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Ce n'est pas tout. Dans les causes au civil qui vont directement au district sans passer par le juge de paix, on sera obligé de se conduire de même. Il faudra se présenter auparavant devant un bureau de paix qui sera nommé par le conseil général de la commune dans chaque ville de district, et le tribunal ne pourra point juger la cause avant que les parties aient rempli les conditions que nous venons de dire..'

Ce dernier bureau de paix , savoir, celui de district, sera, en même-temps , bureau de JURISPRUDENCE CHARITABLE ; il sera chargé d'examiner les affaires des pauvres qui s'y présenteront, de leur donner des conseils, et de défendre ou faire défendre leurs causes. Şi les différends sont inévitables , on voit du moins. combien ces institutions sont propres à prévenir ou abré ger les procès, et sur-tout à calmer les dissensions nais

santes.

Voici maintenant ce que c'est que le tribunal de famille.

S'il s'élève quelque contestation entre mari et femme, père et fils, grand-père et petit-fils, frères et scurs, oncles et neveux, ou entre alliés, aux degrés ci-dessus, comme aussi entre les pupilles et les tuteurs, pour chose relatives à la tutelle : les parties SERONT TENUES de nommer des parens , ou à leur défaut, des amis et voisins pour arbitres, devant lesquels ils éclairciront leur différend, et qui, après les avoir entendus et après avoir pris les con. noissances nécessaires, rendront une décision motivée. Nulle partie ne pourra se plaindre aux juges, sans avoir passé par le tribunal de famille ; mais les parties pourront appeler ensuite au tribunal du district, qui jugera en dernier ressort.

Le tribunal de famille servira encore à ceci. Sous le régime précédent, quand un enfant se conduisoit mal, et qu'il donnoit dans des écarts, on le punissoit arbitrairement, il étoit enlevé par une lettre-de-cachets un père dur et impérieux le faisoit enfermer quelquefois pour des fautes légères ; un père foible n'osoit le punir de peur de faire de l'éclat et de le déshonorer ; une veuve, trop indulgente envers ses enfans, n'osoit

aucune autorité ; enfin , les écarts

exercer sur

eux

des jeunes gens, qui peuvent influer sur toute leur vie , étoient punis au hasard , souvent sans succès, et très-souvent ne l'étoient pas. L'assemblée nationale a décrété que si un père, une mère , un ayeul ou un tuteur a des sujets de mécontentement très-graves sur la conduite d'un enfant ou d'un pupille , dont il ne puisse plus réprimer les écarts, il pourra porter sa plainte au tribunal domestique de la famille. Ce tribunal sera de huit parens les plus proches, ou au moins de six. A défaut de parens, il y sera suppléé par des amis ou des voisins.

Le tribunal, après avoir vérifié les plaintes, pourra arrêter. que l'enfant, s'il est âgé de moins de 21 ans accomplis , sera renfermé pendant un temps qui ne pourra excéder celui d'une année pour les fautes les plus graves.

Cependant, comme une famille pourroit agir quelquefois par passion, et comme il ne faut laisser l'exccution des lois qu'aux juges qui en sont chargés, l'arrêté de famille ne pourra être exécuté qu'après avoir été présenté au président du tribunal du district. Le président refusera ou ordonnera l'exécution ; il pourra en tempérer les dispositions, mais il ne pourra pas prononcer une peine plus forte que la famille. Enfin, il ne pourra rien prononcer, qu'après avoir entendu le commissaire du roi, lequel vérifiera les motifs qui auront déterminé la famille.

Tels sont les divers tribunaux que l'assemblée nationale a établis.

Il importe cependant à la sûreté et à la liberté des citoyens , que les juges eux-mêmes soient surveillés ; que les lois soient observées ; que les tribunaux ne puissent pas se permettre de les exécuter ou de les interprêter à leur gré, que les jugemens soient exécutés ; l'assemblée nationale y a pourvu. Cette grande surveillance appartient au roi, chef suprême du pouvoir exécutif, et au nom duquel se rend la justice. Le roi nomme donc des commissaires auprès de chaque-tribunal de district. Les commissaires sont les conservateurs des formes ; ils doivent veiller à ce que la justice soit rendue : ils doivent parler pour les absens ,

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pour les pupilles, pour les mineurs, pour les gens interdits, pour les femmes mariées, pour la nation, pour la commune , c'est-à-dire , pour tous les foibles et les absens qui pourroient être , auprès des tribunaux, sans appuis et sans défenseurs.

Ainsi, vous pourrez espérer que la justice vous sera promptement et exactement rendue. Les tribunaux sont établis presque par-tout. L'ordre va renaître et avec lui la confiance. Goûtez donc la sécurité qui naît de la certitude d'avoir de bonnes lois. Respectez-les surtout; c'est au respect pour les lois que l'on reconnoît l'homme libre et le bon citoyen,

Nous vous donnerons un article détaillé sur le juge de paix et sur ses fonctions : institution précieuse aux campagnes, pour qui particulièrement elle a été faite.

Nous vous parlerons aussi de la cour de cassation, et de la haute cour nationale , lorsque vos représentans l'auront organisée.

Quatrième lettre de Félicie à Marianne.

Ce &5 Novembre 1790.

