Page images
PDF
EPUB

ma

sanc

tionné par

sation absolue de tous les parlemens de France, étant venu , ils ont obéi; celui de Toulouse a obéi de même, mais tout en obéissant, il a osé protester contre la loi. L'assemblée nationale a décrété que les ci-devant ma gistrats qui ont signé la protestation, seront poursuivis et jugés. En effet est-il permis à des citoyens de pritester contre l'autorité de la nation ? n'est-ce pas se me tre au-dessus d'elle et vouloir qu'une foible partie l'emporte sur le tout ? Les protestations étoient légitimes autrefois, parce que nous étions soumis à la souveraineté d'un seul homme que l'on pouvoit séduire et qui opprimoit quelquefois le monde à son insu. Mais aujourd'hui que la volonté générale s'explique dans une assemblée composée de tous les représentans de la France; aujourd'hui que chaque délibération est publique , ct chaque décret motivé , proclamé ,

le roi, la protestation est une révolte ou une folie.

ROUEN. L'agitation de quelques mécontens et l'inquiétude de plusieurs bons citoyens, avoient donné lieu à une étrange nouvelle : on prétendoit que l'aristocratie, si malheureuse dans tous ses complois, venoit d'en former un nouveau pour enlever le roi et l'amener à Rouen. Cette ville vient de publier une déclaration, dans laquelle elle annonce que si jamais des rebelles enleroient le roi à lui-même et à son peuple , pour le conduire chez elle, elle s'armeroit sur-le-champ pour rendre la liberté au roi ct le roi à l'assemblée nationale. Elle fait un grand et magnifique 'éloge des vertus de ce prince, qui, environné de cabales, n'acessé de se montrer le meilleur , comme le premier des citoyens François.

Metz. Les troupes en garnison dans cette ville , viennent d'adresser à l'assemblée nationale une déclaration qui contient les mêmes sentimens que celle de Rouen, et qui prouve dans l'armée autant de sagesse que de courage.

BREST. L'escadre qui est dans ce port, n'est pas aussi bien inspiree ni aussi bien instruite que l'armée. Elle dispute contre ses chefs et contre la discipline, et con

et

tre les bois. L'assemblée nationale a pris des mesures pour la soumettre. L'insubordination seroit plus terrible pour une flotte que les tempêtes de la mer.

Ruel, près de Paris. Le feu ayant pris la nuit dans une petite grange, on a sonné le tocsin ; le village voisin ayant entendu ce tocsin, l'a fait sonner aussi. De proche en proche le tocsin a fait rassembler une multitude considérable de gens armés qui sont descendus à Ruel. Comme l'on avoit parlé du projet d'enlever le roi, chacun croyoit que

le tocsin sonnoit pour cette cause , chacun arrivoit pour s'opposer aux ravisseurs et au rapt. Cette promptitude de réunion annonce que tous les cæurs sont disposés à soutenir le bon parti. Cela prouve aussi que l'on ne doit pas si aisément répandre les nouvelles allarmantes , avant de les vérifier. Il ne faut pas tourmenter inutilement les esprits et fatiguer le zèle , quoiqu'il se montre infatigable.

Bordeaux. La municipalité du Pont-Canton donne un avis bien consolant ; elle nous apprend que les villages de son ressort payent les impôts avec une exactitude qui a rendu inutiles les contraintes d'usage. Ces bons cultivateurs ont réfléchi que les subsides étoient le bien public, et que de tous les vols, le plus coupable et le plus odieux, c'étoit celui qu'on faisoit à la patrie, en ne la payant pas. Dans le temps du despotisme des ministres et des intendans, on pouvoit avoir des prétextes et même des raisons de se soustraire à une charge inégalement et arbitrairement repartie. Ces raisons et ces prétextes ne sont plus pardonnables , à présent que la justice impose à chacun sa cotte-part, et que la responsabilité garantit le bon emploi des deniers.

Paris. Pour faciliter le cours des assignats, on vient de décrèter qu'il y en aura de 50, de 60 , de 70, de 80 de go et de 100 livres ; ainsi une personne qui auroit à payer

dix francs, donneroit un assignat de 60 liv. pour un de 50,: ainsi l'argent sera moins cher ou ne sera acheté que par les gens au-dessus de la classe pauvre; et les ouvriers éprouveront moins d'embarras. L'éternelle attenrion de l'assemblée nationale est de soulager le peuple.

Le Châtelet, après avoir entendu le rapport de l'af

[ocr errors]

faire de M. Bonne-Savardin , l'a décrété de prise de corps, ainsi que M. de Maillebois. M. Gentil', accusé d'avoir favorisé l'évasion du premier, en présentant au géolier un ordre contresait et en se disant aide-de-camp de M. de la Fayette , est décrété d'ajournement personnel. M. l'abbé de Barmond qui avoit favorisé la fuite du coupable, est assigné pour être ouï. Ainsi, ce complot va être éclairci, et jettera peut-être un grand jour sur tous les autres complots que la chronique a fort bien comparés à des toiles d'araignée qu'un seul coup de balai emporte.

Récit d'une aventure terrible, par un témoin oculaire.

