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nous cřoyións libres ? Nous avons cru que la liberté étoit la justice,

Je sens , mes braves amis, que vos plaintes sont fondées. Mais vos démarches sont imprudentes et condamnables. L'assemblée nationale s'occupe de vos intérêts. La loi constitutionnelle du 26 juin vous accorde déja plusieurs avantages. Les législaturés suivantes acheveront de réformer l'abus des classes qui vous blessent. Moi-même j'ai sollicité ; avec ardeur, la destruction de cet abus : les circons. tances ne l'ont pas permise encore : soumettez-vous jusqu'au retour de la paix et de l'ordre general. Si vous saviez tous les obstacles que l'on y oppose ! Voulez-vous ajouter au trouble et aux embarras publics ? voulez-vous que nos côtes soient ravagées que nos Colonies soient conquises par les Anglois ? Eh ! que deviendra la navigation ? eh que deviendra le commerce ? Mais non : on vous calomnie : vous n'avez pas refusé de servir la Nation. Je vous connois, braves et généreux marins : si l'ennemi nous attaquoit, et que la France fût hors d'état de vous bien payer, je suis sûr que vous iriez combattre encore pour elle; et les Anglois, qui espèrent tirer un grand parti de nos discordes, verroient bientôt que des Matelots François libres, sont plus redoutables que jamais.

21 Je me hâte de vous envoyer cette lettre. Puisser t-elle vous ramener à vos devoirs ! Craignez, chers amis, craignez les hommes qui vous ont portés à la révolte; obéissez à vos supérieurs. S'ils n'obéissent pas eux-mêmes à la loi, dénoncez-les , non par des irisurrections coupables, mais par des plaintes formes et respectueuses : vous en avez le droit, et l'Assem blée Nationale vous rendra justice. Je suis , avec un attachement qui ne finira qu'avec ma vie, votre ancien compagnon de fortune , KERSAINT...2

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ANN É E

DE LA FEUILLE VILLAGEOISE. CINQUIE ME SEMA IN E.

Jeudi 28 Octobre 1799. '.,

T

Suite de la Géographie universelle. La France est placée, à peu près q, dans le "centre et au milieu de l'Europe. Elle sert ainsi de point de rallîment, ct, en quelque sorte , de grand chemin aux nations Européennes. Elle réunit ce que l'Europe a de meilleur. Elle jouit d'un climat tempéré, quoique variable. Elle renferme dans son sein ụne population nombreuse qui monte à vingt-quatre ou vingt-cinq millions d'hommes. Le caractère général de son peuple est actif , industrieux , humain et sociable. Elle est située avantageusement, soit pour se défendre contre ses voisins, soit pour commercer avec eux. L'Océan la sépare des Anglois; la Méditerranée et les Alpes la séparent de l’Italie ; les Pyrénées, montagnes presque aussi étend dues et aussi élevées que les Alpes, la séparentde l'Espagne; le Rhin, fleuve qui descend du MontSaint-Godard ainsi

que

la sépare de l'Allemagne. En un mot, on diroit que la nature s'est plu à tracer, encadrer , arrondir , fortifier ce

le Rhône,

superbe royaume. Fertile par son terroir , puissant par sa position, heureux par son ensemble , tout le destinoit à devenir l'a-première monarchie de l’Europe. Il l'étoit , en effet, malgré des abus aussi antiques, aussi vastes que lui. Ces abus étoient par venus à leur comble, et tout l'état 'menaçoit ruine. Un roi ami de ses peuples , a convoqué leurs représentans. Ceux-ci ont profité des lumières de la philosophie, pour corriger les erreurs de la politique , et dømêr à la France le seul bien qui lui manquoit , une CONSTITUTION.

Nous avions annoncé un Catéchisme, fait par un député à l'Assemblée Nationale. Comme ce catéchisme a été imprimé dans l'intervalle', nous en avons rédigé un plus complét. Nous avons profité des bonnes choses que renferme l'ouvrage annoncé, et nous y avons ajouté celles qui

lui

manquent : nous avons tâché aussi de rendre l'ordre des idées plus sensible , en appuyant sur les plus importantes. Cette feuille-ci est consacrée presque toute entière à une instruction devenue pressante et indispensable. Nous prions nos lecteurs de lire avec attention et de méditer même ce catéchisme , article

par article.

CATECHISMĘ de la Constitution Françoise.

DEMANDE. Qu'est-ce qu'une constitution ? REPONSE. L'assemblage des lois constitutionnelles. D. Qu'est-ce que des lois constitutionnelles ?

R. Ce sont des lois qui constituent, qui forment un gouvernement libre.

D. Qu'est-ce qu'un gouvernement libre ?

R. Celui qui est fondé sur les droits de l'homme et du citoyen.

D. La France avoit-elle une constitution ?
R. Elle croyoit en avoir une.
D. En quoi consistoit-elle ?

R. Dans le plus fatal des abus , dans la division des trois otdres , le clergé, la noblesse et le tiers-état. Le clergé avoit usurpé le premier rang, lui qui ne représente qu’une profession sainte , bornée au culte divin. La noblesse s'étoit installée au second rang , elle qui ne composoit qu'une race militaire, illustre par des victoires qu'elle devoit aux soldats. Le tiersétat , c'es-à-dire la nation même de qui sortoient les prêtres et les nobles ; étoit nommé ainsi , parce qu'il étoit rejetté au dernier rang, lui qui faisoit toute la force, toute la richesse , toute l'espérance de l'état.

D. En quel temps cette division barbare s'est-elle 'établie ?

R. Dans les siècles d'ignorance. : D. Et qui nous a ouvert enfin les yeux ?

R. La philosophie à éclairé la nation, et cella-ci, en s'assemblant, s'est remise à sa place;.

D. Comment cela ?

R. On a commencé par rendre à l'homme et au citoyen les droits que l'un et l'autre avoient perdus et presque oubliés.

E

D. Quels sont ces droits ?
R. La liberté , la sûreté , la propriété, l'égalité.
D. En quoi consiste la liberté ?
R. A n'obéir qu'aux lois.
D. Et la sûreté ?
R. A n'être puni que par les lois.
D. Et la propriété ?
R. A n'être imposé ou dépossédé que par les lois.
D. Et cette égalité dont on parle tant?
R. A être traité également par les lois.

D. Comment sommes-nous traités également par les lois ?

R. En subissant, pour les mêmes fautes, les mêmes peines ; en recevant , pour les mêmes services, les mêmes récompenses ; en pouvant, avec la même capacité , obtenir les mêmes emplois.

D. Tout le monde est donc confondu , et toutes les places sont donc égales ?

R. Point du tout. L'âge , le mérite , la fortune, les dons de la nature , tels que la valeur ou le génie , continuent à distinguer les personnes. Et quant aux places, elles sont distinguées entre elles, par le plus ou le moins d'importance , le plus ou le moins de pouvoir que l'on y attache.

D. Nous voilà donc, tous ensemble , égaux et inégaux!

R. Nous sommes égaux devant la loi, égaux devant la nature , égaux devant la divinité. Nous sommes inégaux par les richesses , par les talens , par les di. gnités. Ces avantages produisent des distinctions proportionnées à l'utilité dont ils sont. On, considère l'homme riche qui fait un bon usage de ses richesses. On admire l'homme de génie qui éclaire le public. On révère l'homme vertueux qui soulage ses semblables. On respecte l'homme en place qui se rend utile à ses inférieurs.!

D. Il existe donc des inférieurs et des supérieurs ?

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