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LE RÉVEIL

DE

M. SULEAU,

SUIVISPC

Du Prospectus du Journal politique que

le Public lui demande.

A PARIS,

De l'Imprimerie de L'HOMME SANS PEUR,
Rue Caumartin, no. 17, bis.

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D'une Lettre de Madame la Marquise' de *** à M. SULEAU,et quelques fragmens de la réponse de son bel

a

*

ami.

J'AI AI personnellement bien des reproches à vous faire, mon bel ami: depuis deux mois vous m'avez négligée avec une affectation qui ne comporte point d'excuse, puisque vous n'avez pas même daigné prendre la peine d'en faire naître le prétexte. Aussi m'étois - je arrangée pour vous bouder implacablement mais les intérêts de votre honneur parlent plus haut encore que mon ressentiment, et je ne sais

* Nous prenons avec papa Voidel l'engagement de restimer fidelement toutes les lacunes, si madame la marquise a la hardiesse de nous y autoriser. Quant au consentement de notre cher confrere en apostolat, nous nous permettrons de le préjuger. Ce n'est pas même que nous exigions de ma→ dame la marquise un pouvoir spécial sur ce beau papier au timbre de la nation; il suffira qu'elle ait la complaisance de nous faire parvenir assiduement la suite de cette singuliere correspondance, dont le début promet une riche pâture à la curiosité de certains lecteurs, et peut fournir matiere aux éflexions des penseurs. NOTE DE L'ÉDITEUR.

A a

plus qu'oublier mon injure, quand il s'agit de vous donner un avis qui peut sauver votre réputation, que tous nos royalistes prennent plaisir à déchirer, sans que vous vous mettiez le moins du monde en peine d'en ramasser les lambeaux.

Il fut un tems où non contente de faire hautement profession de vous estimer, d'admirer votre courage, je ne me défendois même pas de chérir votre personne ; bien que votre ingratitude ait prodigieusement attiédi ce sentiment dont je tirois vanité; et malgré qu'il y ait maintenant beaucoup d'imprudence à moi, et même une sorte de ridicule, à me faire votre Dom Quichotte envers et contre tous, cependant je passe ma vie à rompre des lances pour vous, parce que je ne saurois m'accoutumer à vous voir vilipender dans toutes les sociétés, depuis que votre absence laisse le champ libre à tous les oisifs qui calomnient par désœuvrement.

Par quelle fatalité êtes-vous donc réduit à vous justifier, vous, qui nagueres encore étiez si bien établi dans l'opinion de tous les honnêtes gens? Au vrai, votre conduite devient une énigme insoluble, même pour vos meilleurs amis. Loin d'être capable d'une lâcheté, vous avez toujours mis votre orgueil à outrer

toutes les vertus magnanimes: mais enfin qu'attendez-vous pour triompher d'imputations injurieuses que votre insouciance accrédite de jour en jour ?

Vous, dont le caractere connu est plus voisin de l'opiniâtreté que du découragement;, yous, qu'on étoit rayi de voir se roidir audácieusement contre tous les obstacles; vous, que la belle et spirituelle Coi.... a nommê le Chevalier de la Difficulté; vous, dont on prenoit tant de plaisir à réciter les hauts faits et les gentillesses; que voulez-vous qu'on pense de votre silence et de votre inaction, quand vous vous arrêtez au beau milieu de la carriere, et qu'il se passe des mois entiers sans qu'on entende citer de vous la plus petite prouesse ?

On s'alarme de vos accointances avec M. de Mirabeau; on n'augure rien de bon de vos assiduités à la chancellerie; on se demande avec inquiétude ce que vous allez faire chez M. de la Fayette: figurez-vous que vous ne faites pas une démarche qui ne soit épiée, scandaleusement interprêtée, et que celles qui, à mon sens, sont les plus méritoires, donnent lieu aux plus fàcheuses conjectures.

Faut-il ne vous rien dissimuler? Eh bien, on se dit à l'oreille, et bien-tôt on publiera

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