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l'instruction est inévitable et utile. Lorsque le gouvernement est établi, toute insurrection est criminelle, ! et désastreuse en un mot c'est une sédition, slɔɔ.

D. Qu'est-ce qu'un séditieux ?>

R. Celui qui oppose la violence à la loi :
D. Qu'est-ce qu'un factieux ?

R. Celui qui forme un parti contre la loi..
D. Qu'est-ce qu'un rebelle ?

R. Celui qui refuse de se soumettre à la loi. D. La véritable liberté nous vient donc de la loi? R. Dieu lui-même n'en peut pas créer une autre. D. Mais comment saurons-nous que les lois. sont bonnes? k; sibb R. Si elles sont faites pour tout le monde et par tout le monde. 970

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D. Comment tout monde fait-il des lois ? 15 0

R. En élisant et en instruisant ceux qui doivent les. faire pour lui.

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D. Quelle est cette instruction?

R. Celle des cahiers.

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D. Sont-ils obligatoires?

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R. Oui, comme instruction, comme avertissement, comme conseil, mais non comme décret.

D. Pourquoi pas comme décret?

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R. Si les articles des cahiers. étoient des décrets, les lois seroient faites avant d'avoir été délibérées.. Elles seroient sans accord entre elles. Chaque canton auroit les siennes. Il n'existeroit plus d'ensemble, ni d'intérêt public, ni d'assemblée nationale, ni de nation même. Ce seroit une fourmillière de répu bliques divisées, et prêtes à se dévorer les unes les

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autres.

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D. En quoi peut-on nuire à autrui ?

R. Dans son honneur, par des discours; dans ses biens par des vols; dans sa personne par des violences; dans sa vie par le meurtre.

D. Que faut-il penser de la liberté de nos écrits ? R. Les livres ne sont que la parole imprimée : ils doivent être libres comme elle, en ne nuisant à personne.

D. Et la liberté du commerce épistolaire ?

R. Le cachet de chaque lettre doit être regardé comme le sceau de l'état. Celui qui rompt ce cachet est un traître et un infâme.

D. Et la liberté des opinions?

R. La constitution permet de les communiquer librement, parce que, dit- elle, cette communication est un des droits les plus précieux de l'homme.

D. Vous laisse-t-elle la même liberté sur les opinions religieuses?

R. Elle dit que nul ne peut être inquiété, même pour ses opinions religieuses.,

D. Pourquoi ce mot MÊME?

R. Pour condamner d'une manière plus positive, tout intolérant, tout persécuteur, tout inquisiteur qui excepteroit les opinions religieuses des opinions que l'on doit laisser tranquilles.

D. Les opinions de mon voisin ne peuvent-elles pas me faire tort?

R. Non, s'il vous laisse les vôtres.

D. La liberté de penser est donc une chose essentielle ?

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R. Celui qui ne pense pas librement est esclave, même sur le trône; celui qui pense librement, est libre jusques dans les fers.

D. Qu'est-ce qui a fait la révolution?

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R. La liberté de la pensée et la liberté de la presse : ces deux libertés peuvent seules maintenir la constitution. D. Pourquoi les droits de l'homme ont-ils été si tard connus et si tard redemandés ?

R. Parce que le peuple ne savoit pas lire. Il ne pou voit pas s'instruire par lui-même, et il se laissoit séduire par les autres.

D. Quel est donc le plus grand service que les villageois puissent rendre à leurs enfans?

R. De leur apprendre à lire et de leur apprendre à examiner tout ce qu'on leur dit avant de le croire ; car on les a trompés long-temps, et ce n'étoit pas à leur profit.

Lettre de M. Pandolphe à MM. les Rédacteurs.

MESSIEURS,

Je suis maître d'école de village; et par conséquent votre confrère, puisque vous tenez aussi école pour le village. Ne soyez point choqués de la comparaison. Notre ancien gouvernement, que vous appelez le despotisme, faisoit l'honneur aux maîtres d'école des les craindre presque autant que les philosophes. Vous ignorez peut-être que nos bons curés étoient sans cesse en querelle avec nos seigneurs les intendans pour en obtenir des maîtres d'écoles. Ceuxci pensoient apparemment que si le peuple savoit lire, il sauroit les juger. Ils avoient raison. Un maître d'école est un maître de liberté. Aussi l'autre jour, lisant dans l'histoire grecque, qu'un tyran détrôné s'etoit fait maître d'école, je disois à mon voisin que c'étoit comme le diable qui se fit hermite. En effet, si celui qui sait lire, peut tout apprendre, il est clair que celui qui enseigne à lire, enseigne tout et voilà :

pourquoi, Messieurs, quoique vos leçons soient plus savantes, elles ne sont pas plus importantes que les p

miennes.

