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un maréchal, un chancelier; un escadron à cheval, et un pompeux cortège. Lorsqu'il va chez le roi, il s'avance en cérémonie , et le roi se lève pour le recevoir. A tant de puissance , le primat joignoit autrefois les foudres de l'excommunication , et quelquefois même il a joint le poignard de la rébellion et du régicide.

Les nobles polonois qui abandonnoient ainsi le trône à la superstition, avoient du moins réussi à se soustraire eux-mêmes à son glaive et à ses bûchers. Ils avoient établi , par une loi sage, la tolérance de toutes les religions. Qui le croiroit? C'est au milieu du dix-huitième siècle , c'est quand l'Europe commençoit à guérir de la rage du fanatisme , que la Pologne, dans un accès de fièvre religieuse , a stupidement aboli la loi de la tolérance. Ce seul trait de folie annonçoit à tous les sages que la Pologne se précipitoit vers sa ruine, et sa ruine n'a pas tardé à suivre, à punir l'oubli de tous les bons principes.

La nature avoit mis dans ce vaste empire tout ce qu'il falloit pour l'enrichir , blés , pâturages , bestiaux, salines, minéraux, et néanmoins il est resté toujours pauvre au milieu de tant de richesses. C'est que l'inlustrie y est étrangère, malgré le génie des habitans ; c'est que le commerce y est captif malgré la liberté nationale; c'est que la navigation intérieure y est négligée , malgré des fleuves nombreux ; c'est que la culture manque

à des terres même excellentes; enfin, c'est que la population des hommes y est desséchée dans sa première source, par l'esclavage du paysan.

Les paysannes polonoises sont cependant féconde ; mais leurs enfans couchés dans une misérable chaumière, pêle-mêle avec le bétail, sont plus à plaindre que lui, car ils sont tout nuds, et le froid en consume une grande partie sous les yeux d'une mère , qui glacée elle-même , ne peut les réchauffer dans ses bras engourdis.

Aussi ce royaume, aussi grand que la France , ne compte guères que six millions d'habitans , et peut à peine soudoyer quarante mille hommes. Il n'abonde pas en ouvriers ni en marchands. Encore sont-ils Allemnands', ou François, ou Juifs. Le monarque régnant n'a rien oublié pour y attirer les artistes, et pour y élever les lettres, les sciences et la prospérité publique. Les nobles ont eu peur de son génie , et pour l'enchaîner, ils lui ont ravi jusqu'au pouvoir de conférer les starosties ou les bénéfices de la république, sans l'avis du conseil permanent: ils ne lui ont laissé que le nom de roi et le cæur d'un sage.

On appelle conseil permanent, un conseil qui exerce , de concert avec le roi, le pouvoir exécutif dans lequel consiste la royauté.

On appelle champ électoral , un champ très-vaste qui est aux portes ole Varsovie, et qui est le théâtre de l'élection du monarque. Les Polonois campent sur la rive gauch: de la Vistule, les Lithuaniens sur la droite. Ceux qui aspirent ouvertement à la couronne , exclus du champ électoral, de crainte que leur présence n'y gêne les suffrages. Le roi doit être élu par toutes les voix, unanimité qui seroit impossible, si elle n'étoit facilitée par l'argent ou forcée par le sabre. Aussi le champ électoral est-il sans cesse arrosé d'or, et quel. quefois inondé de sang.

On appelle pacta conyenta. ou pactes convenus , une. charte, accordée aux nobles par Sigismond-Auguste, et dans laquelle sont contenues toutes les concessions que la couronné leur a faites. Le premier acte de la diète , c'est toujours la lecture des pacta conventa.

On appelle Palatin, un gouverneur de province héréditaire, et chef de la noblesse de son palatinat ou de sa province.

On appelle Castellan , le principal seigneur qui représente le palatin dans son absence, et ce nom de cas

sont

tellan vient des châteaux-forts dont il étoit le gardien.

On appelle Staroste, un noble à qui le roi donne l'usufruit d'un domaine et l'administration des justices royales. On appelle grand Maréchal de la couronne ,

le maître du palais , le capitaine des gardes, le juge souverain après la nation, la troisième personne après le roi, et celui qui convoque le sénat, composé de cent cinquante-trois sénateurs.

La diète est convoquée tous les deux ans. Elle s'assemble à Varsovie dans l'ancien château des rois. La chambre des nonces ressembleroit à la chambre des communes angloises, si comme celle-ci elle représentoit le peuple.

