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M. Thommeret, curé de Noisy-le-sec, étoit monté à la tribune de l'assemblée électorale, dont il est membre, pour prononcer et motiver son serment civique. Citoyen verrueux, orateur exemplaire, il a renouvelle dans sa paroisse , et sa promesse religieuse et son éloquente exposition. Voici son discours que nous avons transcrit, pour l'instruction des fidèles et pour l'exenple des pasteurs :

Si la pieuse cérémonie qui nous rassemble en cette église , porte avec elle un caractère majestueux, elle presente aussi un consolant spectacle.

Citoyens qui m'écoutez, gravez dans votre souvenir, non pas mes foibles paroles, mais l'exen:ple solemnel que je viens donner au monde, et la soumission filiale que je viens jurer à la patrie.

Cette mère commune, mes frères, a parlé ; et je m'empresse d'obéir. Je le dois comme citoyen : carla cité, dit Saint-Augustin , est une puissance tutélaire qui a veillé sur nous dès le berceau, et à qui nous sommes liés jurqu'au iombeau. Je le dois comme pasteur : car obligé de vous prêcher l'obéissance aux lois, je le suis de donner l'exemple de cette obéissance; et un prêtre qui se révolteroit contre le magisrrat, justin fieroit le magistrat de sévir contre le prêtre. Je le dois enfin comme simple fidèle : car la foi n'est autre chose que la soumission aux dogmes religieux ; et le prenier de ces dogmes, c'est que le créateur nous a faits observer l'ordre établi dans la nature et l'ordre convenu par la société : c'est dans ce sens qu'on a dit; toute puissance émane de Dieu ; omnis potest.15 à Deo.

Mes frères, vous n'exigerez pas de moi, sans doute , que j'entre ici dans une longue discussion de quelques points de controverse , déja éc'a rcis par une foule d'ouvrages lumineux, et décidés par une foule d'autorités respectables. Cependant je suis fait pour ajouter l'instruction à l'exemple. Ce n'est qu'en répandant

S

pour

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au milieu de vous les lumières de l'évidence, que je pourrai convaincre ceux qui persistent opiniâtrement dans une fausse opinion, et affermir ceux qui, comme moi ont embrassé l'opinion véritable.

S'il est une vérité catholique, c'est-à-dire universellenient reconnue par l'église et consignée dans les livres saints, s'il est une maxime adoptée de toutes les écoles et répétées dans toutes les chaires chrétiennes, c'est que

les ministres des autels ne peuvent, sans une rebellion coupable, se soustraire aux puissances législatives de la terre subditi estote principus etiam discolis : Obéissez aux princes mêmes qui n'auroient ni vos opinions ni vos verius.

Samuel commandoit aux Hébreux; le peuple mécontent lui demande un roi ; Samuel couronne ce roi et lui obéit le premier. Jérémie voit ses concitoyens captifs à Babylone : il les exhorte, en pleurant sur leur sort, à se soumettre à leur conquérant, jusqu'à leur délivrance. L'empereur Maurice promulgue dans l'Orient une loi qui ferme l'entrée du cloître aux guerriers inconstans ou enthousiastes. Que fait le pape Saint-Grégoire ? Il commence par promulguer cette loi dans l'empire d'Occident, et ensuite il remontre à l'empereur combien cette loi prohibitive contrarioit la liberté de l'homme et la vocation de la grace : obtempero ut d'eses: nunc rescrilo ut licet.

Et que deviendroient les empires , si la religion , au lieu de consacrer l'obéissance civile, en rcmpoit à son gré les liens ? Chaque pontife seroit plus qu'un roi: il seroit plus qu'nn jeuple :il seroit un demi-dieu ; la théocratie, ou le règne du fanatisme, deviendroient le seul gouvernement; des oracles arbitraires nous tiendroient lieu de loix : tout seroit bouleversé au nom du ciel. La puissance temporelle ayant un cercle visible et mesuré, et l'église ayant un cercle invisible et income mensurable, celle-ci envahiroit, absorberoit l'Etat. Au moindre effort des souverains, les pontifes crieroient: le remple est profanć : on touche à l'encensoir ; que les consciences élèvent la voix: peuples souvenez-vous gue

Dieu vous parle par notre organe, et qu'il vavo mieux obéir au Tout-Puissant qu'à de chétifs mortels

C'est avec ce langage imposteur que d'ambitieux pontifes ont ébranlé tant de couronnes et brisé tant de sceptres. Je ne scandaliserai pes le sanctuaire , en répétant ici les blasphèmes que les papes ont fait prononcer contre l'église de Jesus-Christ; je me contente d'op. poser les saintes maximes de son évangile aux prévarications de ses ministres. - Mon

royaume n'est

pas

de »ce monde : rendez à César ce qui appartient à César. » Il n'y aura parmi vous ni premier ni dernier. Celui

qui refusera d'écouter l'assemblée des fidèles, sera mis sau rang des idolâtres et des publicains ».

