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>>mations des citoyens, étant fondées désor>> mais sur des principes simples et incontes» tables, tournent toujours au maintien de la » constitution et au bonheur de tous. >>

Quoiqu'une constitution ne soit pas précédée d'une déclaration des droits de l'homme, ils n'en sont pas moins sacrés : c'est sous la condition tacite d'en jouir que l'union ait été consentie; quelque long temps qu'on en a été privé, ils peuvent toujours être réclamés, comme assurés par la nature et imprescriptibles. Je ne ferai pas ici l'énumération des droits que l'homme entend conserver en se soumettant à l'autorité souveraine, parce qu'ils sont si constants, si généralement aperçus à l'aide des simples lumières de la raison, qu'il serait superflu de les expliquer dans un traité purement élémentaire. Je me contenterai d'en indiquer les bases.

La source de toute souveraineté est dans le le corps social. Tous ses membres sans distinction sont égaux devant la loi. On ne connaît de loi que le résultat de la volonté générale.. Chacun a le droit de faire ce qui n'est pas défendu par la loi. Elle ne prohibe que ce qui

est nuisible à autrui. Elle ne commande que ce qui est utile au corps social. Elle laisse à tous la liberté de manifester leurs pensées sans offenser personne. Elle tolère toutes les opinions. religieuses dont la manifestation ne trouble point l'ordre public. Elle répartit les charges entre tous les citoyens sans aucune exception, en proportion de leurs facultés. Elle rend responsables les dépositaires de l'autorité, parce qu'ils ne sont tous que des mandataires du peuple. Elle veille à la sûreté des personnes et des propriétés. Nul ne peut être privé de sa liberté sans jugement préalable. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour raison d'utilité publique, et après avoir reçu une juste indemnité. Toute loi qui porte atteinte aux droits imprescriptibles de l'homme est oppressive.

S II.

De l'égalité des droits.

Les hommes ne naissent pas avec les mêmes facultés corporelles et intellectuelles. De là les différences qui existent entr'eux pour la santé, la force, les talents et les richesses. La nature ayant établi ces inégalités, elles sont

aussi nécessaires à l'ordre social que la différence de longueur ou de grosseur est indispensable entre les cordes d'un instrument de musique. Mais plus la nature, pour l'harmonie sociale, a établi d'inégalité entre les facultés qu'elle donne à chaque individu, plus elle vent impérieusement que chacun jouisse également du libre exercice de ces mêmes facultés. Cette vérité est si évidente qu'elle a donné lieu à cet axiome devenu populaire, tant il est généralement senti: tous les hommes naissent égaux en droits; c'est-à-dire, que la nature n'accorde pas aux individus qui sont nés de tels parents, plus de prérogatives qu'à ceux qui ont reçu le jour de tels autres parents. Tous indistinctement participent également au droit naturel qui leur impose les mêmes devoirs, et leur donne la même liberté d'exercer leurs facultés corporelles et intellectuelles. Les distinctions fondées sur la naissance, et qu'on remarque dans les états où la liberté politique n'est pas encore complète, ne sont donc que des institutions abusives faites des hommes qui, ayant acquis sur leurs semblables une grande supériorité de puissance, ont voulu faire croire qu'ils étaient d'une race différente.

par

Ainsi l'inégalité de richesses et de considétion est juste quand elle est le résultat nécessaire de l'emploi légitime que chacun fait de ses facultés. Toutes les distinctions sociales qui n'ont pas cette source unique, sont donc autant d'usurpations sur la liberté politique de la nation. Une autre vérité non moins évidente est que le droit positif, celui que les hommes établissent pour les besoins de la société, doit se borner à modifier le droit naturel ou à y ajouter, sans jamais lui être contraire, comme on l'a démontré au chapitre III. Or, tous les hommes étant nés égaux en droits, aucune institution sociale ne peut détruire cette égalité sans contrevenir aux volontés de la nature. L'exemple de ce qui se passe chez la plupart des peuples n'est point une autorité contre les vrais principes; il atteste seulement que les nations où sont établies des distinctions héréditaires conservent encore des préjugés ; qu'elles ne sont pas encore parvenues à l'entier perfectionnement de leur gouvernement, et qu'elles ne jouissent pas encore de la plénitude de leur liberté politique. Elles arriveront un jour, parce que c'est l'impulsion de la nature, et que les institutions humaines, même les moins parfaites, finissent

y

nécessairement par s'améliorer. Le voeu du philosophe patriote est que les changements s'effectuent sans secousses violentes, sans effusion de sang.

Les distinctions sociales ne sont raisonnables que quand elles sont la récompense de services. rendus à l'état; autrement elles deviènent odieuses au peuple. Il faut donc qu'elles ne soient accordées qu'aux seuls individus qui ont fait quelque chose d'utile à la société. En gratifier leur postérité, c'est manquer le but qu'on doit toujours se proposer dans la répartition des récompenses. D'ailleurs, si elles passaient aux héritiers, ceux-ci, comme l'expérience ne le prouve que trop, se croiraient dispensés de les mériter à leur tour, ou du moins ils n'auraient pas l'émulation qu'elles doivent exciter dans tous les citoyens. Comment avoir le désir de travailler à obtenir des marques honorifiques, dont on se trouve avantagé en naissant?

On dira peut-être que les distinctions héréditaires sont une glorieuse tâche donnée aux enfants des citoyens qui ont bien mérité de la patrie. Mais est-il raisonnable d'imposer une

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