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douce. Lorsqu'on l'eut joint, un des habitans prit la parole et lui exposa le fait, répétant souvent que M. le maire devoit arrêter les grains, pour l'intérêt de la commune. Le marchand répliqua et soutint qu'on ne pouvoit lui refuser le passage ; il étoit appuyé par le fermier qui lui avoit vendu son grain. Le bon magistrat rêva un instant. 66 Mes amis , dit-il , ce que vous désirez » paroit convenable ; mais ce que demande Monsieur, - paroît juste. Il faut donc bien nous consulter. Voulez» vous que nous fassions deux choses ? D'abord je choi» sirai quelques-uns d'entre vous, pour délibérer avec » moi; car j'ai remarqué que moins de gens parlent,

plus de choses sont dites. Ensuite ceux que j'aurai , choisis , s'asseoieront ici avec moi, ainsi que le mara · chand et le fermier'; car j'ai toujours vu que ceux qui » disputent debout, écoutent mal et s'emportent facile» ment ». Tout le monde applaudit. On apporta des siéges ; le maire appela ceux qui devoient conférer avec lui; j'observai qu'illes choisissoit tous parmi les plus animés ; il eut encore le soin de prendre des hommes qui étoient d'une profession différente, comme je l'appris bientôt de mes voisins. Tout le monde se rangea, en silence , autour d'eux ; et voici la conversation que j'entendis alors.

Le maire. Parlez, Messieurs. --- Un boulanger. --- Si tout le grain sort du pays, le marché ne sera point garni ; il faudra que j'aille chercher mes farines plus loin ; elles s'échaufferont: mon pain ne vaudra rien et il sera plus cher. Un meunier. Si le fermier vend son grain à des étrangers , je ne pourrai pas le moudre, et je ne gagnerai rien. --- Un aubergiste. --- Si le pain manque, et s'il n'est pas bon, les voyageurs ne descendront plus chez moi. --- Un maçon, un char pentier, un tailleur, un maréchal. ---Si le pain est trop cher, il faudra auginenter les journées des ouvriers, ou bien ils s'en iront. Deux ouvriers, '*• Nous de mangeons que du pain, nous voulons être sûrs d'en avoir , et à bon marché. - Plusieurs journaliers. ---Sans doute il nous faut du pain à deux sols la livre -- Le maire. --- Messieurs, vos raisons me frapperit et m'embarrassent... Il faudroit donc ordonner au fermier

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de garder son grain, et au marchand de se retirer ! Cela est dur...... Au surplus, nous ne risquons rien de les entendre . et je suis curieux, moi, de savoir ce qu'on peut répondre à des choses si fortes. -- Tous les assistans, et moi aussi, et moi aussi. Ecoutons-les.---Le fermier. -- Je n'ai rien à dire, sinon que vous me ruinez entièrement. J'ai vendu mon grain pour deux mille écus. Or, voici ce que je comptois faire de cette somme. J'en donne moitié pour mes fermages , dont je dois un terme. Une partie est pour ma cotte d'impositions, une autre pour mes dettes. Vous, monsieur le maçonet monsieur le charpentier, demain je vous paie les réparations de mon écurie et de ma grange ; et à vous, monsieur le tailleur , l'habillement de ma famille. Enfin je destinois le reste à faire un défrichement où je comptois mettre une douzaine de journaliers du pays. Vous rompez mon marché ; vous me ruinez ; à la bonneheure , je garderai mon grain. Mais vous, messieurs vous payera, qui pourra; et vous, mes enfans , vous fera travailler qui voudra. --- ( Il se fit un silence ; ceux à qui il avoit parlé, se regardèrent tout interdits.) ---Un des assistans. --- C'est égal ; nous aurons le pain à deux sols. --- Plusieurs voix. --- Oui , oui , c'est égal. -- Le fermiers

Hélas,
mes amis

, pas

si égal que vous croyez ! Si vous ne me laissez pas vendre ce que vous ne consommez pas , il faudra, ou que je le perde , ou que je le donne à vil prix. Alors je n'ai plus de bénéfice; et cependant comment élèverai-je ma famille ? Comment supporterai-je les grêles et les mauvaises années ? Direz-vous encore que cela vous est égal? Il s'en faut bien , mes amis; car, si je ne vends pas mon grain à bon marché, je serai forcé d'en vendre une plus grande quantité : et peut-être ne pourrai-je pas même en garder pour mes semailles, ou du moins je n'aurai pas de quoi payer les dépenses de culture de mes terres. Je ne récolterai donc rien l'année prochaiue. Et vous, pour m'avoir empêché de vendre, vous trouverez plus rien à acheter! Pour avoir voulu le pain à trop bon marché, vous n'en aurez plus du tout. (Ce discours sembloit inquiéter, et faisoit même murmurer l'assemblée ; mais

ne

vous y

fioz .

une voix s'élève ) Eh bien les marchands nous en apporterons.

Le marchand. --- Ma foi, messieurs, ne pas.