M. d'Avéjean, ci-devant gentilhomme d'Uzès, et baron des anciens états du Languedoc , avoit épousé', par inclination, Mlie de Sauve, et demeuroit á Sauve mème chez son beau-père et sa belle-mère , dont sa femme étoit la fille unique. Cet homme, d'un caractère violent et passionné, se prit de dispute avec le vicaire du lieu qui alloit familièrement au château , et les choses furent poussées si loin qu'il pria son beau-père de ne plus recevoir ce vicaire chez lui. On fit

peu

d'attention à une demande injuste ; et l'ecclésiastique étant revenu le lendemain, M. d'Avéjean se jeta sur lui, le battit, le blessa. Les paysans de Saure , indignés d'un tel emportement, menaçoient de venger leur vicaire : M. et Mde de Sauve partirent pour Montpellier, et leur gendre pour sa terre avec sa femme et une amie qu'elle amena. Quelques jours après Mde d'Avéjean, femme intéressante par sa figure, par sa jeunesse et par son état (rar elle étoit grosse), mourut presque subitement dans des convulsions qui étcient une suite des frayeurs que lui avoit causé l'emportement de son mari. Celuici qui , au milieu de ses furies, idolâtroit sa femme, tomba dans un désespoir et un délire qui rendent croyable tout ce qu'on lit dans les romans. Il ne voulut jamais sortir de la chambre où elle venoit d'expirer : collé contre son cadavre , qu'il tenoit embrassé, il resta dans cette situation horrible près de cinq heures. Enfin, on vient l'avertir que tout est prêt pour le convoi : à cette nouvelle il s'élance sur son épée, se perce le cæur, et va tomber mort sur le cadavre qu'il embrasse encore et qu'il inonde de son sang. Quelle scène affreuse ! et quelle leçon pour les hommes d'un caractère violent ! Je n'ai pas manqué; dit le témoin occulaire qui raconte ce fait, de le faire remarquer à mon fils, et ce spectacle l'a rendu plus doux, quand il dispute avec ses camarades.

Le bonheur, chose si rare , habitoit ce château. Une dispute survient, l'orgueil se montre : la haine s'allume toute une famille heureuse est dispersée, écrasée, anéantie ! misérables mortels ! pourquoi cette rage dans vos disputes ? est-ce bien l'amour de la vérité qui vous rend ennemis de vossemblables ? Songez que les opinions sont libres; songez que chacun doit ménager celles d'autrui ; songez que l'amour-propre et la raison défendent également les injures. Un ancien sage disoit : n'attisons pas le feu avec une épée.

.

On s'abonne a Paris chez DESENNE, Libraire au Palais-Royal ; et en Province, chez les principaux Libraires et chez les Directeurs de la Poste, pour 7 liv. 4 sols par an ; l'abonnement ne peut être moins d'une annéco On prévient les Souscripteurs qu'il faut affranchir les lettres et le port de l'argent; ec on les prie de vouloir bien circonstancier l'adresse de chaque Village, pour éviter la ressemblance des noms.

Messieurs les Souscripteurs qui auront des réclamations à faire sont priés d'indiquer avec précision le numéro qui se trouve sur leur adresse.

Expérience sur le Bled.

Le sol de la Sicile est singulièrement fertile en grains de toute espèce. On y sème et on y récolte deux fois paran. C'est un beau privilége que la nature accorde à ce pays, regardé autrefois comme le pays natal de l'agriculture. Les anciens croyoient que cet art divin avoit été enseigné par une reine de Sicile, nommée Cérés, et ils en firent la déesse des moissons. Si l'on peut excuser quelqu'idolâtrie , c'est assurément celle-là : car le pain est le bienfait du ciel et le miracle de la terre. Les laboureurs Siciliens paroissent donc les favoris de l'un et de l'autre. Ils vivent néanmoins dans une extrême indigence. La servitude où ils sont réduits, entretient leur pauvreté et leur paresse , deux choses qui vont toujours

ensemble. Depuis quelques années ils ont gagné un peu . de liberté et un peu d'industrie, grace à M. de Carac

cioli , qui étoit leur vice-roi, et un homme excellent. Il avoit été auparavant ambassadeur de France et l'ami intime de M. Necker. J'étois en correspondance de lettres avec lui. Je lui demandois dans une de mes lettres de vouloir bien m'expliquer la manière dont on gardoit le bled en Sicile : car je savois qu'il ne s'y gâtoit jamais. M. Caraccioli m'écrivit ce détail :

« Nos laboureurs n'ont pas grand peine à conserver ,, leur bled; l'air de la Sicile semble le conserver pour » eux. Quelques-uns cependant y veillent avec soin.

Après la moisson ils battent les épis, non dans une » grange , mais en plein air, et sur une place étendue » qu'ils ont auprès de leur ferme : battu et vané plu» sieurs fois, le bled est déposé dans des greniers obs? curs, mais où l'air passe et circule librement par de » petites fenêtres étroites et longues , grillées de ficelles

qui en défendent l'entrée aux moineaux. Il est rare,

[ocr errors]
[ocr errors]
« PreviousContinue »