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l'homme une odeur fætide. Le tabac fumé épuise l'estomac des sens digestifs, et affoiblit le fumeur.

Le tabac n'est connu en Europe que depuis la découverte de l'Amérique', et en France que depuis deux cents ans. Il n'y a guères plus d'un siècle que l'usage en est devenu assez commun, pour qu'il fût un objet de commerce et une branche d'impôt. Le goût du tabac s'est établi par la contradiction. Les médecins ont écrit plus de cent volumes pour et contre. Des souverains ont employé toute leur puissance pour en empêcher l'usage. En Russie, en Turquie, et en Perse, il fut défendu, sous peine d'avoir le nez' coupé. Le roi d'Angleterre même, Jacques II, poussa la folie jusqu'à rendre des édits contre les fumeurs. Il ne faut pas s'étonner, si un prince, qui croycit avoit un droit pareil, fut détrôné et chassé de ses Etats. On peut juger aussi par cet exemple du règne capricieux d'un despote. Il a conçu de l'antipathie pour une mode, qui plait géné ralement. Il la proscrit par une loi, c'est-à-dire, par l'expression de la volonté générale. Aussitôt une prise de tabac devient un crime. On verbalise sur une pipe, une sensation innocente, un amusement tranquille mène un homme à l'échaffaud.

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Finances.

Assignats brûlés.

Les assignats sont une monnoie qui représente les domaines nationaux. Ainsi, à mesure que ces domaines se vendent et se payent, on éteint les assignats donnés en paiement. Car si on les laissoit subsister dans la circulation, comme l'argent, il se trouveroit que, lorsque tous les biens nationaux' seroient vendus, ces billets ne représenteroient plus rien, ou du moins n'auroient plus de valeur que celle de la confiance dans le crédit de la nation. Depuis quelques mois, on a brûlé pour des sommes considérables d'assignats. Comme les ventes et les paiemens augmentent, le brûlement doit augmenter aussi; et l'on vient d'annoncer à l'assemblée nationale qu'on en anéantiroit désormais pour quatre ou cinq millions par semaine. En même temps on publie la liste des numéros des assignats brûlés. On imprime les comptes de la caisse de l'extraordinaire. Aussi le papier national jouit du plus grand crédit. Car le mot

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crédit veut dire que tout le monde croit, et tout le monde ne croit que quand tout le monde voit. La evise de l'ancien gouvernement étoit le secret, e celle du nouveau régime est la publicité. Il comme dit le proverbe, la différence du jour à la nuit. Organisation de l'armée..

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Ce travail continue. Les réglemens sur les recrues ont été décrétés. Aucune violence, aucune supercherie n'y sera employée. Tout est libre et sincère chez les François redevenus Francs. Un article de ce réglement intéresse sur-tout les familles. Jusqu'à l'âge de dix-huit ans, aucun citoyen ne peut s'engager qu'avec l'agrément de ses père et mère. Mais à cet age, le jeune homme en est seul maître il n'appartient plus qu'à la patrie et à lui-même.

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AVERTISSEMEN T.

Craignant de fatiguer nos lecteurs ; et fatigués nousmêmes de la longue et misérable dispute élevée par les mauvais prêtres contre le serment civique, nous avions promis de ne plus insérer dans notre feuille aucun prône, aucune dissertation théologale. Mais voici un discours qui mérite une place. Il ne roule pas sur le devoir des pasteurs, mais sur celui des peuples. C'est l'ouvrage d'un excellent curé: nous en donnons l'extrait: il a pour titre : Mes vaux du nouvel an aux habitans des campagnes. CONCITOYENS,

CHERS

Une nouvelle année commence pour nous; c'est la troisième de la liberté..

Ce mot sacré de liberté, qui dans un jour a été le signal de ralliement de plusieurs millions de François ; ce mot qui fait et fera des héros, est-il enfin compris par vous dans son vidi sens?

Hommes libres, connoissez la différence d'une sainte et précieuse liberté, d'avec l'anarchie, qui ne se trouve que parmi des esclaves révoltés. Apprenez à connoître. vos devoirs.

Vivant au milieu de vous, j'étudie depuis long-temps votre caractère. J'ai scruté vos cœurs; ils sont bons. L'ignorance seule a causé vos écarts; elle seule vous causeroit de nouveaux malheurs. Nous sommes perdus,

me disoit fort naïvement il y a quelques années un cidevantseigneur, nous sommes perdus, si jamais l'habitant des campagnes devient instruit. Il disoit une grande vérité. Seriez-vous les seuls à ne pas en sentir la conséquence?

Ah! vous étiez ignorans, et l'on pouvoit tout oser contre vous. La raison faisoit depuis long-temps des progrès dans les villes. Vous, malheureux habitans des campagnes, étiez, encore plus que jamais, maintenus dans une perfide ignorance. Vos murmures étoient étouffés par vos sangiots; vos plaintes étoient regardées comme des crimes. Le citoyen des villes avoit lui-même un intérêt secret à entretenir cette crédulité qui lui fut si longtemps profitable.

Sortez donc aujourd'hui, je vous en conjure, de cet état d'abrutissement qui ne convient qu'à des esclaves.

Ecoutez la vérité de la bouche d'un pasteur qui, né parmi vos semblables, ne s'est jamais énorgueilli du titre sacerdotal.

Ecoutez un pasteur qui, long-temps avant le règne de la liberté, a osé annoncer au milieu de vous des vérités méconnues; qui a osé relever les abus des justices seigneuriales ; qui toujours a plaidé la cause du malheureux cultivateur, et qui, dès l'assemblée bailliagère, a tonné contre les abus du haut clergé.

