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à qui nous avons donné notre confiance. En eft-il done qui auroiens fitôt oublié les droits facrés de l'homme, le droit qu'a le peuple de rappeler dans fes foyers celui qui, dans le fanctuaire de la république, ne marcheroit pas à la hauteur des principes qui la caractéritent?

Mais, dira-t-on, Paris femble vouloir s'ifoler? Calomnie infultante! vain prétexte, dont s'appuient les détracteurs de la vérité. Paris a fait fes preuves: il a commencé la révolution, & foutenu héroiquement les horreurs de la tempête; la France entiére applaudit à ses efforts, & la république aujourd'hui, après en avoir reçu l'impulfion, va la donner au refte de la terre, & bientôt toute la terre ne fera plus qu'un peuple de Français.

» Législateurs, les hommes font là qui vous contemplent », On voit par les interruptions faites à cette adreffe, par la motion qui s'eft fait entendre au milieu du tumulte, la preuve de ce que nous avons déjà dit, que les factieux de la convention cherchent à furprendre la bonne foi de leurs collègues, & à enlever le décret de a garde prétorienne à la première circonftance favorable; ils ont cru qu'elle fe préfentoit, & que, parce que les fections leur reprochoient d'avoir propofé de mettre l'affemblée au niveau des tyrans, l'affemblée devoit faire caufe commune avec eux devoit fe trouver outragée comme eux; ils fe font démafqués & nous ont rendu fervice.

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Nous n'approuvons pas en tout cette adreffe; nous ne la trouvons pas affez forte en raifons; & ceux qui difoient point de mots, des chofes, ont, à ce qu'il nous paroît, oublié leur principe: cependant le ton en est bon; il n'y a rien dans cette adreffe d'outrageant pour la convention nationale; il n'y a aucune personnalité : les fections de Paris ne cherchent point, comme on les en accuse, à s'élever au-deffus des quatre-vingt-deux départemens; elles défendent au contraire les droits de la république entière. Si elles appellent odieux le projet de garde prétorienne, c'eft qu'il l'eft en effet; c'est qu'un républicain doit nommer les chofes leur nom; par c'eft qu'il ne faut pas que nous encenfions la convention nationale; c'eft qu'il ne faut pas que nous flagornions nos mandataires, en adoptant un langage doucereux & modéré. En difant la vérité fans détour, les Parifiens n'ont point pris un ton impératif, ils n'ont point eu l'ambition de donner des ordres, mais de faire des représentations énergiques & vigoureufes; & l'on ne conçoit pas

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comment le préfident Guadet a ofé leur adreffer cette réponse-ci :

«Citoyens, c'eft ici que réfide l'exercice des droits de la fouveraineté du peuple. La convention nationale entendra toujours avec intérêt les obfervations des citoyens & leurs confeils, mais elle promet auffi que d'ordres elle n'en recevra que de la France entière & de la justice. La convention nationale vous accorde les honneurs de la féance ».

Lorsqu'on fait entendre aux gens que l'on n'a point d'ordre à recevoir d'eux, on eft lâche ou infolent. S'ils ofent en donner fans en avoir le droit, on eft lâche lorfqu'on n'a pas le courage de le leur reprocher en face; car alors on craint ceux dont on n'a rien à craindre, dont on eft le fupérieur; mais on eft infolent, lorfqu'à des gens qui ne donnent point d'ordres, on fait le reproche indirect d'en donner; c'eft leur dire : Gardez vos avis, nous n'en avons que faire ou fi vous hafardez quelques représentations, qu'elles foient humbles & refpectueufes; autrement, nous les regarderons comme des ordres & ne les recevrons pas.

Citoyens, voyez où cela peut mener. Si réellement une autre fois on baife le ton, c'eft-à-dire, fi par ménagement on énerve la force de fes expreffions, fi on les affaisonne des formes de l'ancien régime, qui empêchera de trouver encore les expreffions trop fortes, de faire entendre encore qu'on n'a pas d'ordre à recevoir, jufqu'à ce qu'on nous ait réduits enfin au langage des bas valets de l'ancien régime, ou à un filence abfolu?

