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même instant un serment pareil. Le roi est donc, comme tout autre François, personnellement engagé au maintien de la constituțion. Le ciel et la nation ont reçu tous ces sermens.

On a nommé cette cérémonie , confédération, et ce serment, fédératif. Cela veut dire , pacte d'alliance ; serment d'alliance. Tous les François qui l'ont prêté, sont donc alliés et frères. Ceux qui feront du mal aux autres seront donc de mauvais frères ; ils seront aussi des parjures, c'est-à-dire , des hommes sans foi et sans parole.

Ainsi, depuis le serment fédératif, comme depuis le serment civique, l'histoire de la France est l'histoire de la manière dont les François ont tenu et tiendront leur parole.

Cependant, nous n'avons pas été exempts d'alarmes, depuis ce grand jour. Comme on s'inquiète souvent, au moment d'une belle récolte, nous avons souvent tremblé pour la constitution.

Les habitans de la Lorraine , vers la frontière , (là où finit la France) ont craint un moment, que des soldats étrangers, à qui on permettoit de passer sur ces terres', ne fussent appelés par des ennemis de la liberté. Alors nous avons vu les villes, les hameaux, les gardes nationales, les municipalités, tous les citoyens se préparer à la défense commune, et avec tant de courage, que cette fausse terreur n'a servi qu'a nous inspirer une sécurité réelle. Aucun peuple voisin n'oseroit attaquer cette armée d'hommes libres qui forme une muraille patriotique autour de la France.

Quelques évènemens ont paru annoncer des conspirations. (C'est le nom qu'on donne aux complots d'un citoyen contre sa patrie.) On croit que (9 beaucoup de François désirent et espèrent ce qu'on appelle la contre - révolution , et s'efforcent de renverser la constitution nouvelle. Parmi les personnes accusées , les plus remarquables sont MM. Bonne Savardin et Thouard de Riole. Les juges instruisent leur procès.

Au surplus , les hommes sensés craignent peu les conspirations des mauvais citoyens, mais beaucoup la division entre les bons.

C'est ce qu'on a vu dans plusieurs pays , où les soldats, mécontens des officiers , ont violé les lois militaires. La plupart cependant ont été ramenés à l'obéissance. Mais à Nancy, ( département de la Meurthe ) trois régimens , trompés par de faux soupçons , ont poussé plus loin leur égarement. Ils ont résisté aux ordres des magistrats, de leurs chefs, duroi, même aux décrets de l'assemblée nationale. Dcs citoyens partageoient leur erreur. Il a fallu les soumetz tre par la force. Cette révolte a fait répandre beaucoup de sang. Cruelle nécessité ! mais du moins on a vu qu'il existoit en France des lois , et de braves hommes, pour les faires respecter. Ces troubles sont appaisés, et Nancy et en paix.

Des divisions plus dangereuses agitent encore nos concitoyens des pays méridionaux. Là , demeurent et vivent confondus des catholiques et des protestans. On a excité les premiers contre les autres. A Montauban et à Nîmes , ont été livrés plusieurs combats , où un grand nombre d'hommes a péri. L'assemblée naticnale a puni les aute de ces maux. On a cherché à les renouveller; des miliges nationales s'étoient réunies et avoient formé un camp aux environs de Jales , pour renouveller la confédération ; un petit nombre de

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leurs chefs a osé prendre et publier, des résolutions contraires aux décrets. La religion est toujours le prétexte de ces attentats. Mais elle-même doit nous rassurer. De vrais chrétiens ne voudront pas commencer, au nom du Dieu de paix, la guerre sacrilège des frères contre les frères. De vrais citoyens ne voudront pas commencer la guerre civile.

La discorde n'est pas notre unique danger. On annonce de plusieurs endroits , que le peuple égaré, se refuse au paiement des impôts. C'est nous voler tous ; puisque la contribution de chacun appartient à tous les autres. Celui qui prétend ne point payer sa taxe, prétend donc avoir le privilège de mettre sa charge sur le dos de son voisin. Cet homme-là est un indignearistocrute. Car les aristocrates ne faisoient pas autre chose.,

Nous aurons soin de dénoncer à nos lecteurs tous 'les noms des villes ou villages, où le peuple tient une conduite si méprisable.

