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Lettre Aux Redacteurs de la Feuille Villageoise.

*

Yous vous attachés avec raison, Meffieurs, à raffurer les citoyens des campagnes fur les contributions de cette année : il eft certain qu'on ne les fait trembler devant l'impôt, que pour les faire reculer devant la conftitution. Il eft demontré que la nation en général payera moins. Il est même évident que tout citoyen qui n'étoit point privilégié, fera foulage; et que ces foulagemens feront encore plus fenfibles pour les François les plus mal-aifés.

Vos calculs à cet égard font très-raffurans et très-juftes; voici les miens, qui ne font pas moins vrais, quoique plus confolans encore.

Je prétends que la France payoit réellement 797 millions, et que fi on cût laiffe fubfister le systême ancien des finances et de l'impôt, il auroit fallu tirer du peuple la fomme enorme de 897 millions. Voici mon calcul.

Le tréfor public retiroit, comme vous l'avez dit. 475,294,000 liv. La dime eccléfiaftique s'élevoit à

130,000,000

Les dimes inféodées, à

10,000,000
20,000,000

L'impôt en remplacement de la corvée eft cftimé: Les amendes qu'entraînoit la perception de la gabelle, des aides et autres impôts indirects fupprimés, à

on

Je ne paffe pas en compte les hommes ruinės, condamnés aux galères, leurs femmes et leurs enfans réduits à la mifère: on ne comptoit pas cela fous l'ancien régime. Les frais de perception pour l'impôt pouvoient s'élever à So. millions; ce calcul réfuite de tous les Comptes rendus; ci

TOTAL

Ajoutés le cafuel des curés fupprimés: on peut

l'eflimer

S

·

La nourriture des moines mendians, que le peu-
ple entretenoit feul, eftimée à
Les frais en cour de Rome. et aux chambres ec-
cléafiftiques, frais fupprimés

Les milices, qui, fuivant les calculs de M. des
Pommelles non conteftés, étcient annuelle-
ment tirés par 338,811 hommes, et fournif-
fant 14,468 milicicns, pouvoient équivaloir
à une dépense effective de

Voilà bien

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Ci-contre

J'ajoute les épices des juges et l'argent donné à MM. leurs fecretaires, cftimes par le comité d'impofition, dans fon état.

Les impôts levés par tous les procureurs de France, les plus onéreux de tous, parce que cent écusefcroqués à un payfan le ruinoient pour la P vie, et fa famille après lui. On peut ainfi les évaluer. Six cent trente procureurs de Paris gagnoient bien 6 millions. Le reffort de Paris étoit le tiers du royanme : je réduis cependant lé tout à.

Je fuppofe que les avocats aux confeils, tous les avocats de France, les procureurs au grandconfeil, à la prévôté de l'hôtel, au bureau de la ville, à l'élection, aux confuls, les fecrétaires des avocats, les huiffiers, les recors et toute l'armée noire pouvoient vivre de 12 millions, c'est au plus bas; ci.

*(

Je paffe les courfes des plaideurs, leurs faux-frais,
leur ruine, et enfin leur mifère, ce qu'on vou-
dra c'est aux plaideurs qui me lifent à faire.
leur compte () ...

Ainfi le bon peuple de France payoit, foit en im-
pôts, foit en charges qu'autorifoit un régime
oppreflif.
TOTAL•
Cependant il y avoit un déficit de 56 millions:
il falloit le combler. Il y avoit une dette
exigible de plus d'un milliard, il falloit la conf-
tituer, c'étoit donc un accroiffement de cent.
millions à fupporter encore.

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TOTAL

参加

787,201,000 liv.

36,000,000

12,000,000

12,000,000

797,294,000

100,000,000

897,294,000 liv.

Falloit-il donc que l'affemblée nationale fe bornât à arranger, comme on dit, les finances? Nous faire payer goo millions! cela étoit impoflible. Le royaume étoit écrase d'un trait de plume. On faifoit banqueroute. Il n'y avoit plus de France. Tout détruire et tout re

(*) Si on trouvoit quelques-uns de ces calculs exagérés, nous obferverons que l'auteur de la lettre à obmis plufieurs objets importans, tels que les privilèges des chaffes et des capitaineries, et les droits féodaux, abolis fans indemnité cette dernière charge eft évaluée plus de 7 millions, La première étoit beaucoup plus forte.

:

faire : c'étoit la feule reffource. Supprimer tous les impôts indirects, c'étoit le feul moyen de s'affurer des contributions douces et égales, Auéantir les financiers, c'étoit le feul remède pour nos finances.

Ne nous laffons donc point de le répèter, et pour nous et pour

nos amis.

Plus d'épices, plus de cadeaux, plus de tour du bâton! l'état paye tous les juges.

Plus de chicanes, plus de paperaffes, plus de procureurs ! Nos fuges de paix vuident en un moment des querelles; nos bureaux de conciliation accommodent les affaires; nos tribunaux de famille font embraffer les parens brouillés. Nos juges de district fe dépêchent de donner fentence; car ils n'ont rien à gagner à traîner le procès.

Beaucoup de politelles à M. le Cure; mais plus de revenans-bons, plus de cafuels. On peut fe marier, naître et mourir gratis!

Plus de difpenfus à payer. Si époufer fa coufine eft un mal, pour. quoi le permettre? si ce n'eft pas un mal,' pourquoi vendre la per

miffion?

Plus de milices! le foldat est affez heureux pour fervir de bonne

volonté.

Plus de capitaineries! plus de colombiers! nous mangerons les bêtes qui viendront nous manger.

