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à la promenade ; je parcourus d'abord toutes les montagnes qui m'environnoient ; j'y rencontrois souvent des troupeaux : les bergers qui les gardoient étoient tous des enfans , ou des jeunes gens, dont les plus âgés' avoient tout-au-plus quinze ans : je remarquai que ces

derniers occupoient les moniagnes les plus élevées ; tandis que les "enfans, n'osant encore gravir les roches escarpées et glilianies , se tenoient dans les pâturages d'un accés moins difficile. A mesure qu'on descend ces montagues , on voit les bergers diminuer de tailles et d'années, et l'on ne trouve sur les collines qui bordent les plaines, que des petits pâtres de huit ou neuf ans. Cette observation me lit imaginer d'abord , que les troupeaux des vallees avoient des gardiens encore plus jeunes , ou du moins de l'âge de ceux des collines : je questionnai un des enfans : Conduisez-vous quelquefois vos chèvres là-bas , lui demandai - je? J'irai quelque jour , me répondit-il en souriant ; mais avant cela il se pallera bien du temps, et il faudra que je fasse bien du chemin ! --- Comment donc ? Il iaurira d'abord, que je monte tout là-haut , et puis après cela, je travail. lerai avec mon père, et puis dans soixante ans , j'irai dans la vallée. ---Quoi ! les bergers des prairies, font donc des vieillards ? --- Mais, vraiment oui , nos frères ainés sont sur les hauteurs , et nos grandspères sont dans les plaines. Comme il achevoit ces mois quittai , et je descendis dans la fertile et délicieuse vallée de Campan; je n'y diftinguai d'abord que les nombreux troupeaux de beufs et de brebis qui én occupoieni presque tout l'espace ; mais, bientôt j'apperçus les vénérables pasteurs', aslis ou couchés sur les lisières de la prairie : j'éprouvai un sentimenr pénible, en voyant ces vieillards isolés , livres à cux-mêmes, dans cette solitude : je venois de contempler le plus riant tableau : ces montagnes peuplées d'habitans si jeunes, fi leftes. fi bruyans ; séjour heureux de l'innocence et de la gaîté , dont les échos ne répétèrent jamais que des chants joyeux, des rires ingenus , et les doux refreins des musettes ! je quittois ce qu'il y a de plus aíınable sur la terre', I l'enfance et la première jcuneile ) et je ne me trouvai qu'avec une sorte de faisille inent au milieu de cette multitude de vieillards.

Ce rapprochement des deux extrémités de la vie , m'offroit nu contraste d'autant plus frappant, que ces bons vieillards , chaiamnient , étendus sur l'herbe , paroissoient plongés dans une rêverie mélancolique et profonde ; leur morne tranquillité reilembloit à l'abattenient, et leur méditation à la trifefse , causée par un cruel abandon : je les voyois seuls , loin de leurs enfans : je les plaignois : et je m'avançois lentement fentiment mêlé de compaflion et de respect : en marchant ainsi je me trouvai vis-à-vis un de ces vicillards qui fixa toute mon attention ; il avoit la figure la plus noble et la plus douce ; des cheveux d'une blancheur éblouissante , tomboient en ondes argentées , sur ses larges épaules ; la candeur et la bonté se peigncient dans ses traits ; et la sérénité de son front et ses rea gards , exprimoit l'inalterable tranquillité de son ame. Il étoit allis au pied d'une montagne coupée à pic , dans cet endroit, et täpiflée de moufles et d'herbages : une masse énorme de rochers

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placée perpendiculairement au dessus de lui, débordoit le haut de la montagne , et formoit à plus de deux cent pieds d'éléva zion , une espèce de dais champêtre qui garantissoit sa tête venérable , dc l'ardeur du foleil. Ces roches étoient couvertes , de guirlandes naturelles, de lierre , de pervenche , et de liseron couleur de rose qui retomboient de tous côtés en gerbes touffues et en festons inégaux , distribués et grouppés avec autant d'élégance que de profusion. A quelques pas du vieillard , on voyoit deux faules inclinés , l'un vers l'autre , mêler ensemble leurs branches flexibles , en ombrageant une fontaine qui descendoit des montagnes ; l'onde écumante à sa fource, franchissoit impétucusement du haut des monts, tout ce qui sembloit s'opposer à fon passage, mais paisible daus son cours, elle serpentoit mollement parmi l'herbe et les flcurs , palloit aux pieds du vieillard , et alloit se perdre avec un doux murmure au fond de la Vallée.

