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fannes ! plus de livre rouge pour le plaisir des noirs, c'est-à-dire des aristocrates. Nous n'entendrons plus dire qu'on gratifie un favori ou une favorite du revenu de cinq ou fix villages.

Pourrions-nous faire toutes ces réflexions , & l'assemblée nationale s'étoit contentée de rapićcer le système des finances, au lieu d'en faire un tout neuf. Non, elle sous auroit fait porier neuf cent millions d'impôt, et nous n'en porterons pas fix cent. Elle nous auroit laisse le fardeau d'une dette immense, et elle mei nos creanciers au courant. Bénissons donc l'assemblee nationale ! c'est toujours là qu'il en faut reyenir.

N. B. Nous joignons à ces calculs généraux, un calcul plus particulier , plus simple et plus sensible pour chacun de nos lecteurs. Supposons un petit propriétaire d'un fonds de

100 livres de rente. Il rayoit ci-devant en

vingtièmes.
Dans les pays où l'impôt indirect étoit le plus

fort, et où conféquemment l'alivrement de la
taille étoit le plus foible, il étoit des 2 s. pour l.
du principal du revenu ; par conséquent il

faut compter.
Les accessoires excédoicnt le principal ; donc c'é-

toit encore

II liv.

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IO

II

32 liv.

TOT AL..
Or , suivant le décret, il ne pourra , pour la con.

tribution foncière, être impose au-delà du
fixième de son revenu net. Ce qui fait à-peu-

près.
Ajoutez-y, s'il le faut ; les 4 s. pour liv. de fur-

plément nécessaire pour les dépenses locales ,
environ.

16' liv, 13 sol.

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3 liv.

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20 liv.

I sol.

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TOTAL: Le propriétaire d'un fonds de 100 liv. de revenu payera donc pour la contribution foncière 12 liv. de moins qu'il ne payoit cidevant.

Si ceite diminution est si considérable pour les habitans des pay's où l'impôt indirect étoit le plus fort ct où le taux de la taille étoit le plus bas , le foulagement sera bien plus sensible dans les pays qui ne payoient pas d'impôts, indirects, et où le taux excessif de la taille fouloit le cultivateur et l'agriculture.

On ne doit poin: faire entrer la contribution mobiliaire dans ce

ealeu!; car pour le propriétaire clle cît fi foible, qu'elle ne fesa gliere que representer la capilation.

Ou peut faire de mille façons ces calculs. Pour peu qu'on soit de bonne foi, ou arrivera au même résultat. Mais il y avoit tant de gens qui rejetroit leur charge sur le dos de leur voihin, qu'on ne doit pas s'étonner d'entendre taire tant de mauvais comptes.

Analyse et réfutation succinte de la bulle du pepe.

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Ce Bref de Rome , sollicité depuis un an par les évêques, préparé depuis six mois par les cardinaux, annoncé chaque semaine par les mécontens, retouché cent et cent fois par le pape , est arrivé enfin : il va paroître.

Ce Bref est un volume de deux cents pages. Cent pages

d'érudition étalent toutes les maximes ultramontaines , tant de fois proscrites. Cent pages de doléance exposent toutes les objections épiscopales, tant de fois réfutées.

Faut-il les réfuter de nouveau ? rien de plus facile : voici à quoi elles se réduisent. --- La foi est perdue. L'église est persécutée comme à sa naissance.

On déporille la puissance spirituelle de son autorité et de son bien. --- L'assemblée nationale est incompétente pour réformer le clergé. La communion Romaine est en danger. La France tombe dans l'hérésie et dans le schisme.

Elle touche à l'encensoir. - Elle va être frappée d'ercommunication. Il faut rentrer dans le bercail. - IL faut assembler un concile. --- En attendant, les prêtres doivent désobéir. --- Ils doivent s'amer du crucifir.

Telle est la substance du Bref, voici le précis de tout ce qu'on peut y répondre.

La foi est perdue. --- Pourquoi ? le pape a perdu ses annates ; le roi a perdu la feuille des bénéfices ; les évêques ont perdu leurs abbayes ; les curés ont perdu leurs dimes : voilà la foi perdue.

L'église est persécutée ainsi qu'à sa naissance. Comment? on l'oblige de remonter aux vertus, aux usa

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son bien.

ges de l'église primitive , et de devenir une profes-
sion vénérable au lieu d'être un ordre pernicieux : voilà
la persécution.
On dépouille la puissance spirituelle de son autorité et de

Quel est ce bien? celui qu'elle avoit usurpé jadis, restitué ensuite , envahi de nouveau. Quelle est cette autorité ? Gelle que les peuples ne lui ont jamais donnée, celle que les rois lui ont redemandée sans cesse , celle que Jesus-Christ lui a refusée et défendue à chaque ligne de l'évangile.

L'assemblée nationale n'est point compétente pour former le clergé. --- Quoi ? une nation ne pourra pas circonscrire le territoire d'une paroisse ou d'un diocèse qui lui appartiennent! Une nation ne pourra pas régler le salaire des prélats et des pasteurs qui la servent et qu'elle stipendie ! Une nation ne pourra pas élire les magistrats spirituels auxquels elle doit confier sa conscience et ses églises ! Une nation peut réformer ses rois et ne pourra pas réformer ses prêtres ! La communion romaine est en danger.