Soyons unis; payons l'impôt; respectons les décrets: souvenons-nous du serment d'alliance , et tout ira bien.

Telle est notre position actuelle.

On nous menace de la guerre, et ces menaces viennent de plusieurs côtés. Dans le numéro suivant, nos lecteurs verront ce qu'il en faut croire. Nous voulons qu'ils connoissent l'intérêt de tout François au - dehors comme au dedans de l'a France.

Cér onie funèbre du Champ-de-Mars. On a parlé du courage héroïque des gardes narionales qui ont combattu pour la patrie à Nancy. En déplorant la mort de ceux qui ont péri dans

cette journée, nous avons dû célébrer leurs funé railles. Leurs frères d'armes , qui avoient juré avec eux le pacte fédératif dans le Champ-de-Mars à Paris , se sont réunis , le 20 septembre , dans ce champ guerrier et fraternel, pour leur rendre les honneurs funéraires. Cette cérémonie , à laquelle se sont trouvés près de cinquante mille hommes, tant soldés que non-soldés, tant de Paris que des environs tous portant un crêpe autour du bras gauche , tous marquant une affliction que l'assemblage des sentimens augmentoit encore : cette cérémonie a été aussi noble que touchante. On ne voyoit qu'un seul mouvement dans cette armée nombreuse; on n'entendoit que la musique plaintive des régimens , et les prières solemnelles du prêtre qui officioit. Au moment de la confédération, le canon a donné le signal , et cinquante mille hommes à la fois ont plié le genou et baissé leurs fusils. Que la douleur publique est imposante ! que la patrie est sainte à côté de la religion ! que la religion est grande à côté de la patrie! L'émotion causée, par ce spectacle., a été cependant la moindre de ses impressions. Un sentiment plus généreux éclatoit dans tous les regards. Spectateurs, soldats , prêtres même , tous sembloient se dévouer à la mort pour le salut public. On ne distinguoit dans la foule aucun visage rebelle. Le deuil général réconcilioit tous les ceurs. L'aristocratie vaincue et le patriotisme vainqueur, en confondant ensemble leurs larmes , se montroient diposés à mêler aussi leur sang pour

la cause commune. Voilà comme il est beau de triompher des aristocrates, et non en brûlant des châteaux, ni en coupant des têtes, qu'il vaut mieux soumeitre aux lois et forcer à la concorde

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Parmi les décorations funèbres du Champ-deMars, on à remarqué ces quatre inscriptions :

La première. A la mémoire des braves guerriers morts à Nancy, pour la défense de la loi, le 31 août 1790.

La seconde. Ennemis de la constitution; tremblez : en mourant, ils nous ont laissé leur exemple.

La troisième. Le marbre et l'airain périront, mais leur gloire sera éternelle.

La quatrième. C'est ici qu'ils avoient juré avec nous de mourir fidèles à la nation, a la loi , et au roi,

De l'établissement primitif des villages. Les premiers hommes vivoient; selon toute apparence, au milieu des bois. Les cavernes des rochers leur servoient de retraite. Ils y apportoient les fruits de leur chasse, ou ceux que produisoient des arbres , sauvages comme eux. Les hommes qui habitoient le long des rivages de la mer, avoient. plus de facilité pour se nourrir , eni ramassant les coquillages, et en vivant de la pêche des huîtres et des poissons. La culture du bled changea la situation des hommes. Ceux qui apprirent à le semer, le garder, à é moudre , à le pétrir , donnèrent le pain au monde, et furent regardés comme les pères nourriciers du genre humaini

. Des peuplades errantes devinrent des peuples sédentaires et domiciliés , et de-là s'élevèrent de loin en loin et de canton en canton, d'abord les villages , ensuite les villes. Les hommes les plus riches se rassemblèrent dans les villes ; ils convinrent de suivre les mêmes lois ; et ils établirent autour d'eux les arts ; mais le plus urile, et le plus estimable des arts , fut toujours l'agriculture. Chez les anciens Perses , elle étoit

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