Tous ceux qui apprendront qu'il n'y a pas

de sûreté, ni liberté pour le commerce , se garde-, ront bien d'y faire passer leurs marchandises. Pour moi, je vous dis adieu pour long-temps, et mes voituriers auront grand soin de prendre une autre route. --- L'auber. giste. -Un moment ce n'est pas là mon compte. J'y perdrai beaucoup ; car c'est moi qui les logeois. ---Le maréchal. --- Et moi aussi; car c'est moi qui ferrois les chevaux, (Ici les assistans s'agitèrent , et parlèrent confusément entre eux pendant quelques minutes.)---Le maire. -- Tout le monde a parlé; mon tour est venu. Mes chers concitoyens, on a bien raison de dire que ce qui n'est pas juste n'est jamais utile. En empêchant ce grain de sortir ; nous ruinons le fermier; nous faisons tort au marchand. Et que nous en revient-il? nous préparons la disette pour l'année prochaine ; nous perdons le profit de l'argent qu'auroit employé le fermier , et de celui que dépenseroit le marchand. Mes amis , --qu'allions-nous faire ? Car le mal seroit plus grand encore que vous ne croyez. Je suis épouvanté d'une idée qui m'est venue. Ce grain que nous allions arrêter, il étoit destiné pour un endroit qui n'en a point. Comment donc feroit les pères de famille de cet endroit si dans toutes les routes qui conduisent chez eux, on Tetenoit leur subsistance,.. Le meunier. --- Vraiment oui; M. le Maire dit bien ; c'est tout comme si j'arrêtois l'eau à mon moulin; tous les moulins qui sont au-dessous en chommeroient. --- Le maire. --- Eh! sans doute ; vous faites la même faute quand vous suspendez un moment le libre cours du commerce et des denrées. Mais ce n'est pas tout. Supposez que ce grain soit pour la ville voisine , et que nous lui coupions ainsi les vivres, comme on fait en pleine guerre. Qu'en arriveroit-il ? Elle nous affameroit aussi à la première occasion , ou plutôt, sa jeunesse , qui est brave et bien armée, viendroit ici nous enlever de force nos propres grains et le pain de nos enfans. Nous sommes braves aussi ! Nous nous défendrions ; le sang couleroit ! le sang des frères ! ..... Ainsi nous aurions commencé par être

des hommes stupides et nous fnirons par devenir des hommes féroces. Et si notre exemple étoit : suivi par d'autres citoyens, et dans d'autre pays!.... Comment la France vivroit-elle ! En vérité , cela me fait peur de voir qu'une injustice particulière devienne ainsi un dommage public, et que la France entière pourroit se ressentir du mal que vous auriez fait à cette honnête fermier. Mais j'ai tort, mes amis, vous ne l'auriez pas voulu. --- Tous.-- Non, M. le maire , non , jamais.... --- Le maire. --- J'en étoit sûr, quand je vous ai livré à vous-mêmes; je savois que votre bon sens suffisoit pour vous retenir. Mais si vous aviez persisté, alors , mes amis; je vous arrêtois par deux mots : la loi et votre serment. Vous avez juré de protéger la libre circulation des grains : ce serment n'est-il pas sacré ?.... Tous. -- Oui, oui... Le maire. --- L'assemblée nationale veut que ce commerce soit libre. Voici les décrets. Les auriez-vous violés ?... Tous. Non, non... Le maire : Non, certes ; vous m'auriez plutôt tué moi-même. J'aurois péri avant de vous avoir cru injustes, rebelles et parjures. Mes amis, souvenez-vous de cette journée. Vous le voyez, la raison et notre intérêt n'exigeoient ici

que ce que la loi même nous ordonnoit! il est donc, vrai que la loi n'est que la raison écrite , et que l'assemblée nationale a tout fait pour notre intérêt. N'hésitons donc jamais à exécuter ses décrets, lors même que nous n'en pénétrons point les salutaires intentions.

L'homme de bien s'étoit levé en prononçant ces derniers mots : son regard , son geste , l'accent de sa voix , respiroit la vertu. Le fermier baisoit ses mains. Tous les habitans le bénissoient, le nommoient leur père , et s'embrassoient fraternellement, en s'écriant : Vive M. le maire : vive l'assemblée nationale. Et moi, je criois avec eux, et je me retirai tout ému , n disant : HEUREUX LE PEUPLE QUI ÉCOUTE ET QUI RAISONNE! IL N'A PAS BESOIN QU'ON LE FORCE D'ÊTRE JUSTE.

On s'abonne à Paris , chez D E SENNE, Libraire aus Palais-Royal, moyennant 7 liv. 4 sous par an.

On ne s'abonne pas pour moins d'une année.

Suède,

Suite des noms des premiers princes de l'Europe.

i Hongrie , Bohême et Autriche,

LÉOPOLD. Naples et Sicile,

FERDINAND IV. Sardaigne , Savoie et Piémont, VICTOR - Amédée.

GUSTAVE III. Danemarck,

CHRISTIAN VII. Portugal,

M. F. Élisabeth. Hollande,

Guill. STATOUDER,

ou commandant. Venise,

Paul RENIER , doge RÉPUBLIQUES.

ou chef du Sénat. Marc. Ant. GENTILI,

doge.

Gênes,

temps de

Les treize Cantons de la Suisse.

Nombre des Soldats
Noms.
Religion.

que chaque Canton est
obligé de fournit en

guerre. 1. Zurich. Réformée.

1400 2. Berne. Idem.

2000 3. Lucerne. Catholique.

1200 4. Uri. Idem.

400 5. Schwitz. Idem.

600 6. Underwalden. Idem.

400 7. Zug Idem.

400 8. Glaris. Mixte.

400 9. Bâle. Réformée.

400 10. Fribourg. Catholique.

800 Il. Soleure. Idem.

600 12. Schaffouse. Réformée.

400 13. Appenzell. Mixte.

600 Total

9600 Le nombre d'hommes , spécifié ci - dessus , fut

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