Plus de moines mendians! cinquante mille fainéans en beface ne viendront plus nous extorqner notre huile, notre vin et notre bled, et donner au pauvre le mauvais exemple de la gueuferie honorée.

Plus de trentième, plus de feizième, plus de douzième gerbe à meffieurs les chanoines! nous ne ferons plus obligés de racheter bien cher à M. le prieur, la paille et le bled que nous avons fait

”་་་་་་

croître.

Plus de taille, plus d'intendans, et plus de fubdélégués! nos adminiftrateurs font nos amis; s'ils prévariquent, la haute-cour nationale les punirà ; fi même ils nous déplaisent, nous les changerons à la prochaine élection.

Plus de gabelles ! nos moutons mangeront du fel; leur laine fera meilleure; nous la vendrous mieux. Sur-tout, nous falerons un porc à bon.compte, et voilà de la boune chère pour fix mois dans une pauvre famille.

Plus de péages, plus de barrières; plus de commis; plus de vifi. tes; plus de faifies pour une pinte de vin; plus de galères pour une livre de tabac plus de temps perdu aux douanes! la France est un jardin. Le commerçant, le voyageur, le roulier s'y promène, fans ètre arrêtés que par la faim, fans payer autre chofe que fa couchée à l'auberge, et son écot au cabaret.

Enfin plus de penfions aux courtifans! plus de crorpes aux courti

fannes! plus de livre rouge pour le plaifir des noirs, c'est-à-dire des aristocrates. Nous n'entendrons plus dire qu'on gratifie un favori ou une favorite du revenu de cinq ou fix villages.

Pourrions-nous faire toutes ces réflexions, fi l'affemblée nationale s'étoit contentée de rapiécer le fyftême des finances, au lieu d'en faire un tout neuf. Non, elle nous auroit fait porter neuf cent millions d'impôt, et nous n'en porterons pas fix cent. Elle nous auroit laiffe le fardeau d'une dette immenfe, et elle met nos créanciers au courant. Beniffons donc l'affemblee nationale! c'est toujours là qu'il en faut revenir.

N. B. Nous joignons à ces calculs généraux, un calcul plus particulier, plus fimple et plus fenfible pour chacun de nos lecteurs. Suppofons un petit propriétaire d'un fonds de

100 livres de rente. Il payoit ci-devant en
vingtièmes.

Dans les pays où l'impôt indirect étoit le plus
fort, et où conféquemment l'alivrement de la
taille étoit le plus foible, il étoit des 2 s. pour 1,
du principal du revenu; par conféquent il
faut compter.

Les acceffoires excédoient le principal; donc c'é

toit encore

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TOTAL..

Or, fuivant le décret, il ne pourra, pour la con-
tribution foncière, être impofe au-delà du
fixième de fon revenu net. Ce qui fait à-peu-
près.
Ajoutez-y, s'il le faut, les 4 f. pour liv. de fup-
plément néceffaire pour les dépenfes locales,

environ.

II liv.

10

II

32 liv.

16 liv. 13 sol.

3 liv. 8

TOTAL

20 liv. I sol.

Le propriétaire d'un fonds de 100 liv. de revenu payera donc pour fa contribution foncière 12 liv. de moins qu'il ne payoit ci

devant.

Si cette diminution eft fi confidérable pour les habitans des pay's où l'impôt indirect étoit le plus fort et où le taux de la taille étoit le plus bas, le foulagement fera bien plus fenfible dans les pays qui ne payoient pas d'impôts, indirects, et où le taux exceffif de la taille fouloit le cultivateur et l'agriculture.

-On ne doit point faire entrer la contribution mobiliaire dans ce

calcul; car pour le propriétaire elle eft fi foible, qu'elle ne fera guere que repréfenter la capitation.

On peut faire de mille façons ces calculs. Pour peu qu'on foit de bonne foi, on arrivera au même résultat. Mais il y avoit tant de gens qui rejettoit leur charge fur le dos de leur voifin, qu'on ne doit pas s'étonner d'entendre faire tant de mauvais comptes.

Analyse et réfutation succinte de la bulle du pape.

Ce Bref de Rome, sollicité depuis un an par les évêques, préparé depuis six mois par les cardinaux, annoncé chaque semaine par les mécontens, retouché cent et cent fois par le pape, est arrivé enfin : il va paroître.

Ce Bref est un volume de deux cents pages. Cent pages d'érudition étalent toutes les maximes ultramontaines, tant de fois proscrites. Cent pages de doléance exposent toutes les objections épiscopales, tant de fois

réfutées.

On

Faut-il les réfuter de nouveau ? rien de plus facile : voici à quoi elles se réduisent. La foi est perdue. · L'église est persécutée comme à sa naissance. dépouille la puissance spirituelle de son autorité et de son bien. L'assemblée nationale est incompétente pour réformer le clergé. La communion Romaine est en danger. La France tombe dans l'hérésie et dans le schisme. Elle touche à l'encensoir. --Elle va être frappée d'excommunication. Il faut rentrer dans le bercail. Il faut assembler un concile. En attendant, les prêtres doivent désobéir. Ils doivent s'armer du crucifix.

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140

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--

Telle est la substance du Bref, voici le précis de tout ce qu'on peut y répondre.

La foi est perdue. Pourquoi ? le pape a perdu ses annates; le roi a perdu la feuille des bénéfices; les évêques ont perdu leurs abbayes; les curés ont perdu leurs dimes voilà la foi perdue.

:

L'église est persécutée ainsi qu'à sa naissance. Comment? on l'oblige de remonter aux vertus, aux usa

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