Je suis charmée que ma chère Marianne ait été contente de mes réflexions sur le bonheur de la vie champêtre : tu conviens bien que jamais les villageois n'ont éprouvé cet affreux état que je t'ai dépeint, et qui est causé par l'ennui ; mais tu ajoutes que cependant les paysans peuvent, dans certains cas, s'ennuyer à mourir, et que tu en as été la preuve. Tu veux parler de la maladie du pays. Je me souviens très-bien

que deux ans avant ton mariage, désirant te garder toujours avec moi, je t'emmenai à Paris , et que peu de temps après, je vis ma pauvre petite Marianne , changer, maigrir, perdre ses brillantes couleurs, et tomber dans une tristesse que rien ne pouvoit dissiper : te rappelles - tu notre entretion sur ce sujet, lorsqu'enfin je t'interrogeai , et qu'il fallut m'avouer la vérité ? Pour moi je n'oublîrai jamais cette scène touchante ! Je crois te voir encore , partagée entre le

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tra

desir d'embrasser tes parens , et le chagriu de me quitter ; craignant de me fâcher, ne pouvant feindre, et n'osant me confier son secret; pleurant, et répétant sans cesse : JE SUIS BIEN HEUREUSE ICI! . MAIS MA MÈRE , MON PÈRE, ET MON PETIT FRÈRE CHARLOT !... C'est sur-tout de ce moment que j'ai pris pout toi cette tendre amitié que je te conserverai toujours. Tu voyois Paris pour la première fois; tu te trouvois dans une bonne maison, dont tu connoissois depuis longtemps les maîtres et les domestiques, chacun ty traitoit avec amitié, on te combloit de présens ; on t'envoyoit souvent aux promenades ; tu étois bien logée, bien nourrie , bien mise : tu menois la vie la plus douce: au milieu de tout cela, tu n'avois qu’un desir : celui de retourner dans ta petite chaumière ; et pour te retrouver au sein de ta famille , tu renonçois sans balancer à tant d'avantages , en te consacrant de nouveau à tous les travaux pénibles de ton premier état. As-tu bien réfléchi à ce dessein, te disois-je ? Quand il faudra faire le pain, tirer des seaux d'eau , vailler à la vigne , conduire des brouettes ; ne regretteras-tu pas Paris ? ON NON, répondois-tu : JE TRAVAILLERAI POUR MON PÈRE ET MA MÈRE , CELA NE M'A JAMAIS FATIGUE'E. Ne compare donc point l'ennui produit

par la maladie du pays ; avec cet ennui mortel dont je t'ai fait la peinture : celui-ci vient d'un horrible endurcissement du caur ; l'autre vient d'une excessive sensibilité. Le paysan qui a quitté sa chaumière, ne peut s'amuser à Paris , parce qu'il préfère sa famille et la vie champêtre, à tous les vains plaisirs des villes. Au milieu de toute notre pompe et de notre dissipation , il regrette la nature que rien ne lui retrace , et qui peut seule offrir et donner les vrais biens. Il languit , il dépérit, il a besoin de respirer l'air natal : air si pur, si salutaire, quand c'est celui de ta campagne : car les gens qui sont nés dans les villes , n'ont jamais LA MALADIE DU PAYS : transportez-les dans une autre ville , aussi belle que la leur , ils oublieront bientôt le lieu de leur naissance, ou du moins ils y penseront sans attendrissement. L'ombre et la fraîcheur des bois ; une jolie cabane, des ruisseaux, des prairies, laissent de doux souvenirs ; mais des rues, de la boue, des.murailles, le contraste affreux de la misère et d'un luxe insolent, ne peuvent rappeler que des idées tristes et douloureuses. Enfin LA MALADIE DU PAYS est causée par les regrets les plus purs, par les plus tendres sentimens ; elle n'est connue que des habitans des campagnes; on en guérit en retournant dans son hameau ; en se retrouvant dans les bras de ses parens. L'ennui des gens riches qu'ils nomment-SPLEN OU CONSOMPTION, est une maladie produite par le dessèchement de l'ame, qui ne peut plus ni se repaître d'illusions, ni goûter les vrais biens : cette maladie est incurable ; elle n'attaque que les cours orgueilleux et insensibles, et n'est connue que dans les villes. Bénis ton sort, chère Marianne, bénis ta douce condition: je t'en fais souvent l'éloge ; c'est que tout ce que je vois sans

cesse, me l'a fait chaque jour envier davantage.

ma

Evénemens.

CONSTANTINOPLE. Le grand feigneur , ou ce qui cft la même chose, le grand despote', vient de faire publier que tout Musulman qui oseta parler de paix aveè la Ruffie , sera empâlé. Le Muphti , ou le chef du clergé ottoman , 'a donné un fetfa ou un mandement , par lequel il excite à la guerre tous les croyans de Mahomet. Les jaunissaires, ou les principaux soldats Turcs, désertent néanmoins l’ırmée. Ils sont courageux , ils sont superstitieux, mais ils sont indociles et feroces. La Turquie, mal gouvernée , mal défendue , feroit bientôt conquise si elle étoit bien attaquée. La discipline et les bonnes lois peuvent seules rendre un peuple invincible.

ANVERS. Cette ville , la seconde ville du Brabant, perlifte à re, jetter les conditions que l'empereur a offertes aux Brabançons. Si les autres villes de cette province persévèrent à demeurer indépendantes , fi elles sont disposées à tout faire et à tout sacrifier pour être libres, on ne pourra les soumettre qu'en les massacrant , et le vainqueur impitoyable ne régneroit alors que sur des déserts.

LIÉGE. La municipalité liégeoise vient d'écrire à l'Assemblée nationale , pour la prier de lui connaître , parmi les factieux du régiment Royal-Liégeois, ceux qui seroient véritablement natifs de Liége , afin de les bannir pour jamais d'un pays que leur révolte déshonore.

BRUXELLES. Quatre carmelites Brabançonnes , faisant semblant de craindre pour la religion, étoient parties pour l'Amérique sous prétexte d'y aller établir un couvent de leur ordre. Mais à peine ontelles été embarquées sur leur vaisseau, qu'elles ont épousé quatre moines qui les suivoient. La nature est plus forte que la règle mo

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