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Nous nous sommes déclarés , intitulés, précepteurs des hameaux. Aucune loi qui les intérelle, li'eft oubliée ou tronquée dans notre Feuille. Mais si nous les transcrivions, ces lois, mot pour mot, telles qu'on les décrère , elles ne seroient point entendues, elles ne seroient point retenues par les simples citoyens de la campagne à qui le style législatif est encore plus inconnu que le style lit-, téraire.

C'est pourquoi nous réunissons, autant qu'il est pofible, les lois qui font corps ensemble & qui s'éclaircissené l'une par l'autre. C'est pourquoi aussi, jetant à l'écart la phrase des décrets, nous nous contentons de son plus simple énoncé. Réduite une à une, chaque idée entre facilement dans les têtes, et s'y place sans confusion.

Cependant, comme nous avons le desir, non-seulement d'acquitter nos promesses , mais encore de satisfaire aux demandes, nous prévenons les abonnés de notre Feuille, que désormais les cinq à six premières pages renfermeront le plus littéralement et le plus clairement qu'il se pourra, les décrets de la semaine qui regarderont les gens de la campagne, soit dans leur position champêtre, soit dans leur rélation patriotique.

Trop d'objets accableroient des esprits que tant d'autres travaux détournent de la lecture. Aussi notre foin principal, notre difficulté majeure, n'est-elle pas d'étendre nos leçons, mais de les circonscrire. Il nous seroit bien plus facile de composer un volume que de tracer un précis. Mais nous nous transportons en esprit dans le village, & assistant , le dimanche, à la lecture, de notre Feuille, nous croyons entendre l'un dire : C'EST TROP OBSCUR, l'autre , C'EST TROP LONG ; l'autre, CELA EST ASSEZ INUTILE; l'autre enfin , CELA ÉST FORT BIEN, MAIS LE DIMANCHE EST FAIT POUR REPOSER , ET NON POUR APPRENDRE.

Notre imagination en écoutant ces discours , tâche d'abréger et d'éclaircir les siens,

Suite de la Géographie Universelle.

QUAND

UAND on parcourt une carte géographique, læil cherche le pays où l'on a pris naissance, et la vue s'y arrête long-temps. Voilà pourquoi nous avons cru devoir nous étendre un peu sur la France. Voilà pourquoi nous destinons un article encore à sa description. Cet article renferme deux points interessans, ce que la France a été, ce que la France est devenue.

Du temps des Romains elle se nommoit la Gaule. Elle se divisoit alors en Gaule transalpine, c'est-à-dire au-delà des Alpes, et en Gaule' cisalpine , c'est-à-dire en-deçà des Monts. La première embrassoit plusieurs pays ultramontains, le Piémont, le Milanois, et tout ce que l'on a nommé ensuite

pays Lombard. La seconde renfermoit le territoire immense qui depuis les Alpes et la Méditerranée va jusqu'à l'Océan, les Pyrépées et les Vosges.

L'empire romain s'étant écroulé de toute part, la Gaule dont il faisoit partie , devint la proie des Barbares du nord. Ils envahirent et partagèrent la domination romaine et l'empire Gaulois. La Gaule ultramontaine tomba sous le pouvoir des Goths et des .Herules. La Gaule, en deçà des Monts, composa plusieurs royaumes, celui des Bourguignons, celui des Ripuaires, celui des Saliens, celui des Francs. Ces trois derniers peuples, originaires du même pays , se réunirent, et ne formant qu'une seule puissance, sous le Sicambre Clovis , possédèrent la plus grande partie des Gaules, qui commencèrent à s'appeler, la France.

La première race des rois françois s'éleva par les conquêtes et s'anéantit par l'imbécillité et le fanatisme. La race ou la dinastie qui lui succéda , eut une assez longue suite de monarques , mais elle ne produisit qu'un seul grand homme. Ce fut ce Charle-Magne qui se saisit d'une main vigoureuse , et disposa d'une main libérale, de presque tous les états Gaulois, Allemands, et Italiens. Ce fut ce Charle-Magne, qui environné de preux invincibles, les tint dans le respect ; qui assiégé d'ambitieux prélats, les réduisit à la modération et même à l'obéissance, qui maître absolu d'un peuple abattu et avili par l'ignorance , le releva par le secours des lois et par l'établissement des écoles. Ce fut enhn ce Charle-Magne, qui dans le méme temps qu'il chassoit les Sarrazins, protégeoit les papes , rassembloit les états généraux, couronnoit les î roubadours, ou les premiers poètes de ce temps-là, maria bonnement sa fule à un simple sécrétaire qu'elle aimoit, et faisoit vendre au marcié les légumes de ses jardins, les aufs de sa bassecour, et les ouvrages fabriqués de ses propres mains.

A peine fut-il expiré que la grandeur françoise succomba avec lui. Les évêques prirent toute l'autorité et toutes les richesses. Les grands usurpèrent les honpeurs , les emplois et les provinces. Les rois ne furent plus que les premiers seigneurs suzerains, et les peuples ne furent plus que des vassaux enchaînés, et des esclaves abrutis.

