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nistrateurs qui, vivant avec vous et près de vous, sé feront toujour un devoir d'écouter vos plaintes', et d'y faire droit, lorsqu'elles seront justes. Vous avez des magistrats citoyens, qui ne sacrifieront plus les droits de la veuve et de l'orphelin au crédit ou aux largesses d'un riche propriétaire. Enfin, délivrés de cette horde de praticiens qui savoient si bien artiser parmi vous le feu de la discorde, pour en faire leur profit; vous avez des juges de paix qui, parfaitement désintéressés dans vos querelles, n'en seront que plus justes dans leurs décisions ; ce seront des pères corrigeant leurs enfans...... Direz-vous actuellement que votre bonheur n'est point dans vos mains ? qu'assures de cultiver vos champs en paix, et de les récolter en entier, vous avez encore quelque chose à désirer ?..... Ingrats' qu'étiez-vous il y a deux ans , et qu'êtes-vous aujourd'hui ?

On vous a pardonné vos premiers écarts. Le cri de la liberté, sorti du sanctuaire de la patrie, et propagé dans les campagnes après la nuit miraculeuse du 4 août 1789, a été pour vous le signal de la licence..... Vous vous vengiez d'une longue tyrannie: le moment étoit critique: aussi vos amis l'ont-ils oublié. Ils ont fait plus ; ils ont fermé la bouche à des hommes qui, non contens de vous avoir vexés, osoient encore, dans leur délire, vous accuser des crimes qu'ils proyoquoient eux-mêmes par leur perfidie.

Mais le sénat a parlé, les proclamations du roi ont été publiées dans les campagnes. Le désordre a-t-il cesse? Non. Au moment même où l'on mettoit les propriétés sous la sauve-garde de la loi, vous les ayez violées. Plusieurs d'entre vous n'ont pas rcugi de dévaster et de piller les bois ; des citadins se sont approvisionnés de vos brigandages, et ont autorisé yns rapines par des achats clandestins. L'assemblée nationale , en supprimant des impôts odieux , vous sollicitoit à payer fidellement les autres, et vous les avez refusés.

Vainement, chers concitoyens, prétendriez-vous être libres, sans une parfaite soumission à la loi, la vraie liberté ne consiste que dans l'égalité des droits ; la liberté des personnes est la sûreté des propriétés. Nous sommes tous éganx, en ce que nous concourons teus à faire la loi. Nos représentans, nos adıninistrateurs, nos

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magistrats , ont fait la loi, sont chargés de la faire exécuter, de la maintenir. Tous y sont soumis comme nous ; ils ne peuvent y prévariquer sans crime de forfaiture.

Seriez-vous donc maintenant les seuls qui voudriez vous y soustraire ? Vos propriétés sont sacrées, et vous ne voudriez pas respecter celles des autres ? Vous êtes pauvres; votre pauvreté vous donne-t-elle le droit d'être injustes? Elle vous donne des droits à la bienfaisance des riches; mais elle ne pourra jamais justifier vos vols et vos rapines. Vous avez juré solennellement fidélité à la loi. Vos officiers municipaux en sont à votre égard les premiers agens ; vous croyez-vous le droit de leur désobéir, quand ils vous commandent au nom de la loi? Vous croyez · vous celui de les injurier, de les menacer, quand ils vous punissent au nom de la loi ? Chargés de veiller à la police sur leur territoire, de faire observer la sanctification des dimanches et fêtés, ils doivent condamner les délinquans. Vous croyez-vous autorisés à refuser de payer l'amende ?

Divine Religion , ton flambeau sarcré paroissoit éteint dans le coeur de tes enfans; Tu vas triompher maintenant; ton esprit et tes principes sont consignés pour jamais dans les nouvelles lois de la France. Sa régénération te prépare le plus éclatant triomphe que jamais l'évangile ait obtenu dans l'univers.

Périssent les insensés qui, dans leurs déclamations, osent nous prophétiser que la France va cesser d'être chrétienne. En vain , sous le voile de la piété, sous le manteau du pasteur, cherchent-ils à paroître s'inquiéter sur le sort de la religion; ce ne sont que des hypocrites, affligés des coups qui humilient leur orgueil et qui de concertent leur ambition.

Encore quelque temps , et le sacerdoce ne sera plus , comme autrefois, intolerant , turbulent et persécuteur; il aura l'esprit et la sagesse apostoliques. Renfermés dans les limites de notre ministère, nous serons vraiment pasteurs. Vous chérirez dans vos guides spirituels, des frères, des égaux, des amis. Par une assiduité plus constante à l'office divin , nous nous édifierons les uns les autres. En honorant les saints, vous adorerez votre Dieu par une conduite régulière. Vous fréquenterez vos

églises paroissiales, et vous n'irez plus chercher dans un temple étranger, un pardon que vous croyiez obtenir parce que vous le payiez. L'on ne vous verra plus courir certains jours de l'année, pour aller solliciter des guérisons que vous promettoient les moines et prêtres charlatans qui vivoient de vos pélerinages, et qui rioient de votre superstition. Mieux instruits, vous viendrez demander à vos pasteurs des conseils pour marcher dans les voies du salut, que les riches savoient si bien s'applanir , et que les prêtres ne rendoient pénibles qu'aux malheureux. Bientôt la suppression des fêtes, leur translation aux dimanches, rendra plusieurs jours au travail et å l'agriculture; les cabaretiers seuls y perdront sans doute ; mais les mours y gagneront; car , sans mæurs , point de vraie religion ; sans religion, point de vrai bonheur, et là où le bonheur n'existe pas, il ne peut se trouver ni union, ni fraternité, ni civisme.