Il nous femble que cette réponse du préfident eft un attentat contre la majefté du peuple; attentat que l'affemblée partage, puifqu'elle ne l'a pas improuvé. Si les factieux qui feignent de tant craindre la ville de Paris la traitent ainfi, que ne doivent pas craindre réellement les départemens, qui, éloignés de la convention nationale, n'ayant pas fous leurs yeux, comme nous, les intrigues qui s'y nouent, font mcins redoutables pour elle? Voilà le premier pas fait, le premier coup d'autorité effayé fur Paris. Si jamais quelques départemens envoient à la convention autre chofe que des adhésions, s'ils ofent parler en républicains, fe fouvenir qu'ils font une portion du fouverain, & qu'après tout les députés ne font que des mandataires chargés de propofer des loix, & non de les faire, la faction ne les épargnera pas, & fous prétexte de

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n'avoir point d'ordres à recevoir, fermera la bouche aux pé

titionnaires.

Nous n'avons infifté que fur la réponse du préfident; elle feule a un caractère public. Nous aurions pu relever une foule d'expreffions injurieufes qui pleuvoient fur la députation des fections pendant l'orage & le tumulte'; mais on fait que les factieux, au défaut de raifons, prodiguent les injures, & il ne faut pas attribuer à la convention ce qui n'eft pas fon ouvrage. Cependant quel danger n'y a-t-il pas de tolérer de tels abus?

Ce qui montre combien la réponse du préfident eft dangereufe, c'eft qu'elle a déjà produit fon effet. Quatre fections la Fontaine-Grenelle, la butte des Moulins, Mirabeau & Popincourt, font venues apporter leur rétractation, demander grace & abfolution. Ce qu'il y a de fingulier, c'eft que la fection de la Fontaine de Grenelle, en foutenant qu'elle n'a pas coopéré à cette adreffe, en défend les principes; elle fupplie l'aflemblée d'écarter le projet d'une garde militaire; mais elle blâme le ton des Parifiens, elle défapprouve les formes de cette adreffe. Ces formes font un peu trop républicaines pour elle, ainfi que pour les factieux de la convention. Oui, c'eft par les formes qu'on veut nous critiquer d'abord on veut les adoucir, les amollir, leur ôter cette rudeffe, cette âpreté qu'y avoient donné les premiers élans de la liberté. Après cela, on compte venir aifément à bout de nous pour le fonds.

Toutes les fections de Paris font travaillées comme le font tous les départemens. Les quinze premiers jours qui ont fuivi la journée du 10, avoient vu difparoître des affemblées les aristocrates, les royalistes, les intrigans; mais depuis quelques femaines, les intr gans de toutes efpèces ont reparu; ils fe montrent à découvert, ils propagent leurs principes; fous le mafque du bien public, ils lient la multitude à leur intérêt, & fe tiennent entre eux par le même lien. Nous espérons que ni à Paris, ni dans les départemens, ils ne pourront réuffir, & c'eft pour épouvanter par leur première délaite drions que l'affemblée conventionale s'occupât du projet de la garde, & prononçât inceffamment. Nous défirons, comme l'a dit le déput Monteaux, qu'on aborde loyalement cette queftion, qu'on déclare enfin fi l'affemblée eft environnée d'aflaffins, ou fi elle eft au milieu de fes conci

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les

que nous vou

toyens

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toyens & de fes amis. Nous ajouterons à ces paroles fages qu'il importe auffi de connoître au plustôt les tactieux qui fe cachen: encore.

fon ina

Buzot, qui ne fe cache pas, nous a promis qu'il diroit de belles chofes, fans doute du même ftyle que gitique rapport; & d'avance il a dit très - finement, quoiqu'affurément dans un autre fens que nous: On verra, on verra quels font les vrais amis de la liberté & de l'unité de la république. Cependant comme il a une tacique très profonde, il avoue qu'il y a d'autres objets plus preffans à traiter; ce qui, dans le langage de Buzot, fignifie: La poire n'eft pas mure encore.