Après avoir obtenu du vieillard , la permission de m'asseoir à côté de lui , je lui contai ce que le petit berger des montagnes ,. venoit de me dire , er j'en demandai l'entière explication : dans tous les temps,

me répondit le vieillard , les hommes de ces contrées,

ont consacré à la vie pastorale , les deux âges , qui semblent sur-tout faits pour elle ; ces deux cxtrémités de la vie l'enfance qui sort des mains de la nature, et la vieillesse prête. å rentrer dans son sein ; les enfans ,

vous l'avez vu conduisent les troupeaux fur les hauteurs ; c'est là qu'ils acquiè. rent cette vigueur, cette égalité , cette hardiesse qui distinguent particulièrement l'habitant des montagnes. Ils s'exercent å gravis les rochers , à franchir les torrens ils s'accoutument à contempler fans effroi , la profondeur des précipices, et souvent à courir sur le bord des abîmes , pour atteindre et ramener chevre fugitive ; mais à quinze ans, ils quittent l'état de berger, pour devenir cultivateurs : à cette époque , le jeune homme , fier de s'associer aux travaux de son père , abandonne sans regrets ses montignes ; il renet avec joie, sa houlette en de plus foibles mains : désormais la pioche et la bêche , exerceront plus dignement ses bras nerveux. Cependant avant de descendre dans la plaine , il jette un triste regard sur son troupeau , unique objet jusqu'alors de toutes ses sollicitudes , et il ne reçoit pas fans attendrissement les dernières caresses de son chien fidèle. Admis dans la classe des laboureurs vous y restons jusqu'au déclin de nos forces , mais quand nous ne pouvons plụs nous livrer aux travaux de l'agriculture , nous reprenons humblement la pannetière et la houlette , et nous

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dans ces prairies passer le reste de nos jours. Le vieillard cessa de parler ; un léger nuage obscurcit un moment la sérénité de son front ; je vis qu'il se rappeloit avec une forte de peine , l'instant où la vieillesse l'avoit forcé de se consacrer fans retour

à la vie paflorale ; il se taisoit et je n'osois plus l'interroger ; mais bientôt rompant le silence : au reste., reprit - il, notre vieillesse est parfaitement heureuse ! elle s'écoule dans une douce tran.

venons

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par la

Quillité. ..

Cependant", interrompis-je , une longue habitude du travail , ne rend-elle pas ennuyeux ce repos éternel... ? Non , répondit-il; parce que ce repos est uule. L'ennui me consumeroit , fi j'étois oisif dans nos cabanes : qui ne se rend pas utile aux autreş , est surtout à charge à soi-même ; mais gardien de ces troupeaux , allis tout le jour tous ces rochers , je sers aussi bien må famille , que dans le temps où je pouvois labourer la terre et conduire une charrue : cette pensée fuffiroit seule , pour me faire aimer ma paisible condition. D'ailleurs, croyez que lorsqu'on a , pendant plus de cinquante ans , exercé sans relâche et ses bras et sa force, il est doux de n'avoir plus d'autre devoir à remplir , que celui de paffer ses journées mollement' couché sur le gazon des prairies.---- Eť dans cette inaction totale, jamais vous n'éprouvez d'ennui. : ...? --- Eh ! comment pourrois-je m'ennuyer au milieu des objets qui m'environnent, et qui me retracent des souvenirs fi chers.. .. Ces montagnes en amphithéâtres qui nous entourent, je les ai toutes parcourues dans ma première jeunesse ; je reconnois d'ici , disp Gtion des grouppes de fapins et des masses de rochers , les licux dù j'allois le plus souvent : ma vue affoiblie ne me permet pas de distinguer tout ce que vos yeux découvrent; mais ma mémoire Tait y suppléer ; elle me représente fidellement ce que mba æil ne peut appercevoir. Cette espèce de rêverie demande une certaine application d'esprit, qui en augmente l'intérêt : mon imagination me transporte sur ces monts élevés, qui se perdent dans les nuages ; d'iue façables fouvenirs 10€ guident à travers ces routes tortueuses , ces sentiers escarpés et glisans qui les coupent et les unissent. Quelquefois, cependant, ma mémoire chancelante m'abandonne tout-à-coup, tantôt sur les bords d'un