Mais le nom seul de peuple blesseroit l'oreille de ces superbes oppresseurs. Casimir le Juste essaya de le délivrer de leur joug : ce fut envain. Casimir-le-Grand tenta la même entreprise : elle 'échoua. Sigismond - Auguste , ne pouvant abolir la servitude , voulut du moins l'adoucir : elle devint plus rigoureuse. Le pape Alexandre III., avoit lui-même dans le douzième siècle , sollicité, au nom de l'évangile, la liberté des serfs : on se joua de l'évangile. Stanislas second a fait, de nos jours, de vertueux sacrifices pour donner aux nobles l'exemple de la générosité : on s'est joué de la vertu. Rousseau et Mably ont tracé des plans pliilosophiques pour la réforme de la Pologne : on s'est joué de la philosophie. Nobles polonois, nobles d'Europe, nobles du monde entier, jugez par-là de l'esprit et du caractère de la noblesse. Vos généalogies, vos parchemins, vos titres sont la preuve héréditaire de la soitise des nations : pour faire un noble , il falloit dégrader tout un peu ple; et plus on élevoit l'un, plus on abaissoit l'autre.

"En extirpant cette monstrueuse excroissance , la constitution françoise a redressé la constitution humaine.

Suppression des Jurandes et Maitrises : Etablissement

des. Patentes.

Après avoir donné la liberté au commerce , il fa!loit bien la rendre à l'industrie. A quel degré de servitude nous étions réduits ! Un édit d'Henri III déclaroit, il y a deux cents ans, que le droit de travailler est un droit royal et domanial. C'est de-là qu'on partit pour nous vendre la permission de faire toutes sortes de métier ou de commerce. C'est comme si on nous eût vendu la permission de respirer. Quelle idée devoit avoir des hommes un roi qui pensoit avoir sur eux un pareil droit?' Empêcher un homme de gagner sa subsistance avec ses dix doigts, c'est l'empêcher de vivre, c'est le tuer. C'est le droit du maître sur l'esclave, du loup sur le mouton, du vautour sur la colombe.

Faut-il s'étonner que le travail, la plus noble source du bonheur et de la vertu, fût jugé en France une chose honteuse et roturière ? Voilà pourquoi noblesse et paresse étoient deux-sæurs jumelles et inséparables.

Les jurandes blessent la liberté de deux manières. Elles empêchent l'ouvrier et le marchand de faire ce qu'il veut et ce qu'il peut pour vivre ; elles empêchent le consommateur d'acheter où il lui plait, de faire travailler qui il lui plaît.

Les premières jurandes furent établies par SaintLouis, en forme de confréries ; c'étoient les écoles des méiiers. En Angleterre , on disoit, l'université des tailleurs. A leur naissance , elles n'avoient point de privilège exclusif. Mais le gouvernement voulut tirer de l'argent des marchands. Alors il donna aux maîtres, le pouvoir de vendre seuls et de fabriquer seuls. Bientôt, pour être admis parmi eux, il fallut que les jeunes gens fissent un apprentissage de plusieurs années ; il fallut ensuite payer une grosse somme : autrement, l'ouvrier trop pauvre pour êire reçu maître , restoit dans la dépendance de ceux qui l'étoient. Ce seul abus faisoit une foule de misérables et de mendians.

Autre vice des jurandes ! ces maîtres réunis dans leurs communautés se liguoient , s'entendoient pour

hausser tous les prix des ouvrages et des marchandises. Voilà comment tout se payoit au-dessus de sa valeur. La liberté leur ôte ce moyen de vexation. Chacun pouvant tout vendre et tout fabriquer ; ils n'auront plus pour attirer les acheteurs, que la bonne marchandise et le bon marché. Ce sont les habitans des campagnes qui profiteront le plus de cette concurrence. Car les habitans des villes, en vendant plus cher, se récupéroient les uns sur les autres. Ceux des campagnes , au contraire , ne peuvent vendre leurs denrées qu'au prix du marché, qu'ils ne peuvent diminuer ou augmenter à leur gré.

Enfin les privilèges des jurandes donnoient lieu à une multitude de procès et d'autres dépenses. Les marchands les payoient; mais comme ils rejettoient cette augmentation de frais sur le prix de leurs marchandises, elle finissoit toujours par devenir une charge de plus pour Je consommateur. En un mot, le renchérissement des denrées , causé par ces privilèges, étoit énorme. Il y a vingt ans que des calculateurs habiles l'estimoient plus de quarante millions.

L'assemblée nationale vient de supprimer les jurandes et les maîtrises. C'est pour toute la nation une diminution de charges , et un accroissement de liberté.

Mais l'Etat tiroit un revenu de ces privilèges. Il a fallu le remplacer. Voici la taxe nouvelle qui va être établie.

Tout citoyen est libre de faire tel métier ou commerce qu'il voudra , même d'en réunir plusieurs. Mais il faut qu'il se fasse connoître et inscrire à la municipalité du lieu, et qu'il paye à l'Etat une redevance annuelle.

Cette contribution se mesure sur le prix du loyer, et conséquemment se proportionne à l'étendue du commerce et aux gains du commercant et de l'ouvrier.

Elle s'appelle droit de Patente, parce que la reconnoissance de la municipalité et la quittance du droit sera donnée à chacun par une patente particulière.

Voici les divers taux des Patentes :

I sols pour livre du prix du loyer jusqu'à 400 liv.

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