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INTRODUCTION

On pourra s'étonner que nous ayons pris, pour cadre de cette publication, une circonscription administrative révolutionnaire, le district, alors qu'il s'agit de décrire un état de choses antérieur à la Révolution. N'eût-il pas été plus naturel de choisir une circonscription ancienne, de caractère proprement ecclésiastique, et d'étendre notre étude à tout l'ancien diocèse de Rennes ?

Mais nous avions à nous préoccuper, avant tout, de l'état de la documentation conservée pour les différentes régions qui s'offraient à notre choix. Cette documentation devait être suffisamment abondante et sûre pour nous fournir les éléments de tableaux détaillés et complets et d'évaluations générales qui fussent acceptables.

Or cette documentation n'existait, aussi satisfaisante, que pour certains districts. Nos sources principales, nous les devons, on le verra, aux enquêtes faites, de 1790 à 1793, par les administrations locales, sur l'état de la fortune ecclésiastique, et ce sont les administrations de district qui ont principalement dirigé le travail et rassemblé ses résultats. C'est par district que sont réunis nos meilleurs ensembles de documents; suivant les districts, ils diffèrent de valeur et même de nature.

Nous avons donc choisi trois circonscriptions dotées de bonnes sources. Elles forment un territoire compact, couvrant, d'un seul tenant, 232.417 hectares, soit plus du tiers du département (superficie totale de l'I.-et-V., 644.439 hectares), et comprenant trois villes, dont Rennes, chef-lieu de l'Ille-etVilaine, ancienne capitale politique et administrative de la Bretagne, et siège de son plus important évêché.

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Pour atteindre, au delà des trois districts de Rennes, de Fougères et de Vitré, les limites de l'ancien diocèse de Rennes, il nous eût fallu comprendre dans notre étude les districts de La Guerche et de Bain et une notable partie de ceux de Redon, de Montfort et de Dol. Or, pour aucun d'eux, les résultats des enquêtes de l'époque révolutionnaire n'ont été complètement conservés; il n'en reste, le plus souvent, que des fragments insignifiants, et les fonds de l'ancien régime ne permettaient pas d'en combler les lacunes.

D'ailleurs, les anciennes circonscriptions ecclésiastiques ne présentaient, en ce qui concerne la situation économique du clergé, aucun intérêt particulier. Souvent, un même établissement percevait des revenus et acquittait des charges en différents diocèses. Chaque établissement, chaque bénéficiaire, administrait séparément son temporel, et il n'y avait pas de budget diocésain.

Nos trois districts possédaient un évêché, le chapitre et les dignitaires d'une église cathédrale, ceux de 2 collégiales, 2 séminaires, 2 abbayes d'hommes avec un prieuré conventuel, 2 abbayes de femmes, 12 communautés d'hommes et 20 de femmes, sans compter les écoles et les établissements d'assistance occupés par des congréganistes, 20 prieurés indépendants ou rattachés à des établissements étrangers à la région (1), 14 paroisses urbaines (2), 130 paroisses rurales et 5 trèves desservies séparément. Aux établissements proprement ecclésiastiques, il faudrait ajouter 4 collèges ou importantes maisons d'éducation, et 7 grands hôpitaux (3).

Les villes groupaient à peu près tous les établissements importants. Avec son évêché et son chapitre, ses abbayes de Saint-Melaine et de Saint-Georges, 7 communautés d'hommes et 13 de femmes, et 2 séminaires, Rennes apparaissait tout d'abord comme une ville d'Eglise. La ville parlementaire et bourgeoise, réduite à peu près aux quartiers neufs du centre, reconstruits après l'incendie de 1720, était étroitement enserrée

(1) Nous ne comptons ici ni les prieurés-cures, ni les prieurés dépendant des établissements situés dans les trois districts.

(2) Nous comptons Saint-Laurent de Rennes parmi les paroisses rurales.

(3) Nous ne tenons pas compte ici des petits hôpitaux de Chantepie, de Hédé et de Vezin, qui ne dépassaient pas en importance les autres fondations charitables des paroisses rurales.

dans une large zone, à peu près continue, de couvents, de collèges et d'hôpitaux, auxquels appartenait la majeure partie des vieux quartiers et des faubourgs (1).

Vitré et Fougères n'avaient pas été envahies au même degré que Rennes par la propriété ecclésiastique. La première comptait encore, toutefois, une collégiale, un prieuré conventuel et un autre prieuré, 2 communautés d'hommes et 5 de femmes. Fougères possédait une abbaye de chanoines réguliers, 3 communautés de femmes et une d'hommes, et 3 prieurés très largement dotés. Vitré contenait 3 paroisses et Fougères 2. Chacune des deux villes possédait, enfin, un hôpital général et un Hôtel-Dieu, et Vitré avait un collège.

