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celles d'Afie, qui forment un corps confidé-
rable de très-belle cavalerie. Les Janissaires
paroiffent toujours dans la difpofition de fai-
re éclater leur mécontentement à la premiere
occafion; mais comme ils font en petit nom
bre, eu égard à d'autres corps, parmi lef-
quels on établit une bonne difcipline, on a
lieu de fe flatter qu'ils feront dans l'impuif-
fance de fe livrer aux mouvemens féditieux
qui n'ont que trop fouvent fait échouer les
projets les mieux concertés.

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On ne voit pas trop ici comment pouvoir concilier les projets de conquêtes du divan avec les difpofitions du Grand-Vifir. Suivant les dernieres lettres de l'armée, ce Général paroit plus occupé des moyens d'empêcher les Ruffes de paffer le Danube, que de tenter lui-même le paffage de ce fleuve; il a fait affembler des magafins immenfes à Vidin, Nicopolis, Siliftria &c., & il fait élever, avec une activité incroyable, des retranchemens dans tous les lieux où les Ruffes peuvent tenter le paffage; ce qui annonce plutôt le plan d'une guerre deffenfive, que le deffein d'attaquer & de reconquérir.

On fait monter à plus de 12 mille le nom bre d'habitans que l'incendie du 18 Février a reduits dans la plus grande mifere dans le faubourg de Galata. Le dommage,qui eft des plus confidérables, l'eut encore été davantage, fans la prefence du Grand-Seigneurs & de quelques Officiers du ferrail. Plufieurs fcélérats qui tâchoient de profiter de la confufion pour piller, ayant été pris fur le fait par les gardes, S. H., pour en impofer à leurs fem

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blables, les fit jetter dans les flammes, dont ils ne tarderent pas à devenir la proie.

Les vivres ont augmenté de beaucoup depuis cet incendie, qui a confumé beaucoup de comeftibles. Les transports des provifions que l'on avoit coutume de recevoir de l'Afie, diminuent fenfiblement, & l'on craint de fe voir exposé à une difette, fi les Ruffes reftent encore longtems maitres de l'Archipel.

Le Kan des Tartares déposé & le fils du feu Kan de Crimée ont, dit-on, fait naufra ge dans la mer-noire fur la côte d'Afie.

SMYRNE (le 28 Février.) Le Bayram s'eft paffe fans aucun excès de la part du peuple, dont on craignoit fort les difpofitions. On en eft redevable aux ordres très-pofitifs que la Porte avoit donnés de punir avec la derniere rigueur ceux qui s'en rendroient coupables. L'Aga des Janiflaires, qui avoit manqué d'attention à cet égard, a été dépofé & rélégué à Metelin ; & celui qui eft venu de Conftantinople pour le remplacer, fe diftingue par fon zèle à feconder Cara Ofman Oglou & les autres membres de la régence, dans le maintien de la tranquillité publique: de forte que nous n'avons plus rien à craindre, fi ce n'eft l'exécution des ordres précis, que la régence a reçus de Conftantinople de fermer l'entrée du port, au cas que les Ruffes paroiffent de nouveau devant cette ville; & qu'en conféquence on ne faffe couler à fond à l'embouchure tous les vaiffeaux dont on jugeroit à propos de fe fervir à cot effet.

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Si d'un côté nous fommes à l'abri de l'infolence de la populace, nous éprouvons d'autre part deux calamités. La pefte n'a pas entierement ceffé: & le prix des grains, bled, ainfi qu'en général de tous les vivres a quadruplé.,

Extrait d'une lettre du Caire du 16 Février. Les armes d'Aly Bey commencent à rencontrer des obftacles, qui en rétardent les progrès. Le corps, qu'il avoit fait avancer juf qu'à Damas, intimidé par celui des Drufes que le Pacha de cette place a appellés à son secours, n'a ofe entreprendre l'attaque de cette ville. Cependant c'est la conquête de la Syrie, qui feule peut affurer celle de la Mecque & de Gedda. Un Officier européen, qui paffe pour être également inftruit dans les fortifications & dans l'artillerie, eft enfin arrivé ici. Aly Bey, qui l'attendoit avec impatience, l'a fais venir pour diriger le fervice de l'artillerie dans l'expédition contre la Mecque & Gedda. Le bruit court en ce moment, que ce conqué rant, qui avoit eu dernierement deux avanta ges fur les troupes commandées par le Pacha de Damas, a été défait, & qu'on ne fçait ce qu'il eft devenu.