La troisième race des rois françois, la race Capétienne vint adoucir le jong féodal, mais ne put le briser de sitôt. Il fallut d'abord affranchir les communes, ensuite dompter les seigneurs, ensuite établir les municipalités, ensuite appeler le tiers - état, aux assemblées nationales, ensuite délier la religion gallicane des chaînes terribles de Rome, ensuite ré cupérer par, heritage, ou par conquête les provin ces détachées de la France; renverser, conserver la tyran nie féodale ou aristocrate par le despotisme royal ou ministériel.

Louis XI avança cet ouvrage. Le cardinal de Richelieu le consomma. Louis XIV l'embellit

par

les arts et la gloire. Mais il ruina le royaume en l'illustrant et en l'agrandissant. L'éclat de la royauté et celui de la littérature cachoient les plaies et couvroient les ruines de la nation françoise.

Elle a ressenti ensin qu'il falloit, ou périr, ou renaître. De grandes lumières, d'heureuses circonstances ont favorisé la révolution. Elle est coinplette. Elle a été même exemple de ces guerres civiles qui ont 3ecompagné et ensanglanté la délivrance des autres peu

ples. Nobles, prêtres , magistrats , financiers, ministres, provinces, capitales , hameaux, tout a changé de face. Les citoyens sont devenus égaux : les administrateurs sont élus librement, l'habitant des villes et l'habitant : des campagnes ont reçu en même-temps des armes et des lois ; des armes pour défendre les lois, des lois pour commander et discipliner les armes. Car la liberté consiste dans les deux forces combinées des armes et des lois. Le sauvage qui n'a que des armes est un homme libre, mais entouré de brigands , et prêt à le devenir lui - même. En un mot, on peut

définir l'homme libre, celui qui est armé et désarmé par la loi.

C'est l'objet de la constitution françoise. C'est par-là que le nouveau gouvernement doit effacer jusqu'à la mémoire de l'ancien. Si cependant il existoit dans les villages quelque citoyen crédule, à qui l'on eût persuadé que l'ordre détruit valoit mieux que l'ordre établi , une simple comparaison de l'un et de l'autre suffira pour le détromper.

La France, considérée sous le rapport de la religion , présentoit des évêques opulens, mais désæuvrés, mais presque inutiles, et des pasteurs utiles , laborieux, et cependant réduits à l'indigence. Cette hiérarchie vicieuse, monstrueuse , est corrigée. Les prélats sont forcés d'être citoyens, et les curés ont la faculté de soulager les pauvres au lieu de l'être eux-mêmes.

La France, considérée sous le rapport militaire présentoit dans son armée, un instrument de servitude, un peuple de bayonnettes. Elle a aujourd'hui plusieurs millions de soldats qui sont sujets de la discipline et gardes de la liberté, et qui prêts à repousser l'ennemi ou le désordre , obéissent au roi qui est leur chef, à la loi qui est leur frein , à la nation qui est leur souveraine.

La France, considérée sous le rapport des hommes, offroit parmi eux une classe de demi - dieux et une multitude de demi - brutes. La noblesse nourrissoit d'orgueil les premiers. La roture écrasoit d'ignominie les seconds. Le mot ambitieux de noble est presque un mot. proscrit de la langue, et le mot abominable,

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de roturier est un mot qu'il faut conserver dans le souvenir pour abhorrer l'insolence et redouter la bassesse.

La France, considérée sous le rapport des arts, des livres , du commerce, de l'agriculture, présentoit un tas de monopoles destructifs, une foule d'entraves accablantes, la féodalité et ses tyrans, le fisc et ses harpies , le despotisme et ses satellites, la sottise et ses censeurs. Mais à présent il n'existe de bornes que celles de la propriété, de censure que celle de la loi , de gêne que celle qui est nécessaire contre la licence et la fraude, de réglemens que ceux qui favorisent le travail et maintiennent l'ordre, enfin de monopoles que celui

que le talent supérieur et la confiance publique accordent librement aux grands artistes.

La France, considérée sous le rapport des contributions , offroit des riches exempts et des pauvres surtaxés, des campagnes épuisées, des manufactures dépouillées, des intendans-oppresseurs, des subdéléguésdespotes, des receveurs - ministres, des exacteursbourreaux. Plusieurs provinces étoient si bien ou si mal imposées , qu'elles payoient dix-huit sols sur vingt sols du revenu net de leur territoire , etce qui mettoit le comble aux abus , tandis que les peuples étoient réduits à la mendicité , le trésor public étoit réduit à l'aumône, à la banqueroute. Aujourd'hui la contribution est également répartie , c'est-à-dire , proportionnée aux revenus : elle embrasse toutes les propriétés et n'en étouffe aucune; elle sera assise dans la plus parfaite impartialité ; elle sera perçue avec la plus constante justice; elle sera employée au gré, au profit et au su de tout le monde. En un mot chacun contribuera pour sa part, et chacun recueillera pour son intérêt, ce qu'il doit et ce qui lui revient. Un écu sorti d'une poche par l'impôt, y rentrera doublé, triplé , quadruplé par la circulation et le travail.

Considérée ensin sous le rapport administratif, la France étoit un cahos , un labyrinthe , partagé en pays d'états, en pays d'élection', en provinces conquises, en provinces étrangères, en gouvernemens de trente espèces , en parlemens d'un ressort exorbitant

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