Voilà donc un grand orateur qui s'infcrit pour la parole. en faveur de la garde prétorienne. Un autre s'eft inferit enfuite; il a contract folennellement l'engagement, à la tribune, de réfuter toutes les objections miferables qu'on avoit debitées emphatiqueme t, & toutes celles du même genre, qu'on ne manquera pas de reproduire. Comme il eft inodefte, Barbaroux!

Ce qu'il y a de plaifant, c'eft que ces meffieurs nous promettent les meilleurs raifonnemens du monde, &, en attendant, n'en font pas un bon. Barbaroux s'écrie : « Ce n'eft pas en difant : vous voulez vous donner une garde; mais la convention nationale ne doit être gardée que par l'eftime publique : ce n'eft pas avec des phrafes pareilles qu'on traite utilement une queftion » ; & voilà toutes les raifons qu'il donne. Il ajoute comme fon fublime maître on verra quand on l'agitera.

vais cœur,

Le jeune Barbaroux, qui n'a pas cependant un maumais qu'un défaut de lumières & une tête trop ardente a jeté dans le mauvais parti, avant le difcours que nous avons rapporté, avoit déjà tâché de donner à la tribune une réputation odieufe à Paris, en difant Un bataillon eft parti de Marseille il y a vingt-cinq jours; je ne fais ce qu'il eft devenu; mais je ne crois pas que les Parifiens repouffent aujourd'hui loin d'eux des compagnons d'armes qu'ils ont bien accueillis dans le temps du danger.

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Nous ne le chicanerons pas relativement à fon ignorance fur ce bataillon qu'il nous avoit annoncé fi hautement au commencement de la convention, & dont il avoit dit que chaque foldat tout armé, tout équipé, avoit cinq cents livres dans fa poche. On affure que ce N°. 172. Tome 14.

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que

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il

bataillon, avant de partir de Lyon, fut obligé d'emprunter vingt mille francs & dans le trajet envoya devant lui fon adjudant au miniftre, pour lui demander l'étape pour le refte de fa route; ce qui lui fut accordé.

On s'étoit plu à répandre que ce bataillon venoit pour former la garde de la convention; mais nous avions, nous, mille raifons pour être sûrs du contraire. Le patriotifme & la prudence des Marfeillois auroit fuffi pour nous diffuader; nous favions, & Barbaroux nous l'avoit appris lui-même, qu'ils étoient partis pour aller à la frontière; qu'ils étoient partis avant qu'on fongeât à une garde de la convention; & d'ailleurs, pour une quinzaine de députés, il n'auroit pas fallu huic cents hommes.

Mais d'après l'ignorance affectée de Barbaroux fur ce qu'eft devenu ce bataillon, d'après fon changement de deftination opéré par le miniftère, dont tous les membres ne font pas étrangers à la faction, d'après les craintes que Barbaroux feint d'avoir fur la réception des Marfeillois à Paris, il nous paroît clair que l'on avoit trompé les Marfeillois, qu'on nous avoit présentés à leurs yeux comme n'étant plus leurs amis, comme étant les ennemis des loix & de la république entière.

Ils font arrivés à Paris l'efprit fi imbu des calomnies dont on nous avoit noircis fans pudeur, qu'en entrant dans nos murs, ils ont été tout étonnés de voir le calme & la tranquillité qui y règne, de voir le peuple fe livrer à fes travaux comme à l'ordinaire, & ne se mêler des affaires publiques que pour en protéger le cours; ils n'ont pu cacher leur furprife, & nous ne doutons pas qu'il ne fe hâtent de détruire, dans leurs départemens, l'impreffion défavantageufe que les malveillans ont jetée fur nous, & de dire qu'ils ont été reçus comme des frères (1).

où ils

(1) Il eft vrai que pour leur faire croire que les Parifiens les voyoient de mauvais œil, on les a cafernés d'abord dans des lieux ouverts à tous les vents, avoient à peine de la paille fraîche; mais dès que les Parifiens on vu comment on traitoit ces foldats-citoyens, ils ont été les chercher & ont partagé leurs domiciles & leurs lits avec eux.

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