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vée les aura fait disparoître de la circulation. Ainsi i nous ne mourrons pas de langueur , après avoir acquis un extrême embonpoints.

Mais enfin n'est-il pas à craindre que l'on ne .contrefasse cette monnoie de papier ?

L'on a pris toutes les précautions pour rendre cette contre-façon presque impossible , pour la rendre extrêmement coûteuse , et pour la découvrir promptement et sans peine. L'habitant des villes aura mille et mille personnes intéressées à reconnoître et a prévenir la fraude. Elle sera moins à craindre encore pour l'habitant des campagnes. Les contrefacteurs , s'il én existoit jamais, chercheroient à glisser leurs faux billets dans les grandes villes et les marchés en gros ; car c'est là seulement que la multitude des affaires et le mouvement de la place peuvent distraire l'attention de détourner la vigilance. D'ailleurs, en ne recevant pas les billets d'une main inconnue sans examiner, il ne sera pas facile d'être trompé , parce que les billets faux seront reconnaissables au premier coup d'oeil. Enfin la contre-façon ne s'attachera jamais à imiter les petits assignats qui pourront circuler dans la campagne : les frais passeroient le gain

et le danger ne seroit pas couvert par le profit.

Les autres nations ont-elles de ces papiers ?
Beaucoup et moins bons.
L'Angleterre en a-t-elle depuis long-temps ?

Elle en regorge depuis un siècle depuis qu'elle est libre.

La Hollande , si attentive à ses intérêts, a-t-elle quelque confiance dans son papier ?

Une confiance aveugle.

Pouvons-nous être aussi confans au milieu de nos troubles ?

La liberté a fait de plus grands miracles : elle a volé au canon , reculeroit-elle devant des fantômes ?

Que penser donc de certains marchands qui ont deux prix et deux mesures , l'une pour l'argent l'autre pour l'assignat, vendant plus cher à celui qui

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se

paie en assignats', et moins cher à celui qui paie en argent?

Les marchands qui contreviennent ainsi à la loi sont des usuriers ou des rebelles. Les acheteurs qui

soumettent à cette condition injuste , sont des imbécilles ou des lâches.

Fais lire ce petit résumé que je t'envoie, au maire de notre village qui est instruit de tout : il t'expliquera les choses que je n'ai pas le temps de t'éclaircir. Je te récrirai là-dessus plus d'une fois : je veux que notre village devienne savant et riche en assignats.

Situation actuelle de la France, à l'égard des autres

Etats de l'Europe.
Il faut expliquer encore quelques mots d'usage.

Une nation ou un état, a des affaires, au - delà de ses limites, avec les états voisins. La conduite de ces affaires s'appelle politique extérieure. Lorsqu'il s'agit de ce genre d'affaires, on nomme les nations , puissances. Les conventions ou contrats des puissances entre elles , s'appellent traités.

LA FRANCE qui est en paix depuis dix ans, est aujourd'hui menacée de la guerre. Elle doit la craindre, non-seulement comme une source de maux , mais aussi parce que nos divisions , nos troubles , notre révolution enfin nous gêne et nous affoiblit pour un moment.

La France doit sur-tout craindre de se voir forcée à une guerre ; et voici comment. La nation espagnole a beaucoup d'intérêts qui nous sont communs avec elle , soit cause de notre commerce , soit parce que les deux nations ont les mêmes ennemis à redouter. De plus, il y a environ trente ans , que le roi d'Espagne et celui des François ont signé un traité par lequel les deux Etats s'engagent à se soutenir mutuellement dans leurs querelles ; et parce que le roi d'Espagne étoit parent du roi des Français , on a nommé ce traité pacte de famille. Aujourd'hui

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comme

l'Espagne est en querelle avec l'Angleterre, au sujet d'un combat livré entre deux' vaisseaux de ces nations sur des mers fort éloignées, où les Espagnols prétendent avoir seuls le droit de passer. De part et d'autre, on a disposé de grandes flottes. L'assemblée nationale et le roi ont sagement ordonné des armemens semblables , non-seulement pour que la nation françoise puisse soutenir les Espagnols, suivant le traité ; mais pour nous mettre nous-mêmes en défense contre les Anglois, qu'on soupçonne de vouloir nous attaquer.

La querelle de l’Angleterre et de l'Espagne n'est pas la seule cause qui fasse craindre la guerre aux François. La plupart des nations de l'Europe sont gouvernées,

nous l'étions avant la révolution, par des princes absolus , et par des aristocrates leurs ministres ; ceux-ci disposent à leur fantaisie des hommes et de leurs biens, des armées et des trésors de l'Etat et par conséquent mènent les peuples à la guerre quand il leur plaît. On prétend que des François , mauvais citoyens, pour empêcher que notre constitution s'établisse, excitent ces princes et ces ministres à nous attaquer, en leur persuadant que l'exemple d'un peuple qui s'est rendu libre , notre exemple sera suivi par les autres peuples qui leur arracheront, comme nous l'avons fait, une autorité dont ils tirent de si grands profits. L'Allemagne est le pays où l'on a le plus animé les puissances contre nous. Mais d'autres guerres, d'autres troubles embarrassent ces puissances. L'Autriche et la Russie , depuis trois ans en guerre avec la Turquie et la Suède , sont épuisées d'hommes et d'argent : et quoique la paix soit presque faite de ce côté, la guerre les menace d'autre part. Le roi de Prusse, qui a une grande armée, des irésors, des peuples dont il dispose en maître , 'seroit plus à redouler pour nous. Mais ces états sont situés loin de la France, et il paroît occupé d'autres projets.

