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Sans doute l'esprit démocratique a largement contribué à ces révolutions, mais il est évident qu'elles ont été déterminées par des fautes patentes et des conflits mal habiles. Charles X, Guillaume, Don Pedro, le Césarewitch et le duc de Brunsvick auraient pu écarter l'ouragan qui les enleva; et la facilité avec laquelle leurs peuples ont adopté de nouveau les formes monarchiques semble prouver, au moins, que l'incompatibilité entre les deux principes n'est point encore à son dernier terme.

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La France se rangea donc sous la monarchie populaire entourée d'institutions républicaines; et ceuxla même qui n'avaient rien à perdre, saluèrent avec enthousiasme une combinaison éminemment propre à tout conserver. Ce phénomène fut l'effroi des hommes du privilége; ils y virent un degré de civilisation qui attestait que la démocratie pouvait creuser son lit de manière à couler un jour sans obstacle et sans malheurs. Alors ils essayèrent d'attacher l'anathème aux institutions républicaines. Ces mots, dirent-ils, ne signifient plus que jacquerie, jacobinisme, faubouriens, canaille, guerres et échafauds. Ainsi la plus noble des conceptions humaines, la république, devint, dans les mains des ennemis de la révolution de juillet, un épouvantail toujours mobile, à l'aide duquel ils parvinrent à faire redouter à la nouvelle dy

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nastie et à une partie de la nation, qui une fois encore se méprenaient sur l'esprit de l'époque, le jeu nécessaire du mécanisme représentatif. Ils parcoururent toutes les phases de la première révolution, moins la pensée de 89; ils montrèrent 93 caché sous les institutions républicaines, et prêt à dévorer une seconde fois la monarchie. Enfin tous les intérêts fondés sur l'erreur, tous les vieux préjugés se réunirent pour arrêter les progrès de la révolution de juillet; et, dès ce moment, ce ne fut plus qu'un long anathème, et contre la république et contre les républicains qui veulent une fois encore passer leu rniveau sur toutes les inégalités sociales.

C'est pour rendre ces mots à leur signification véritable, que je vais écrire la vie politique du seul homme qui ait participé aux trois révolutions de 1776, 1789 et 1830. J'ai choisi Lafayette comme la plus haute personnification du système de 89 enté sur les doctrines américaines qu'il ne faut point confondre avec l'action grecque ou romaine travestie et perpétuée dans la Convention: ces choses ne sont point solidaires.

Qu'exprime donc la pensée de Francklin, et de Washington, traduite dans les institutions républicaines, dont Lafayette a voulu entourer la monarchie

citoyenne? Rien autre chose que le progrès du temps et le triomphe de la liberté humaine. Ce système ne veut, au fond, et n'a produit, en résultat, que des choses honnêtes. Là, religion, philosophie, politique, tout se tient; tout annonce la même raison et le même bon sens : c'est la tendance réalisée de tout un peuple vers la liberté et le développement de tous ses moyens; c'est, en d'autres termes, l'égale répartition des impôts, l'égale admissibilité des citoyens à tous les emplois, la liberté des cultes, la liberté de la presse, la liberté individuelle, la représentation nationale, le jury, la responsabilité des dépositaires du pouvoir, mis en action et garantis.

Voilà ce que veut le général Lafayette, sans s'astreindre ni aux formes extérieures du système américain, ni au mécanisme gouvernemental des Etats-Unis. Voilà les institutions républicaines qu'il a voulu grouper autour de la monarchie citoyenne, de ce privilége unique qui, consenti par tous, n'était plus un privilége.

Dira-t-on encore que cette fusion à l'amiable était impossible? Il se peut qu'elle le soit aujourd'hui; elle ne l'était pas alors.

Que demandait le programme de l'Hôtel-de-Ville, qui soit subversif du principe monarchique?

Une loi électorale qui n'évaluât pas à quelques écus les intelligences qui font graviter les mondes :-cette loi existe en Angleterre, en Hollande, en Belgique, en Suède.

Une loi municipale qui ne fit point nommer les notables par les notables :-il est en Europe des gouvernans despotiques qui laissent aux citoyens ce droit que la monarchie de juillet ne croit pouvoir leur abandonner sans périr.

Des conseils de département élus par l'universalité des citoyens, et investis de la faculté de s'occuper des intérêts locaux :— qu'y a-t-il là d'anti-royal.

Une organisation de la garde nationale, qui ne restreignît point la formation des bataillons ruraux, et ne laissât pas au caprice du pouvoir l'élection des chefs supérieurs :- cette organisation repoussait-elle la monarchie?

L'affranchissement de l'instruction publique de la domination universitaire :- la monarchie existe dans la moitié de l'Europe en présence de cette liberté.

Une liberté de la presse dont les exigences du fisc ne fissent point un véritable monopole :- la monarchie existe en Angleterre où ces entraves n'existent pas.

Une responsabilité ministérielle qui ne fût pas sans moyens d'application, et qui ne se bornât pas à la concussion et à la trahison: - était-ce attaquer Louis-Philippe?

Une liste civile mesurée à la simplicité d'un trône populaire: demander moins de douze millions pour Louis-Philippe, était-ce conspirer contre sa royauté?

Une pairie qui prît sa source dans l'élection et qui représentât autre chose que des abus et de vieux préjugés la jeune monarchie, cette monarchie qui ne relevait que du peuple, qu'avait-elle de commun avec ces préjugés et ces abus?

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Des juges qui n'eussent pas Louis-Philippe sur la bouche et Charles X dans le coeur: et qui plus que Louis-Philippe paraissait intéressé à cette réforme?

L'abolition du droit sur le sel, la diminution du droit sur les boissons, l'abolition de la loterie, celle des jeux et autres impôts que la morale réprouve: qu'est-ce que Louis-Philippe, né du peuple, a de commun avec ces impuretés politiques?

Enfin, du respect au dehors, et l'attitude d'un peuple dont la liberté et l'indépendance doivent être long-temps menacées : mais vouloir sauver la

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