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Discours prononcé par M. le curé de Chretienville,

département de l'Eure. " Messieurs, des ignorans ou des fanatiques ne craignent pas de répandre dans le public que le serment que nous allons faire est un serment schismatique et hérétique , que nous devions nous exposer à la misère et au martyre, plutôt que de le prêter. Chacun de vous, Messieurs, va juger combien ces propos sont téméraires et mal fondés.

» Qu'est-ce qu'on exige de nous et de tous autres ecclésiastiques ? Rien qu'on n'ait exigé des ambassadeurs, de tous les magistrats, de tous les militaires, de toutes les gardes nationales, de tous les citoyens actifs, des ministres et du roi lui-même.

On exige que nous promettions trois choses sur la foi du serment. On exige d'abord que nous promettions de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui nous est confiée.

» Je vous le demande , Messieurs, cette première promesse n'est-elle pas de droit naturel ? A-t-on jamais confié un poste ou un ministère sous la condition de ne pas en remplir les devoirs ? Il n'y auroit pas de bon sens à l'imaginer.

- On exige, en second lieu , que nous promettions d'être fidèles à la nation, à la loi et au roi.

- Je vous le demande encore , Messieurs, que peuton appercevoir de si répugnant dans cette seconde promesse ? Peut-on méconnoître la souveraineté de la nation, de la loi et du roi, en matière d'administration et de police extérieure ? La soumission que nous leur devons n'est-elle pas de précepte divin et de précepte humain ? En opposant la désobéissance ou la rebellion, ne se rend-on pas coupable envers Dieu et envers les hommes ? On ne peut donc pas se refuser à cette seconde promesse.

., On exige , en troisième lieu , que nous promettions de maintenir de tout notre pouvoir la constitution décrétée par l'assemblée nationale et acceptée par le roi.

» Mais il n'y a pas de milieu ; il faut que j'adopte

cette

cette constitution, ou que j'en adopte une autre. Sans cela je suis un être isolé et véritablement schismatique.

Mais si je ne tiens à aucune constitution, je me condamne à l'état de sauvage , et je romps les nauds de toutes les sociétés.

» Mais si je tiens à une constitution étrangère , je cesse d'être Français et j'affiche l'indépendance à l'égard de ma nation et à l'égard de mon souverain: je m'excommunie moi-même au préjudice de mes intérêts et au mépris de la loi de Dieu.

- Voilà , Messieurs, les trois articles qui sont l'objet de nos promesses et de notre serment. Je vous le demande encore, s'il pouvoit y avoir quelqu'ombre de schisme, quelqu'ombre d'hérésie sur des matières d'administration civile, de quel côté verroit-on partir ou le schisme ou l'hérésie ?

» Les promesses qu'on exige de nous sont donc conformes aux principes les plus naturels et aux idées les plus incontestables de notre sainte religion.

1. C'est d'après ces réflexions abrégées que je fais avec sincérité la déclaration suivante :

» Il ne m'en coûtera pas d'effort pour prêter le ser-' ment décrété par l'assemblée nationale. Je n'ai besoin que

de suivre les lumières de ma conscience et les mouvemens de mon coeur. A mes yeux , aux yeux de l'université de Paris, aux yeux de presque tout le clergé du royaume, la nouvelle constitution française n'a rien qui blesse la religion catholique, apostolique et romaine, rien qui doivé faire regretter l'ancien régime, rien qui ne tende à l'utilité générale. Depuis environ deux ans, dans un cahier rendu public par la voie de l'impression, j'ai manifesté mes veux pour une réforme entière. Je vois avec la plus grande satisfaction que tous les états sont rappelés à leur institution primitive, que les abus s'extirpent jusqu'à la racine , et qu'il s'établit un nouvel ordre conforme aux

!"

idées naturelles de la justice et aux maximes de l'évangile. Mes desirs seront remplis lorsque l'ouvrage de notre régénération sera achevé et que les décrets sanctionnés par le roi auront leur pleine et entière exécution.

» En conséquence, je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui m'est confiée. Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi. Je jure de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l'assemblée nationale et acceptée par le roi.

1. Messieurs, soyez assurés que mon nom ne grossira pas la liste des parjures ».

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Messieurs les Souscripteurs qui auront des réclamations à faire, sont priés d'indiquer avec précision le numéro qui se trouve sur leur adresse.

No. 90.
20. A N N É E

DE LA
FEUILLE VILLAGEOIS'E.

Jeudi 10 Février 1791.

Suite de la géographie universelle. Nous terminerons les différens articles, où nous avons parlé de l'Angleterre, en traçant le tableau de ses richesses.

Les unes sont le produit de ses terres; les autres , celui de ses arreliers ; les autres, celui de ses colonies; les autres, celui de sa pêche ; enfin les plus considérables viennent de son cornmerce.