Il y a trois peuples dont la position actuelle doit intéresser les François. C'est le peuple des Pays-Bas , et sur-tout du Brabant, le peuple de Liége et le peuple d'une partie de la Suisse , nommée le Valais.

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Il y a environ deux ans que les Brabançons, mécon

geuvernement de l'Autriche, en ont chassé les ministres et les troupes. Mais , parce que ce peuple est ignorant, livré à la superstition, et par-là , indigne de la liberté, il s'est laissé conduire par des ambitieux, qui, après avoir pris toute l'autorité, ont persécuté ses meilleurs citoyens, ont mal dirigé ses armées, enfin ont fait échouer sa révolution. Les troupes autrichiennes. viennent de battre deux fois de suite l'armée brabançonne; cette nation va se soumettre au roi de Hongrie , et retomber sous la servitude dont elle s'étoit affranchie.

Les Liégeois ont donné un exemple contraire. Ils ont chassé un évêque, leur prince, qui avoit détruit leur constitution et leur liberté. Aidés de l'appui du roi de Prusse , ils ont soutenu, depuis près de deux ans, une guerre cruelle avec des princes voisins, excités contr'eux par leur évêque. Ils ont choisi un autre prince, sous le nom de régent, et sont sur le point d'obtenir la paix avec la liberté, dignes récompenses de leur courage.

Enfin, les Valaisans, bercés par le gouvernement du sénat aristocratique de Berne, ont chassé leurs gouverneurs. On veut les soumettre par la force ; mais ces hommes qui vivent dans les montagnes , sont robustes, courageux et ardens pour la liberté.

En Allemagne , dans la Hongrie et dans la Saxe, des paysans se sont armés pour obtenir quelque soulagement aux vexations des nobles, leurs seigneurs.

Ces mouvemens des peuples nous intéressent : car, nous devons desirer que nos semblables, que tous les hommes deviennent libres comme nous. Et d'ailleurs, lâliberté même de la France sera plus difficile à conserver, tant qu'elle sera environnée de princes despotes et de nations esclaves.

2 Octobre. La procédure faite par le Châtelet de Paris , au sujet des attentats commis à Versailles le 6 octobre.1789, ayant été examinée par l'assemblée nationale, il vient d'être décrété, qu'il n'y a point lieu à inculpa-. tion contre les deux membres de l'assemblée que le Châtelet avoit paru croire coupables. Tous les bons citoyens en ont ainsi jugé. C'étoit la révolution même

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qu'on vouloit rendre criminelle, et dont on faisoit le procès.

Sur la circulation des grains. Il y a quelque temps que la municipalité de Soissons (département de l'Aisne ) interprêtant mal les décrets , s'est cru autorisée à retenir des bleds destinés pour Metz, sous prétexte qu'ils étoient récoltés dans son territoire. L'assemblée nationale l'a rappelée au vrais sens de la loi ; c'est que les grains récoltés dans un canton appartiennent; non pas à ce canton , mais à toute la France.

On nous a adressé sur se sujet une pièce intéressante que nous prions nos lecteurs de lire avec attention. RECIT de la conduite et de l'intention du bon Maire

et des bons habitans du bourg de Crangy. Le bourg de Crangy est situé dans un pays fertile et sur le grand chemin. Il y a peu de jours qu'en entrant à Crangy , je vis plusieurs voitures arrêtées , et une centaine de paysans attroupés autour d'elle. L'un d'eux disoit :

:56 Il faut les arrêter et faire vendre demain tout ce grain au marchés; et tous les autres de répondre ; ---Oui, oui, au marché. -- Doucement, répondit un autre , nous ferions une injustice ; nous n'avons pas ce droit là. il faut simplement faite rentrer ce bled à la ferme , et que le fermier nous le garde pour cet hiver.

Oui, oui, à la ferme...... Et dėja , malgré les cris • du voiturier, on saisissoit les chevaux pour les faire re

tourner. Un homme survint, qui s'adressant à cette foule , d'un air assez calme, leur dit Messieurs, je suis le marchand qui viens d'acheter ce bled , il est à moi. J'ai droit de le transporter où il me plaît. -- Non,

continua-t-il, me contester mon, droit, mais vous ne pouvez en juger. Vous avez une municipalité , un maire ; c'est à eux de décider. raison ;

allons chez M. le maire. Et chacun y suivit paisiblement le marchand, car les habitans de Crangy sont des hommes justes et raisonnables.

Le maire sortoit de sa maison. C'étoit un homme de cinquante ans , ayant le regard ferme et la figure

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non.

Vous pouvez,

. Il a

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