(1) A l'intérieur même des anciens remparts, les Cordeliers occupaient, de la rue Saint-Georges à la rue Saint-François (rue Hoche), tout le quartier du N.-E.; ils possédaient tout le côté oriental de la place du Palais. A l'autre bout de la ville, les maisons du Chapitre, les couvents de la Trinité et du Calvaire de Cucé, l'hôpital Saint-Yves et leurs dépendances se partageaient à peu près tout l'espace qui s'étend des Lices à la Vilaine, et de Saint-Sauveur à la cathédrale. Hors des murs, de la Vilaine à la rue Reverdiays (d'Antrain), les enclos de Saint-Georges, du PetitSéminaire (ancien couvent des Catherinettes), de Saint-Melaine avec le palais épiscopal, des Carmes déchaussés, de la Visitation et des Carmélites, formaient une suite continue, sans autre interruption que le passage des routes de Paris et de Fougères; la rue Saint-Melaine, resserrée entre la Visitation et les Carmélites, appartenait tout entière à ces deux couvents et à Saint-Melaine. De la rue d'Antrain, le couvent des Capucins s'étendait jusqu'au voisinage de la rue SaintMalo et de la maison des Ignorantins; plus bas, vers le nord, c'étaient encore les vastes enclos des Petites Ursulines et de l'Enfant-Jésus. La rue Saint-Malo franchie, descendaient, en une suite ininterrompue, jusqu'à la rivière d'Ille, les couvents et les dépendances des Jacobins, du Grand-Séminaire, des Minimes et des Augustins; leurs propriétés bordaient toutes les rues voisines jusqu'au faubourg l'Evêque (rue de Brest). Là, elles touchaient presque aux moulins et prairies du chapitre et de l'évêché, voisins eux-mêmes de la maison de la Sagesse et du Couvent de Saint-Cyr. Au delà, rejoignant la Vilaine vers le moulin du Comte, se succédaient sans interruption les prairies et les métairies de ce dernier couvent et des prieurés de Saint-Cyr et de Saint-Martin.

De la Vilaine aux remparts, le collège, l'hôtel de Kergus, les Grands Carmes et les Petites Ursulines occupaient toute la partie orientale des vieux quartiers de la rive gauche, possédant la majeure partie des rues Saint-Germain, Saint-Thomas, Vasselot et du Pré-Botté. Hors des murs, c'étaient, au S.-E., l'Hôpital général et son annexe des Incurables, propriétaires des vastes prairies qui s'étendaient de la rivière jusqu'au voisinage du Pré-Perché; vers l'ouest, le couvent du Colombier, ses dépendances et celles des Grands Carmes bordaient les remparts, depuis la rue de Nantes jusqu'au faubourg Saint-Hélier, touchant, au sud, aux terres du prieuré de Beaumont et de Kergus (maison de Lorette), et avoisinant, à l'ouest, la maison des Dames Budes.

3 églises paroissiales (Saint-Sauveur, Saint-Germain et Toussaints) et la cathédrale s'élevaient dans l'ancienne enceinte de la ville, et 6 autres au dehors (SaintEtienne, Saint-Martin, Saint-Aubin, Saint-Jean, Saint-Pierre en Saint-Georges et Saint-Hélier). Trois d'entre elles, Toussaints, Saint-Aubin et Saint-Germain, étaient largement dotées d'immeubles dans ieur voisinage.

Les campagnes ne connaissaient guère que le clergé paroissial. Nous n'avons d'autres grands établissements à citer, dans le district de Rennes, que l'abbaye de SaintSulpice-la-Forêt et le couvent des Ursulines de Hédé, dans le district de Fougères, que le monastère des Cordeliers de la Forêt, en Landéan, et, dans le district de Vitré, que la collégiale de Champeaux; aucun autre établissement scolaire que les écoles de village, aucun autre hôpital que les trois modestes maisons de Chantepie, de Hédé et de Vezin, abritant chacune quatre lits au plus.

Quelle était l'importance du personnel ecclésiastique de la région? On ne saurait l'évaluer exactement. L'église de Rennes, son chapitre, et les deux collégiales de Vitré et de Champeaux, comptaient, outre l'évêque, 5 dignitaires sans canonicat, 38 chanoines et 9 clercs; 160 religieux et 650 religieuses, au plus, occupaient les abbayes, les communautés, les hôpitaux et quelques rares écoles et maisons d'assistance: 143 recteurs et 169 vicaires desservaient les églises paroissiales. Les collèges et Kergus comptaient une vingtaine de régents ecclésiastiques; les hôpitaux et les communautés de femmes, de 30 à 40 chapelains. Mais combien de prêtres encore vivaient des offices des grandes paroisses, des chapellenies, fondations et petits bénéfices de diverse sorte, ou même simplement d'un casuel précaire (1) ?

Au total, un personnel ecclésiastique de 1.300 à 1.400 personnes occupait nos trois districts, dont la population ne devait pas dépasser de beaucoup 200.000 habitants. Les religieuses formaient près de la moitié, et le clergé régulier près des trois cinquièmes de ce personnel.

(1) L'abbaye de Rillé, le prieuré conventuel de Saint-Melaine de Vitré et la plupart des autres prieurés étaient en commende.

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