RUSSI E.

PETERSBOURG (le 31 Mars. ) Le Ba ron de Saldern, après avoir pris les dernie res inftructions de la cour, s'eft mis en marche, le 23 de ce mois, pour Warfovie, où il va réfider en qualité de Miniftre plénipotentiaire de S. M. I. auprès du Roi de la répu blique de Pologne.

Le 27, le Général Major Prince de Trau

betzkoy arriva ici de l'armée du Feldt-Maréchal Comte de Romanzo w, & annonça la prife de la ville du château de Giurging. (Voyez le dernier Journal, p. 19 & 20.) Cette expédition terminée, le General Olitz a détaché quelques bataillons pour aller attaquer le château de Torno, fitué au confluent de l'Olta & du Danube. Cette place eft la feule qui refte aux Turcs fur la rive gauche du Danube, & l'on ne doute pas qu'elle ne leur foit bientôt enlevée. Par cette conquéte il fera très difficile, pour ne pas dire impoffible que les Turcs paflent le Danube, dont la navigation eft interdite à tous leurs bâtimens.

L'Amiral Knowles, qui doit prendre la direction du département de la marine, và bientôt commencer les fonctions attachées à cette place importante; il doit être admis auparavant à l'audience de S. M. l'Imperatrice, ce qui ne tardera vraisemblablement pas à avoir lieu.

La cour a reçu par les dernieres dépêches de fon Miniftre à Vienne, une lettre de la république de Ragufe, par laquelle elle fupplie l'Impératrice de lui accorder fa protection, Les deux députés que cette république envoye ici, devant faire leur quarantaine fur les frontières des états autrichiens, ils ont adreffe cette lettre à S. M. I. pour la prévenir de l'objet de leur miffion.

Les Députés des Tartares d'Ediffan & de Rudziac, qui fe font fouftraits depuis peu à la domination de la Porte, vinrent dernierement en cette capitale, pour implorer, au nom de leur nation, la protection de l'Imperatri

ee; S. M. Imp. leur ayant donné audience le chef de cette députation lui adreffa le difCours fuivant.

Les communautés des Tartares d'Ediffan& de Budziac, conjointement avec les Edifchku hens & Fhembiulufikiens, nos intimes amis, ayant ufé du droit que leur donnoient l'humanité & leur ancienne liberté de fecouer le joug des Turcs, & s'étant réciproquement engagés, par ferment, à maintenir, des-à-préfent com me à l'avenir, leur indépendance, ont recours au trône de V. M. Imp., par l'organe de leurs Députés, & la fupplient très-humblemens de vouloir bien les recevoir fous fa protection; la lettre que nous avons le bonheur de mettre à fes pieds, contient leurs vœux & leurs intensions: le choix qu'on a fait de nos perfonnes pour remplir une commiffion fi importante, & l'occafion favorable qu'il nous procure d'ap procher de plus près du trône de V. M., & de contempler en elle une fouveraine dont la grandeur d'ame & la clémence lui attirent l'admiration de l'univers, font pour nous le comble du bonheur. Dans ces fentimens, nous nous recommandons, avec la plus profonde vénération, nous & nos communautés, à la haute bienveillance de V. M. Imp.

Le Vice-Chancelier répondit aux Députés. S. M. Imp. voit avec plaifir la confiance avec laquelle les communautés d'Ediffan & de Budziac fe mettent fous fa protection: elle ordonne à fes Miniftres de continuer les conférences qu'ils ont eues avec leurs Députés, relativement à ce que défirent les communautés, qu'elle affure de fa haute bienveillance.

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