tantôt sur le pencharit d'un abyme ; je m'arrête , je frémis..... Et fi dans cet instant, je puis me rappeler le chemin que j'ai perdu , mon cæur palpite encore de joie, comme au pridtemps de mes jours. C'est ainsi que sans sortir de ma place',, m'élançant stir ces montagnes, je les reconnois, je les parcours , et que je retrouve les vives émotions et tous les plaisirs de ma jeunesse. Comme le vieillard achevoit ces mots nous entendîmes, dans le lointain et du sommet de la tagne , derrière nous, les sons d'un flageolet : ah ! dit le vieil. lard, en souriant : voici Tobie, qui vient sur le rocher ; il répète l'air que j'aime jant! c'est la romance que je jouois li souvent à son âge ! en disant ces paroles , le bon vieillard marquoit doucement la mesure avec sa tête , et la gaitó brilloit dans ses yeux. Qu'est-ce que Tobie , lui demandai-je ? --- C'est un berger dans sa quinzième année ; il aime Lina ma petite fille ; ils sont du même âge ; puiíTai-je, avant de mourir, les voir unis ensemble ! Voici l'heure , où nos petites filles viennent chaque matin , nous voir et nous apporter des rafraichilemens : Tobie alors , rapproche toujours ses chèvres du rochier, sous lequel il fait que je repose. Le vieillard parloit encore, lorsque j'apperçus de loin à l'autre bout de la vallée , une nombreuss troupe de jeunes filles qui s'avauçoit lentement, et qui bientôt

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nous,

fe dispersa dans la plaine : au même moment, tous les bergers place's sur les hauteurs accoururent à-la-fois , parurent sur les bords escarpes des montagnes qui nous environnoient : les uns le corps penché en avant sur l'extrémité des précipices, donnoient l'inquiétude de voir s'ecrouler , sous leurs pieds, la terre qui les portoit ; les autres avoient grimpé au faite des arbres , afin de decouvrir de plus loin, la troupe aimable et brillante , attendue tous les jours à la même heure. A ceite epoque de la journee , les troupeaux des montagnes , abandonnes un instant , pouvoient errer en liberte : tout eloit en mouvement sur les monts et dans la plaine ; la curiosité, l'amour naislant, la tendresse paternelle, produisoient une émotion generale parmi les jeunes bergers et les vieux pasteurs. Cependant les villageoises se léparant les unes des autres , alloient dans la prairie chercher leurs grands: pères, pour leur porier , dans de jolis paniers d'ozier , des fruits et des fromages ; elles couroient avec empressement vers

ces bons vieillards , qui leur tendoient les bras. J'admirois la grace et la dé, marche légère de ces jolies paysannes des Pyrénees , qui toutes sont remarquables , par l'élegance et la beauté de leurs tailles ; mais mon cour s'interessoit sur-tout à Lina ; elle étoit encore à cent pas de