Commencez donc, chers concitoyens , l'année 1791 par un sincère retour sur vous-même. Formez la résolution de vous instruire dans la pratique des lois que vous avez juré d'observer. Si vos parens ont eu la foiblesse de négliger votre instruction, n'en punissez pas vos enfans. Riches laboureurs, vous savez par expérience

que

la meilleure terre , laissée inculte, ne produit rien ; que le sauvageon, tout vigoureux qu'il soit, ne porte que de mauvais fruits : vos enfans sont cette terre inculte , ce sauvageon abandonné à la nature : donnez-leur une éducation convenable, et songez que ces premiers soins seront toujours leur plus sûr patrimoine. Elevez des citoyens à la patrie ; formez des hommes. Les Romains alloient les prendre à la charrue pour en faire leurs chefs.... Et vous, pauvres manouvriers des campagnes, qui n'avez que vos bras pour nourrir une femme et des enfans , songez que vous avez maintenant une patrie. Si, jusqu'à ce jour, vous avez été oubliés, méconnus , ahandonnés; vos riches concitoyens, vos administrateurs veilleront aujourd'hui sur vous. Les ressources d'une nation généreuse seront les vôtres. L'homme misérable par sa faute, sera le seul délaissé.

Réjouissez-vous, chers concitoyens ; ils sont passés ces momcns de crise et de douleur. Bientôt, du milien des nuages qui depuis deux ans obscurcissent l'horizon de la France, sortira cette sublime constitution, triompbante du choc de toutes les passions humain s. Déja sa consistance déconcerte ses ennemis. Réduits au silence ou à la fuite , leurs ténébreux complots se dissipent comme la fumée. La fermeté de vos dignes représentans , la parole sacrée de votre monarque, le zèle et la vigilance des gardes nationales, ce concert admirable d’un peuple entier leur annoncent assez que le seul parti qui leur reste à prendru est celui de la soumission. Plaignez-les dans leur aveuglement, mais ne les haïssez pas ; ce sont vos frères.... Aimons - nous les uns les autres, mes chers amis. Tous eniemble ne formons plus qu'une seule et même famille, unie par les liens de la fraternité la plus sincère.

Soyez heureux, chers concitoyens, voilà les veux fraternels que je fais pour vous. Miéritez d'être libre et apprenez à l'être , voilà mon unique désir.

PICHONNIER , curé d'Andrezel, district de Melun.

Evenemens.

CONSTANTINOPLE. Le grand Vizir, ou le premier ministre du Sultan , a fait étrangler sans autres sentence ju diciaire que son ordre absolu , les gouverneurs des citadelles que les Russes ont prises d'assaut. Les Turcs regardent chaque bataille perdue, comme une fatalité inevitable, et cependant ils punissent le général vaincu, comme s'il avoit pu vaincre sa destinée. La cruauté et l'ignorance ne raisonnent pas. Les Russes qui raisonnent un peu mieux, se préparent, dit-on, à marcher vers Constantinople. Mais on assure que l'Angleterre, de son côté, se prépare à secourir les Turcs. Une bonne flotte Angloise les sauvera mieux que le fatalisme sur lequel ils se reposent.

Rome, Le saint père ne peut se résoudre à donner The bulle

que les évêques de Trance ne cessent de mendier à Rome. Ils ont gagné les cardinaux dont l'intérêt s'accorde avec le leur. Mais ils n'ont pu encore aveugler le souverain pontife, ami de la concorde , savant dans l'histoire ecclésiastique , et dont les principes et

la piété sont favorables aux réformes faites en France, Il sait, il avoue lui-même

que

la foi et la communion romaine sont respectées par nos lois. Il a vu sans peine le cardinal de Bernis préter le serment civique. Sa justice a été plus loin : un de nos émigrans traitoit devant lui d'impie et de sacrilège, la constitution civile du clergé ; je l'ai lue attentivement, lui dit le saint père: je n'y ai rien vu de semblable : son but est même tres-pieux et très-édifiant; car elle ne veut que deux chose , des évêques moins opulens et des curés plus riches.

GAND, en Brabant. On parloit d'une insurrection fornidable dans l'armée Autrichienne. On annonçoit que les soldats Allemands avoit déclaré d'un commun accord qu'ils ne vouloient plus du code militaire du bâton. Depuis un temps immémorial le bâton étoit employé en Allemagne à châlier les moindres fautes du soldat. Dans les belles années du règne féodal le bâton étoit aussi l'arme ou le sceptre avec lequel un noble insolent gouvernoit à son gré le paysan esclave. En Turquie , les bachas font distribuer aussi avec libéralité cent coups de bâton sur la plante des pieds de quiconque leur a déplu. Enfin, le bâton mène la Chine , dit l'historien de cet Empire. Pour revenir au Brabant, on assuroit que les soldats avoient notifié à leurs officiers que le premier d'entr'eux qui les traiteroit à coups de bâton seroit traité à coups de fusil. La nouvelle est fausse , ou du moins douteuse.

Amsterdam en Hollande. Depuis que le Stathouder, c'est-à-dire le chef armé des Provinces-Unies, est devenu, avec le secours de l'armée prussienne, l'arbitre tout-puissant des états de Hollande, beaucoup de patriotes et de négocians tournent leurs regards vers la France, pour s'y réfugier eux et leur fortune. Ils ont chargé leurs correspondans François d'acheter en leur nom des biens nationaux. Ainsi ils apporteront au milieu de nous leurs capitaux, leur industrie ; et le ciel françois bénira l'aigent de la Hollande.

TOULOUSE. La ferme de Braqueville vient d'être vendue huit cents mille livres. Elle avoit été donnée jadis à une communauté de Bénédictins par la mauvaise humeur d'un père contre son fils. La chronique du temps raconte ainsi le fait. Ce fils encourut la disgrace pater

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