Voilà, mes frères, des textes précis ; voilà d'éternels décrets. Ceux de la constitution civile du clergé en sont l'image ressein blante et la copie exacte Comment 'oserai-je donc' les combattre? comment balar: erai-je à m'y soumettre ? Quel est le seul cas où la conscience doive , non-seuleinent se déclarer , mais se révolter même contre le gouvernement ? Quel est le moment juste de l'insurrection religieuse ? l'oracle de l'église , Saint-Augustin , l'a marqué, l'a prescrit dans ces paroles memorables : L'église , a-t-il dit au chapitre dixsept, livre dix-neuf de la cité de Dieu , l'église doit se conformer aux maurs, aux lois , aux élablissemens politiques des Etats , sans les attaquer , sans les contester niême exceptė lorsqu'un gouvernement s'oppose au culte du vrai Dieu. Nor curans quidquid in moribus, in legibus , institutiske diversum est , nihil eorum rescir ders nec destruens imno etiam servans ac sequens si religionem quá unas , sunnus et verka Deus colendus docetur; non impedit.

Adorateurs de l'Etre-Suprême , reconnoissez dans ce passage vraiment divin, la morale de Jesus-Christ, le dogme du bon sens , la théologie de la conscience. éclairée. Oui, mes frères, les diversités de législation, de savoir. de mcurs et de coutumé, quoiqu'intéressantes pour l'esprit humain, sont tolérées par la foi chrétienne , si elles admettent, si elles conservent le culte du véritable Dieu, et tant que cet immortel fiambeau luit sur un empire, on peut laisser librement 'errer de passagers nuages : nihil curans , si religionem qua unus Deus colcndus docetur, non impedit.

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Fénelon , le plus vertueux évêque de son siècle, a pensé comme Saint-Augustin. La fidélité civile, dit-il dans ses maximez des saints , s'accorde avec la foi religieuse. La seule différence entre elles, c'est que la première lie les mains , et que la seconde lie les sentimens : en

mot, l'une obéit et l'autre crcit.

L'ennemi de Fénelon et le rival de son éloquence, Bossuet a proclamé d'une voix éclatante cette même doctrine. Il n'existe , dit-il dans sa défense de la cé. lèbre déclaration du clergé de France, il n'existe qu'un seul cas où il soit permis de resister aux magistrats : c'est s'ils se disoient les égaux ou les supérieurs de Dieu , si Deo superiores esse velint.

Quel est l'homme insensé ou hypocrite , qui oseroit dire que la constitution civile du clergé, est opposée au culte du vrai Dieu, à la morale , aux dogmes de l'évangile ? personne ne le dit, mes frères , les ennemis de cette constitution en conviennent euxmêmes ; mais ils soutiennent que l'assemblée nationale n'avoit pas le droit de la faire. Mais c'est sans fondement sans motif raisonnable ; car il est de fait que dans toutes les assemblées d'états généraux, dont Ja puissance étoit moins étendue que celle du sénat François d'aujourd'hui ,

délibéré et statué sur la discipline extérieure de la religion : il est de principe que la puissance temporelle qui, pour la France , réside dans l'assemblée nationale et dans le roi, est plus absolue, pour ce qui concerne le culte extérieur de la religion, que celle de l'église. La puissance temporelle peut rejeter un

de discipline extérieure qui lui est proposé par concile général : un canon de discipline n'a force de lci ecclésiastique dans un gouvernement que par l'acceptation du prince qui en tient les rênes. Dans le cas de contradiction de la part des ministres de la religion, c'est-à-dire, si la puissance temporelle veut faire des changemens, des modifications dans la police , si je puis parler ainsi , du culte religieux, et que ces minisires invités par elle, à y coopérer, s'obstinent à ne pas vouloir admettre ces changemens et ces modifica

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canon

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tions, cette puissance temporelle doit l'emporter. Si son succès pouvoit être prejudiciable aux dogmes et à la morale de l'évangile , les ministres de la religion auroient le droit de faire des représentations, mais leur premier devoir est d'obéir. Obtempero ut debeo, nunc tibi rescribo ut licet.

L'ordre public, je l'avoue, en dirigeant mes actions ne peut enchaîner ma conscience. Nulle puissance humaine ne peut en m'ordonnant d'obéir, m'ordonner de croire. Les clefs de Saint-Pierre elles-mêmes n'ouvrent point les cœurs. C'est à la grace seule qu'il appartient d'y descendre et d'y agir en souveraine. Encore Dieu veut que le libre arbitre puisse lui résister, ou qu'il ne cède que par un mouvement spontané et une persuasion intime.

Puissance divine , puissance humaine, qu'ordonnent vos lois ? d'obéir et non de croire : et qu'ordonne le décret national ? un serment conforme à la liberté civile et religieuse ; le voici : Je jure d'obéir, je ne jure pas de croire : le doute m'est permis, l'examen m'est recommandé, mais l'obéissance m'est prescrite..

Dans quelque place que nous porte le choix du peuple ou celui du prince, nous devons jurer d'en observer les devoirs et d'en remplir les fonctions. Ce serment est-il un certificat public de la bonté, de la perfection des lois ? Non, il est simplement la promesse d'y être fidèle. Cette fidélité est l'engagement de tout fonctionnaire public. Le capitaine jure d'être fidèle à l'ordonnance militaire, quand même elle ne seroit pas

la meilleure à son jugement. Le magistrat jure d'être fidèle au code judiciaire, quand même ce code scibleroitimparfait à ses yeux ; et le ministre des autcls refuseroit un semblable serment! il re)eiteroit la discipline extérieure qu'établit la volonté nationale, qu'exige l'économie publique , que nécessite l'édification chrétienne ? Le ministre des autels seroit donc indépendant des nations? Les prêtres seroient donc étrangers à l'Etat qui les salarie, et supérieurs à la patrie qui les protège? Nous suivrions donc dans un siècle de lumières, la marche que suivoient, dans les temps d'ignorance et de supers

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