lorsque son grand-père , me montra , aŭ milieu d'un grouppe de jeunes filles , en me disant: C'est la plus jolie , et l'amour paternel, ne l'abusoit pas. En effet Lina étoit charmante. Elle vint le jeter dans les bras du vieillard , qui la serra tendrement contre son sein ; ensuite elle le quitta , pour aller lui chercher son panier , que tenoit une de ses compagnes : dans ce mouvement , Lina leva des yeux timides vers le sommet de la montagne, et Tobie sur la pointe du rocher , fecueillit ce regard , impatiemment attendu depuis le lever de l'aurore , et douce récompense de tous les travaux du jour ! dans cet instant Tobie jette un bouquet de roles qui tombe à quelques pas du grouppe , formé par Lina et ses compagnes : Lina rougit , et n'ose ramasser le bouquet : le vieillard jouit de son trouble , et les autres jeunes filles, en riant, avec un peu de malice et beaucoup de gaité , s'écrient toutes à-la-lois : c'est pour Lina , c'est pour Lina. Enfin Lina est condamnée à s'emparer du bouquet: d'une main tremblante, elle l'attache sur son cour, et pour cacher son embarras , elle vient se refugier sous la roche de con grand-père , et s'asseoir auprès de lui : je les laissai goûter le charme d'un entretien plein de tendresse et de douceur; et la tête remplie et du respectable vieillard , et de Lina , et de Tobie, je regagnai ma petite habitation , en me disant : fi le bonheur existe sur la terre ; voilà les moeurs, voilà les sentimens qui doivent l'assurer à jamais. Adieu ma chère Marianne : tu verras dans ma première lettre , la fin de l'histoire de Lina' et de Tobie.

Évènemens. LONDRES. L'humanité du peuple Anglois s'indigne de tout acte cruel, ne fût-il exercé que contre un

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animal innocent. Un palfrenier a été traduit en justice, pour avoir , dans un accès de brutalité féroce, arraché, la langue à un cheval, confié à ses soins. On dit qu'il a été puni de mort. Dans les beaux jours de la république d'Athènes , un jeune Grec fut condamné de même à la mort pour avoir déchiré à plaisir une colombe qui, poursuivie par des vautours, s'étoit refugiée dans son sein.

BAR-SUR-AUEE. L'évêque de Langres , ayant lu dans un ouvrage intitulé , MAISON RUSTIQUE , que pour nourrir la volaille il falloit amasser, dans une fosse , des restes de cadavres d'animaux, avec du, marc de raisin , des végétaux pourris, et d'autres semblables ingrédiens , il a voulu essayer cette méthode. Les habitans de son village , remplis de superstitions et prévenus contre l'évêque, se sont imaginés que c'étoit un sortilège qu'il composoit pour empoisonner les eaux de leur rivière. Ils alloient brûler l'évêque comme, un sorcier, quand la municipalité arriva pour vérifier. l'accusation : l'accusé fit apporter et lire l'article de la Maison Rustique ; voilà , s'écria-t-il, mon livre de magie. Les alarmes cessèrent , et le peuple rougit de

Nanci. Nous avons parlé du jeune héros, nommé Desilles, mort des blessures qu'il reçut, en voulant empêcher ses soldats de tirer le canon contre la garde nationale. Près d'expirer, il entendit le curé qui assistoit à ses derniers soupirs , dire en sanglottant : mon Dieu ! quel dommage de voir mourir un grand homme à la fleur de ses ans ! Renforçant le peu de voix qui lui restoit, l'agonisant dit au curé: je mreurs sans regret puisque je meurs pour la patrie: je ne suis point un grand homme , je suis un citoyen qui me suis exposé POUR SAUVER MES ÉGAUX,

BREST. L'honneur en France se montre dans toutes les professions. Il distingue l'homme du peuple, tout aussi bien que les hommes d'une classe plus élevée. Un matelot, nommé Jean-Baptiste Vimont, étoit à bord du vaisseau le Majestueux, de l'escadre de Brest. Le temps étoit orageux, la mer agitée : deux hommes

son erreur.'

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