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place à la seconde assemblée qu'on a appellée législative, le premier soin de d'Orléans, rentré dans la société, fut d'obtenir l'accomplissement des vues qu'il avoit depuis longtems sur Santerre et sur Pétion. Se croyant sûr de porter ce dernier à la mairie, il l'envoya avec Voidel à Londres, pour qu'ils y rouvrissent de nouveau des magasins propres à recevoir les bleds que les conjurés se proposoient d'exporter encore de France. La marquise de Sillery et les enfans du prince accompagnèrent Pétion et Voidel dans ce voyage.

Les vues de d'Orléans ne furent pas trompées : la Fayette pour obéir à l'acte consti. tutionnel qui ordonnoit une nouvelle organisation de la garde nationale, abandonna le commandement de cette garde. Chaque chef de division devoit la commander à tour de rôle, mais par les menées des orléanistes ainsi que je le dirai bientôt, elle finit par tomber sous les ordres du seul Santerre.

Bailly que cette division du commandement de la force publique n'accommodoit pas, et qui craignoit de ne pas retrouver cette harmonie qui avoit toujours régné entre lui et la Fayette, parla aussi de faire retraite. Ce fut alors que d'Orléans qui depuis long-tenis regrettoit d'avoir été obligé d'abandonner la clef des greniers, songea à la reconquérir en faisant nommer un maire à sa dévotion.

Dès qu'il fut assuré des intentions de Bailly, il envoya avis à Pétion de repasser

sur-le-champ la mer. Celui-ci- accourut en effet. Les assignats furent répandus avec la plus scandaleuse profusion; on gagna les suffrages de la canaille, et on repoussa par la terreur ceux des gens de bien. Les citoyens honnêtes de la capitale s'abstinrent de paroître dans les sections, et Périon se trouva porté à la mairie, par une majorité de fix mille votans. Un aussi petit nombre d'électeurs dans une des villes les plus peuplées du monde, donne une idée de la force des intrigues qu'on employa pour pousser la créature de d'Orléans à une place qui dans les circonstances où l'on se trouvoit, étoit peutêtre la plus importante de tout l'Empire. Il est assez croyable que si la liberté des Parisiens n'eût pas été gênée dans cette élection, ils eussent donné la préférence à l'un d'entr'eux, et non à un homme qui né à Chartres, et y ayant toujours demeuré, n'étoit pour eux qu'un étranger.

D'Orléans comme je l'ai dir, en achetant la mairie pour Périon, avoit eu principalement en vue de se rendre de nouveau maître des subsistances, et par leur moyen d'exci. ter à volonté ainsi qu'il l'avoit fait autrefois, des insurrections populaires. Mais les choses n'allèrent pas à cet égard au gré du prince. Bailly dans son discours de retraite, fit l'énumération des objets confiés à sun administration. Son compte fut simple, clair, et à l'abri de toute contestation. On étoit alors au 12 novembre 1791. Il déclara et

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prouva que les subsistances étoient dans le meilleur état ; que les magasins pouvoient nous conduire jusqu'au printems ; qu'à cette époque il en arriveroit quarante mille sacs, et qu'avec cette quantité on arriveroit au terme de la moisson.

Pétion présent au discours de Bailly, sourioit agréablement à cette énumération. Sa joie ne fut pas de longue durée. Le lendemain, Fileul et Montaran, administrateurs particuliers des subsistances, donnèrent leur démission. Le'surlendemain, le roi accompagné d'un seul offieier, se rendit à la Halleaux Bleds, Les gens qui y sont employés le reçurent avec des transports de joie, comme s'il eut été aux plus beaux jours de son règne. Il s'enquit avec intérêt, tľavec une sollicitude scrupuleuse, de l'état des subsistances. Dans le jour même, le département en eut irrévocablement l'administration. Cet événe. ment imprévu trompa les espérances de d'Or. léans.

Quelques jours : après, Pétion rendant compte par apperçu à la commune, des ob: jets confiés à sa gestion, ne put cacher son dépit. Il lui échappa de dire 'en parlant des subsistances. : “ .Je dois croire qu'elles sont en bon état d'après le compte de mon prédé. cesseur; mais le département s'étant emparé de cette branche d'administration, je vois qu'elle ne me regarde point."

On tenta d'arracher au département cet important dépôt. On mit en question à la

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cominune, şi l'adıninistration des subsis tance d'une grande ville ne devoit pas être attribuée exclusivement à la municipalité; mais le département tint ferme, et refusa constamment de se désaisir de l'administra. tion qui lui avoit été confiée par le roi. De-là naquit 'une guerre sanglante entre Pétion et le département, et dans cette guerre, les orléanistes n'oublioient pas que leur principal objęt étoit d'égorger la famille royale.

Ne pouvant accaparer les bleds, d'Orléans acca para le sucre, mais cette denrée n'étant pas de première nécessité, le peuple ne prit pas un assez vif intérêt aux manèges qui se firent à cet égard, pour se porter à une de ces insurrections générales qu'on vouloit exciter, à dessein de perdre Louis et sa famille.

On eut recours à une autre ruse : 'pendant plusieurs jours la municipalité fut environnée de cinq à six cents bandits, qui demandoient à grands cris qu'on réduisit le prix dy pain, ainsi que celui du vin, et qu'on contraignît le département à se désaisir des subsistances.

Ce nouveau moyen n'ayant produit que de l'inquiétude et du trouble pour toute la ville, on souleva le fauxbourg Saint-Marceau ; quelques boutiques dans ce fauxbourg furent pillées. C'est à quoi se réduisit cette sédition qu'on ne put jainais diriger contre le château.

Il fallut changer de batterie : le départes,

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ment avoit bien l'administration des subsis. tances, mais il manquoit dans Paris de magasins pour faire des provisions de longue durée. On entreprit donc d'empêcher l'arrivée des bleds dans Paris. On sema des craintes parmi les habitans des campagnes ; on leur donna des allarmes sur leur subsis, tance, on les engagea à retenir leurs bleds, C'étoit un moyen infaillible d'affamer Paris, Au sein du désordre qu'auroit engendré cette famine, on eût égorgé les administrateurs, et avec eux le roi que les orléanistes ne cessoienr d'accuser de s'être ligué avec le département, pour accaparer les bleds.

Ces horribles menées eurent quelque succès. Il y eut de grands désordres, notamment à Evreux, à Etampes, à Corbeil. Un des ministres du roi voulant être autorisé par les orléanistes mêmes, à mettre fin à ce 'brigandage, s'énonça ainsi dans une proclamation : "On prépare un grand complot, car Paris est cerné; il l'est par des meneurs qu'on désignoit autrefois sous la qualification de gens de distinction. On les reconnoit à leur language, et au beau linge qu'ils portent sous des haillons."

Les orateurs de l'assemblée législative saisirent cette occasion pour s'emporter en déo, clamations contre ce qu'ils appelloient l'arisrocratie et le fanatisme des prêtres. Les esprits étant suffisamment échauffés par ces déclamations, les ministres représelitèrent qu'il étoit donc urgent de réprimer et cette

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