Nous sommes donc confrères, et en cette qualité, nous nous devons des services réciproques; aussi sans vous en douter, vous m'en avez déja rendu plus d'un. Par exemple, j'étois pauvre, et, suivant l'usage, personne ne me regardoit; on ne faisoit aucun cas de moi. Le village a fait venir votre feuille; c'est moi qui la lis et qui l'explique à tout le monde; depuis ce temps-là, tout le monde me recherche et me considère, comme le philosophe du pays. Ce n'est pas tout mes bons voisins ayant vu, par mon exemple, combien il est bon d'être savant, ils ont commencé par envoyer plus exactement leurs enfans à l'école, et il y a même aujourd'hui plus d'un père qui m'a demandé et me paye très-bien mes leçons.

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Je vous dois donc tout, mes chers confrères 1 honneur et fortune comme j'ai un bon cœur je veux m'acquitter envers vous; et pour cela j'ai résolu d'être votre correspondant de campagne. Je veux que vous connoissiez par moi sur quels sujets il est bon d'instruire nos préventions ou notre ignorance. Car j'en sais assez pour sentir que tout n'est pas bien dans ce que j'entends dire et dans ce que je vois faire mais j'ai besoin de vous pour le faire sentir

aux autres.

Pour commencer notre correspondance, je vous dirai qu'ayant été nommé électeur avec plusieurs laboureurs du pays, j'ai eu l'occasion d'observer des choses qui ne sont pas sans inconvénient. Par exemple, j'ai vu des électeurs négliger de se rendre aux assemblées, pour donner leurs voix. Ce n'est pas sans peine que j'en ai ramené quelques-uns. «Souvenez,, vous, disois-je à l'un d'eux, que vous représentez

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cent de vos frères qui vous ont nommé pour élire ,, en leur nom les juges. Si ces juges sont mauvais,

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on s'en prendra à vous de leur injustice ou de leur ignorance. Vous vous croyez honnête homme, ,, parce que vous êtes bon fils, bon mari, bon père ́,

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» bon ami, bon maître; mais il faut être bon ci"toyen; c'est-à-dire, mettre aux affaires de la com"mune le zèle que vous mettriez à celles de tous

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les vôtres : Quoi! vous n'abuseriez pas de la con,, fiance d'un enfant, et vous abusez de la confiance "d'un pays tout entier. Vous n'êtes donc pás aussi " honnête homme que vous le croyez. Vous vous "vantez aussi d'aimer la liberté. Mais le droit d'é"lire et d'être élu est la première des libertés du peuple, et à peine vous rend-on ce droit que vous "en négligez l'usage et les devoirs sacrés. Ne dites "donc pas que vous voulez être libre. Ces paroles le fâchèrent; il me quitta en grondant; mais le lendemain je le vis arriver à l'assemblée, en me tendant la main et en serrant la mienne. Car les braves gens ne reçoivent pas mieux la censure que les au tres; mais ils en profitent davantage et traitent mieux le

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censeur.

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J'ai fait aussi dans les assemblées d'électeurs des remarques fâcheuses. Par exemple, est-il bien que chacun arrive avec le projet formé de nommer, bon ou mauvais, un sujet de son canton. On ne demande point, on ne veut point savoir, s'il y a des hommes plus habiles et de peur de communiquer avec les autres électeurs, on se ramasse par paroisses: on se cantonne dans l'assemblée même. Puis on se concerte, on fait marché avec l'arrondissement voisin, pour que chacun porte tour-à-tour l'homme du pays. Par cette méthode, les hommes des villes et par conséquent les plus éclairés, se trouvent exclus; car en même-temps, on s'accoutume à croire faussement que les campagnes et les villes ont des intérêts contraites. Pour moi, voici ce que je répondis ces jours passés à ceux qui m'engageoient à resserrer ainsi mon choix sur des personnes de connoissance. "Je n'en"tends point, Messieurs, vos arrangemens: ce n'est "pas un voisin, c'est un homme de mérite que je "veux; parce qu'un citoyen entend la même messe " que moi ce n'est pas une raison pour qu'il soit "le meilleur juge. Vous parlez de l'honneur du pays: "il ne tient pas à fournir un sujet, mais à en four

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