Ami, jusqu'à la mort, de notre sublime constitution, je me croirois coupable de vous laisser commencer l'année, sans faire avec vous une récapitulation de la précé

dente.

Vous avez obtenu plus que vous n'osiez espérer. Soulagés déja dans vos impositions, vous avez maintenant la certitude que chacun payera à raison de ses propriétés. Plus de priviléges, plus de franchises, plus de fausses déclarations tolérées; une juste égalité rendra la contribution moins onéreuse. La misère du pauvre, une famille nombreuse, les pertes réelles du vertueux laboureur; voilà désormais les seuls titres aux faveurs. Vous ne craignez plus que des animaux voraces et destructeurs vous enlèvent impunément le fruit de vos sueurs, désolent vos moissons. Divers impôts, odieux dans leur perception, sont remplacés par d'autres que le malheureux ne connoîtra plus, et qui, pour tous, seront plus faciles à acquitter. Vous avez des officiers municipaux, des admi

nistrateurs qui, vivant avec vous et près de vous, sé feront toujours un devoir d'écouter vos plaintes, et d'y faire droit, lorsqu'elles seront justes. Vous avez des magistrats citoyens, qui ne sacrifieront plus les droits de la veuve et de l'orphelin au crédit ou aux largesses d'un riche propriétaire. Enfin, délivrés de cette horde de praticiens qui savoient si bien attiser parmi vous le feu de la discorde, pour en faire leur profit; vous avez des juges de paix qui, parfaitement désintéressés dans vos querelles, n'en seront que plus justes dans leurs décisions ; ce seront des pères corrigeant leurs enfans...... Direz-vous actuellement que votre bonheur n'est point dans vos mains? qu'assurés de cultiver vos champs en paix, et de les récolter en entier, vous avez encore quelque chose à désirer ?.............. Ingrats qu'étiez-vous il y a deux ans, et qu'êtes-vous aujourd'hui ?

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On vous a pardonné vos premiers écarts. Le cri de la liberté, sort du sanctuaire de la patrie, et propagé dans les campagnes après la nuit miraculeuse du 4 août 1789, a été pour vous le signal de la licence..... Vous vous vengiez d'une longue tyrannie: le moment étoit critique: aussi vos amis l'ont-ils oublié. Ils ont fait plus; ils ont fermé la bouche à des hommes qui, non contens de vous avoir vexés, osoient encore, dans leur délire, vous accuser des crimes qu'ils provoquoient eux-mêmes par leur perfidie.

Mais le sénat a parlé, les preclamations du roi ont été publiées dans les campagnes. Le désordre a-t-il cessé? Non. Au moment même où l'on mettoit les propriétés sous la sauve-garde de la loi, vous les avez violées. Flusieurs d'entre vous n'ont pas rougi de dévaster et de piller les bois; des citadins se sont approvisionnés de vos brigandages, et ont autorisé vos rapines par des achats clandestins. L'assemblée nationale, en suppri mant des impôts odieux, vous sollicitoit à payer fidellement les autres, et vous les avez refusés.

Vainement, chers concitoyens, prétendriez-vous être libres, sans une parfaite soumission à la loi, la vraie liberté ne consiste que dans l'égalité des droits; la liberté des personnes est la sûreté des propriétés. Nous sommes tous éganx, en ce que nous concourons teus à faire la loi. Nos représentans, nos administrateurs, nos

magistrats, ont fait la loi, sont chargés de la faire exécuter, de la maintenir. Tous y sont soumis comme nous; ils ne peuvent y prévariquer sans crime de forfaiture.

Seriez-vous donc maintenant les seuls qui voudriez vous y soustraire? Vos propriétés sont sacrées, et vous ne voudriez pas respecter celles des autres? Vous êtes pauvres; votre pauvreté vous donne-t-elle le droit d'être injustes? Elle vous donne des droits à la bienfaisance des riches; mais elle ne pourra jamais justifier vos vols et vos rapines. Vous avez juré solennellement fidélité à la loi. Vos officiers municipaux en sont à votre égard les premiers agens; vous croyez-vous le droit de leur désobéir, quand ils vous commandent au nom de la loi? Vous croyez vous celui de les injurier, de les menacer, quand ils vous punissent au nom de la loi? Chargés de veiller à la police sur leur territoire, de faire observer la sanctification des dimanches et fêtes, ils doivent condamner les délinquans. Vous croyez-vous autorisés à refuser de payer l'amende?

Divine Religion, ton flambeau sarcré paroissoit éteint dans le coeur de tes enfans; Tu vas triompher maintenant; ton esprit et tes principes sont consignés pour jamais dans les nouvelles lois de la France. Sa régénération te prépare le plus éclatant triomphe que jamais l'évangile ait obtenu dans l'univers..

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Périssent les insensés qui, dans leurs déclamations osent nous prophétiser que la France va cesser d'être chrétienne. En vain, sous le voile de la piété, sous le manteau du pasteur, cherchent-ils à paroître s'inquiéter sur le sort de la religion; ce ne sont que des hypocrites, affligés des coups qui humilient leur orgueil et qui de concertent leur ambition.

Encore quelque temps, et le sacerdoce ne sera plus, comme autrefois, intolérant, turbulent et persécuteur; il aura l'esprit et la sagesse apostoliques. Renfermés dans les limites de notre ministère, nous serons vraiment pasteurs. Vous chérirez dans vos guides spirituels, des frères, des égaux, des amis. Par une assiduité plus constante à l'office divin, nous nous édifierons les uns les autres. En honorant les saints, vous adorerez votre Dieu par une conduite régulière. Vous fréquenterez vos

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