il fit la demande publique de Mine. Clotilde. Il defcendit d'abord dans la falle des ambaffadeurs; & s'étant rendu enfuite chez Monfieur, il accompagna ce prince chez le roi, & complimenta S. M.

Le roi, précédé de Monfieur, accompagné de fes principaux officiers, & du prince de Condé, fe rendit, vers midi & demi, dans la chapelle du château. S. M., devant laquelle les deux huiffiers de la chambre portoient leurs maffes, étoit auffi accompagnée de fes principaux officiers; le maitre & l'aide des cérémonies marchoient devant elle, à la tête du cortege. La reine fuivoit, áccompagnée de fes dames d'honneur & d'atours & des dames de fon palais. Mme. la princeffe de Piémont, à laquelle Mgr. le comte d'Artois donnoit la main, étoit fuivie de la comteffe de Marfan, gouvernante des enfans de France, & marchoit après la reine. Madame, Mme. Elifabeth, fuivie de la princeffe de Guémené, auffi gouvernante des enfans de France en furvivance, Mine. Adélaïde, Mme. Victoire & Mme. Sophie auffi accompagnées de leurs dames d'honneur & d'atours & des dames qui doivent les accompa-gner, fuivoient la reine. Mademoif-lle & Madame La princeffe de Lamballe marchoient aufli à la fuite de la reine. En arrivant à la chapelle, L. M. s'étant avancées jufqu'au prie-dieu, Monfieur & Mme. la princeffe de Piémont fe mirent à genoux fur deux

carreaux placés fur les marches qui montent au far duaire. Mgr. le comte d'Artois, Mme. Elifabeth, Mme. Adélaïde, Mme. Victoire & Mme. Sophie allerent fe placer aux deux côtés de L. M., dans leur rang ordinaire.

Le cardinal de la Roche-Aymon, grand aumô. nier, fortit de la facriftie au moment où L. M. arriverent à la chapelle, & alla préfenter de l'eau bénite au roi & à la reine. Il monta ensuite à l'autel, & prononça un difcours relatif à la cérémonie. L. M., ainfi que la famille royale, s'approcherent de l'autel. Le comte de Viry, ambaffadeur extraordinaire de S. M. Sarde, étoit entré dans la chapelle quelque tems avant L. M., & avoit été placé entre le prince de Marfan & le Sr. de Tolozan, introducteur des ambaffadeurs, fur une forme à la droite du roi. Cet ambaffadeur s'approcha auffi de l'autel pour être témoin du mariage.

Le cardinal de la Roche-Aymon en commença la cérémonie par la bénédiction de 13 pieces d'or & d'un anneau d'or; il les préfenta à Monfieur, qui mit l'anneau au quatrieme doigt de Mme. la princeffe de Piémont, & lui donna les 13 pieces d'or en foi de mariage.

Le cardinal ayant demandé à Monfieur fi, com me procureur du prince de Piémont,, il prenoit Mme. Clotilde pour femme & légitime époufe, ce prince, avant de répondre oui, fe tourna du côté du roi, & lui fit une profonde révérence. La princeffe ne fit auffi la même réponse qu'après en avoir demandé la permiffion à L. M., ainfi que cela s'étoit pratiqué le jour des fiançailles.

Les cérémonies du mariage ayant été achevées, Mme. la princeffe de Piémont & Monfieur ayant reçu la bénédiction nuptiale, L. M. revinrent à leur prie-dieu, & le cardinal de la Roche-Aymon commença la meffe, pendant laquelle la mufique

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du roi exécuta un motet de la compofition du Sr. Matthieu, maitre de mufique de la chapelle du roi en femeftre.

Après l'offertoire, Mme. la princeffe de Piémont alla à l'offrande, ainfi que Monfieur. A la fin du Pater, l'ancien évêque de Limoges, premier aumônier, & l'abbé de Beaumont, aumônier de quartier du roi, étendirent & foutinrent au-deffus de la tête de Mme la princeffe de Piémont & de Monfieur, un poële de brocard d'argent, & ils ne l'ôterent qu'après que le cardinal de la Roche-Aymon eut achevé les prieres ordinaires.

Après que la meffe fut finie, le cardinal de la Roche-Aymon s'approcha du prie-dieu 'de L. M., & leur préfenta les regiftres ordinaires des mariages de la paroiffe, qui avoient été apportés par le Sr. Allard, curé de la paroiffe du château, qui avoit affifté à la cérémonie du mariage, ainfi qu'à celle des fiançailles. Le roi, la reine, Monfieur, Madame, Mgr. le comte d'Artois, Mme. la princeffe de Piémont, Mme. Elifabeth, Mme. Adélaïde, Mme. Victoire, Mme. Sophie, & le prince de Condé fignerent fur les regiftres; après quoi L. M., accompagnées comme elles l'avoient été en aflant à la chapelle, retournerent à leurs appartemens, avec le même ordre qui avoit été obfervé en y allant.

Vers les fix heures du foir, L. M. accompagnées de la famille royale & des princes & princeffes qui avoient affifté à la cérémonie du ma riage, pafferent dans la grande galerie, où elles tinrent appartement, & jouerent à différens jeux.

Leurs Maj. fe rendirent enfuite dans le fallon qui avoit été préparé à la falle de fpectacle, pour le feftin royal, & y fouperent à leur grand couvert avec la famille royale. Mademoiselle & la princeffe de Lamballe eurent auffi l'honneur de fouper avec L. M.

La mufique du roi exécuta, pendant le feftin royal, plufieurs morceaux de fymphonie fous la conduite de Sr. d'Auvergne, furintendant de la mufique de S. M.

Le 22, Madame la princeffe de Piémont reçut les complimens des ambaffadeurs, qui fe rendirent chez elle en corps. Le corps de ville de Paris, ayant à fa tête le duc de Coffé, gouverneur de Paris, eut auffi l'honneur de complimenter S. A.R., à qui il fut présenté par le Sr. de Malesherbes, miniftre & fecrétaire d'état, & de lui offrir les préfens d'ufage en pareille circonftance. Le Sr. de la Michodiere, prévôt des marchands, porta la parole au nom du corps de ville.

Le même jour 22, vers le 6 heures & demie du foir, Leurs Majeftés, accompagnées, comme la veille, de la famille royale, du prince de Condé, de Mademoiselle & de la princeffe de Lamballe, fe rendirent dans le fallan qui avoit été préparé pour le bal paré fur le théâtre de la falle de fpectacle, qui, d'après les ordres du maréchal duc de Duras, premier gentilhomme de la chambre du roi en exercice, avoit été décoré avec la plus grande magnificence. La cour fut très-nombreufe & trèsbrillante; Monfieur & la reine ouvrirent le bal, & Mgr. le comte d'Artois danfa le second menuet avec Mme. la princeffe de Piémont.

Le 23, l'abbé Gaston, premier aumônier de Mgr. le comte d'Artois, donna la bénédiction nuptiale, dans l'églife paroiffiale de St. Louis, à 12 jeunes filles de cette ville, qui ont été dotées d'une fomme de 600 liv. chacune, par le confeil de Mgr. le comte d'Artois, à l'occasion de la naiffance du duc d'Angoulême. En fortant de l'églife, les nouveaux mariés, précédés de la mufique du régiment des gardes fulles, fe rendirent à l'appartement de Mgr. le duc d'Angoulême, & dînerent enfuite à une tab'e de 60 couverts, fous une tente préparée à cet effet.

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