Les provinces qui occupent le milieu de la Grande-Bretagne , s'appliquent particulièrement à la culture des terres. Ce royaume contient près de cinquante millions d'arpents, tant en pâturages qu'en champs labourables. Les Hollaudois y achètent continuellement de grandes provisions de bled. Tant qu'il est à un prix modéré, l'exportation en est libre; mais aussitôt que sa valeur passe la mesure fixée ou commune, l'exportation en est défendue. Cette règle, fidèlement suivie , a sauvé l'Angleterre du monopole et de la famine, et a fait que l'agriculture n'a souffert, ni de la cherté extrême qui tue la main-d'auvre, ni de l'excessive dépréciation qui écrase la propriéré.

Autrefois l'Angleterre étoit la victime d'une erreur rustique ou pastorale. On y encourageoit la multiplication des troupeaux aux dépens de la population humaine. Toutes les terres labourables étoient converties en prairies. Les grains manquoient pour nourrir les hommes ; et c'est alors que

le célèbre THOMAS MORUS disoit avec raison qu'un mouton. étoit plus nuisible aux Anglois qu'un loup, ou un tygre.

La juste proportion entre les pâturages et les champs a été rétablie.; et depuis ce temps, nul pays n'est plus fécond en hommes et en troupeaux.

Les manufactures de laines sont extrêmement florissantes en Angleterre , soit à cause des laines espagnoles, mêlées à celles du pays; soit par l'attention que l'on a de parfaitement dégraisser les flocons de laine ; soit par le régime salutaire, observé pour les troupeaux et pour leur parcage habituel ; soit enfin par les métiers de filature établis en tout lieu. Il y a des provinces où les femmes et les filles de la campagne ne quittent pas le fuseau. Les fabriques de laine angloise employent un million d'un vriers ; c'est-à-dire la huitièine partie des habitans de la Grande-Bretagne.

L: charbon de terre est une denrée bien abondante es bien essentielle en ce pays. C'est le supplément des forêts

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qui lui manquent ; c'est presque l'unique combustible qui sert à ses foyers , à ses fourneaux, et à tous les arts qui demandent l'action du feu. Les mines du Northumberland en fournissent une quantité immense. Londres seule en consomme, chaque année, plus de vingt-quatre millions de boisseaux ; et c'est sur ce fossile si précieux pour l'Angleterre qu'est assignée une partie des subsides que la nation accorde aux besoins de l'Etat.

Le charbon de terre, le fer, le plomb, le cuivre, les salines , la laine, le coton , le chanvre, le lin, le safran, le houblon, le cidre, les porcelaines, la fayence , etc: sont la matière inépuisable du commerce anglois. Nul peuple antique, nul peuple moderne n'a été mieux organisé pour l'industrie, ni mieux situé pour la navigation: on peut regarder l'Angleterre comme l'entrepôt des nations et le lien des deux mondes.

Elle a perdu un monde presque entier, en perdant les colonies Américaines. Mais elle a conservé la Jamaique, et quelques autres îles qui l'enrichissent de leurs productions et qui consomment le superflu des siennes. Elle conserve, de plus, et augmente chaque jour son commerce et son empire dans les Indes orientales. On évalue le revenu annuel qu'elle retire, à cent millions ; quel malheur que ce trésor soit en grande partie le fruit des larmes et de l'oppression ! Le peuple Anglois est, en quelque sorte, le mauvais riche de l'Inde.

La pêche maritime est une source plus pure de la richesse angloise. Les côtés de Terre-Neuve et de la nouvelle Angleterre, et plusieurs baies poissonneuses, fournissent au commerce britannique les huiles de baleine, le thon, le saumon, la morue, les harengs, les sardines, etc. Soixante mille barils de harengs et deux cent mille quintaux de morue, sont vendus chaque année aux étrangers. La France, l'Espagne et l'Italie tirent leurs provisions de carême, moitié de l'Angleterre, moitié de la Hollande, ei payent à ces deux nations non catholiques le tribut de leur pénitence

. Ce qui a fait fleurir le commerce anglois, c'est qu'il a toujours été libre, honoré, et cultivé par toutes les conditions. Seymour, dans ses recherches sur l'origine des grandes maisons angloises, a trouvé qu'elles descendoient presque toutes de négocians,

Le fameux ACTE DE NAVIGATION n'a pas peu contribué aussi à la prospérité de la Grande-Bretagne. Cromwel promulgua çetre loi. Elle a fait respecter le pavillon anglois sur toutes les mers. Elle a exalté de niême l'orgueil Darional. Pitt disoit que bientôt aucune nation n'oseroje tirer un coup de canon sur l'Océan sans la permission de l'Angleterre. Carthage dans son insolence avoit défendu aux Romains de laver seulement leurs mains dans la mer de Sicile. Vingt ans après, la flotre carthaginoise fut noyée dans cerię mer par la vengeance domaine.

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