Par où ? On continue de regarder le pape comme le chef des croyans, mais non comme leur despote ; on continue de respecter la chaire de Saint-Pierre , mais non d'adorer un fauteuil et de baiser une pantoufle ; on continue de correspondre avec la première église du monde chrétien, mais non d'acheter d'inutiles dispenses, et de redouter des bulles téméraires : on distingue enfin la communion romaine de la chancellerie romaine,

La France tombe dans l'hérésie et dans le sclisme. -- Cela est clair, car les évêques traitent d'hérétique le pasteur qui se croit leur frère , et de schismatique la nation qui se croit leur souveraine.

Elle touche de l'er sensoir. Cela est visible, car elle touche aux mystères de la cour, aux sacremens de l'intrigue, aux cérémonies de l'officialité, aux dogmes de l'intolérance, aux miracles de la faveur et de la fortune,

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en un mot, à l'encensoir qui parfumoit Versailles et énfumoit l'église. La France a touché à l'encensoir spécialement, lorsqu'elle a défendu d'encenser les seigneurs des paroisses.

Elle va être frappée d'ercommunication. --- Soit ; mais elle en appellera, 1°. à Dieu qui n'a jamais permis ni ratifié les malédictions de la colère ; 2°. à l'Europe qui, depuis un siècle, a frappé de ridicule tout pape qui frappe le monde d'anathéme ; 3°, à l'expérience qui a démontré que les nations excommuniées en devenoient plus florissantes.

Il faut rentrer dans le bercail. Où est ce bercail ? Dans la cour des évêques et dans l'anti-chambre des ministres ? Qui compose ce bercail? Le troupeau d'un séminaire et le bêtail des couvents ? Qu'est-ce enfin que rentrer dans le bercail ? Restituer le pâturage des dîmes, celui du casuel, çelui des bénéfices , celui des annates? Est-ce au salut des ouailles que l'on en veut; est-ce à leur toison ?

Il faut assembler un concile: --- Admirable invention! Assemblez des théologiens : vous verrez's'ils réformeront le fanatisme. Assemblez des procureurs ; vous verrez s'ils réformeront la chicane. Assemblez des fermiers généraux ; vous verrez s'ils réformeront les concussionnaires. Asssemblez des géoliers ; vous verrez s'ils réformeront les cachots.

En attendant les prêtres doivent désobéir. Politique bardie, mais jusqu'ici malheureuse : par elle , Léon X a soulevé contre lui l'Allemagne ; par elle , Clément VII a soulevé contre lui l'Angleterre ; par elle , Paul III a soulevé contre lui la Hollande , la Suède , le Dannemarck, la Suisse et Genève ; par elle, Rome a divisé les peuples chrétiens en partis qui s'abhorrent, et en sectes qui se déchirent.

Il faut s'armer du Crucifix. --- Le crucifix une arme ! le crucifix un étendard ! le crucifix employé à détruire

ܪ

le

genre humain ! Hélas ! combien de fois il a "servi à consacrer le meurtre ! C'est la croix sur la poitrine. que les guerriers de l'Europe allèrent incendier l'Asie.; c'est la croix sur le front que les tygres de l'Espagne massacroient sans pitié les innocents Indiens ; c'est la croix sur un bûcher que des conciles firent brûler devant eux tant de victimes de l'erreur; c'est la croix sur un drapeau que des dragons fusilloient ies montagnards des Cévennes ; enfin , c'est la croix à la main que des prélats vindicatifs voudroient ensanglanter de nouveau le Midi de la France ! Mais le temps de croisades est passé, et celui de la constitution ne passera pas de sitôt.

Le bref volumineux que nous venons d'analyser auroit pu , dans un siècle ignorant, troubler la paix des villages. Mais à présent qu'ils sont avertis du piége ; à présent qu'ils distinguent les masques ; à présent qu'ils ont pour pasteurs des citoyens éprouvés et des ecclésiastiques choisis ; à présent que les mots, puissance spirituelle , encensoir, hérésie, schisme, communion Romaine , sont réduits à leur véritable sens ; à présent que la religion et la constitution se reconnoissent et s'embrassent comme deux seurs que l'on avoit voulu brouiller et désunir : les bons villageois laisseront les bulles de Rome et les bulles de savon s'évanouir en l'air ; ils s'attacheront aux vérités solides de l'évangile et de la morale ; ils écouteront leurs curés, et non les curés ultramontains ; ils plaindront le pape que l'on a trompé, et ils se féliciteront de vivre en un siècle où l'erreur d'un pontife ne cause plus la calamité du monde.

Evénemens.

CONSTANTINOPLE. Si l'on en croit des lettres arrivées de Turquie , le grand-vizir a

le grand-vizir a eu la tête tranchée. Le Bacha fait distribuer des coups de bâton au peu-, ple. L'aga des janissaires assomme et rançonne les Grecs. Le čadi emprisonne et dépouille les marchands.

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