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tres sortes de guerres bien plus cruelles, tout en déchirant le sein de la patrie, ont encore empêché le peuple de s'occuper de ses véritables droits. Je veux parler des guerres de religion, qui ont si long-temps armé les citoyens les uns contre les autres. Tant de sang français répandu si injustement par des mains françaises, pour de vaines discussions théologiques, prouvent combien il est contraire à la raison de vouloir maîtriser les opinions religieuses. Le gouvernement n'est pas chargé d'enseigner aux hommes ce qu'ils doivent croire sur les attributs de la divinité ses fonctions se bornent à faire exécuter ce qui est prescrit à chaque citoyen dans le for extérieur, pour le maintien de l'ordre social.

Vainqueur de la ligue, Henri IV dont le peuple chérissait les belles qualités, imposait par ses talents militaires aux chefs de tous les partis. Sous la minorité de son fils, Louis XIII, ils voulurent se montrer; et de tous côtés on demanda les états-généraux dont l'ouverture se fit à Paris le 21 octobre 1614. Le peu d'accord qu'il y avait entre les trois ordres dont les intérêts étaient opposés, fut cause que cette assemblée qui

dura quatre mois, se sépara sans rien ar rêter. Elle se contenta de nommer plusieurs de ses membres pour suivre près des com missaires du roi, les demandes que chaque ordre avait formées. Lassés de l'inutilité des conférencés que la cour faisait traîner en longueur, les députés se retirèrent, persuadés qu'on ne voulait rien accorder. Chaque ordre se consola, voyant que les deux autres n'avaient pas mieux réussi. La faiblesse du gouvernement aurait infalliblement occasionné de nouveaux mouvements, si un ministre, né avec un désir immodéré de dominer, et une grande inflexibilité de caractère, ne se fût emparé de l'autorité. On sait ́avec quel despotisme le cardinal de Richelieu régna sous le nom du roi, dont il fit un instrument passif de ses volontés.

Sous la minorité de Louis XIV, les grands et le parlement de Paris voulurent se dédommager de l'asservissement où ils avaient été réduits sous le précédent ministère. L'union de deux partis qui naturellement se détestaient et n'avaient point en vue le bien public, ne put produire que la guerre de la fronde, aussi ridicule dans la manière dont

elle fut conduite, que méprisable dans son objet et inutile dans ses résultats.

Quand Louis XIV régna par lui-même, les factions perdirent tout espoir de se faire craindre, sous un monarque altier, jaloux de son autorité, et dont la magnificence au dedans, comme la gloire de ses armes au dehors éblouirent et subjuguèrent la nation. Elle se trouva toute habituée à l'obeissance servile, à l'époque où Louis XV, encore enfant, monta sur le trône c'est ce qui explique pourquoi il ne s'est élevé aucun trouble sous son règne, qui a commencé par une régence, et qui, pendant près de soixante ans, a été dirigé par des mains faibles, laissant tout aller au gré des intrigues. Il est vrai que les abus de l'autorité arbitraire, et le désordre des finances étant poussés à l'excès, faisaient déjà murmurer, lorsque Louis XV mourut en 1774. On crut voir dans son successeur un grand dévouement au bonheur de la nation, qui, en se livrant à l'espérance, attendit avec résignation les effets d'une meilleure administration.

§ V.

Du gouvernement sous Louis XVI.

A son avénement au trône, Louis XVI trouva les trois pouvoirs de la souveraineté réunis dans ses mains, comme son prédécesseur les lui avait transmis. Il montra les plus grandes dispositions à rétablir l'ordre dans les finances par de grandes économies. Le mal était excessif. Il trouva d'ailleurs une trop grande résistance dans les parlements, dont il croyait s'être assuré le dévouement : leur suppression avait été opérée pendant les dernières années du règne précédent. Le jeune Toi, qui avait renouvelé le ministère, vou lant être agréable à la nation, avait rappelé ces compagnies : un triomphe si peu attendu ne les rendit que plus audacieuses. Elles s'obstinèrent avec éclat à refuser l'enregistrement de deux édits bursaux que le gouvernement regardait comme une ressource salutaire. Pour arriver à son but sans la participation des parlements, le ministère, pensant aussi gagner l'opinion publique, appela près du trône les notables du royaume. Le parti par

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lementaire n'eut qu'une très-faible influence sur cette assemblée ; mais il en conserva assez pour empêcher d'y prendre aucune résolution. En même temps, dans la vue de déjouer entièrement les projets de la cour, et de se rendre populaire, il provoqua hautement les étatsgénéraux. Il était loin de prévoir qu'il courait à sa ruine. La nation, sans croire au patriotisme des corps de judicature, se joignit à eux pour demander la réunion de ses députés. Elle n'avait jamais cessé de regretter le droit de faire les lois, et de voter les impôts par ses représentants. Un cri général demandait les états-généraux, qui n'avaient pas été assemblés depuis 1614. Il fallut donc les convoquer, puisqu'il devenait impossible de régler quelque chose avec les notables.

A la fin du dix-huitième siècle, l'instruction se trouvait répandue dans toutes les classes de la société; on n'était plus dans ces temps où l'ignorance livrait le peuple aux passions de quiconque savait le tromper. L'invention de l'imprimerie, qui date du milieu du quinzième siècle, sous Charles VII, avait procuré un moyen facile d'étendre les connaissances et d'exercer toutes les facultés intellectuelles.

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