Page images
PDF
EPUB

fiefs relevant des ducs et des comtes. Il devait en résulter une grande force féodale; mais il ne pouvait en disposer qu'autant que ses grands vassaux voulaient bien unir leurs intérêts aux siens; et s'ils refusaient d'obéir, de ces véritables rébellions naissaient des guerres où le roi n'avait pas toujours l'avantage. Entr'eux, les seigneurs pouvaient-ils se trouver dans une situation plus tranquille, quand les armes décidaient de tout, même des décrets de la justice? Les plus faibles étaient obligés de suivre les caprices des plus forts.

Dans une lutte pareille, on pense bien que le clergé, dont les biens avaient servi à fonder le système féodal, ne participait à aucun des droits de suzeraineté. A l'exception de quelques prélats qui avaient obtenu le titre de duc ou de comte de leurs villes, tous les autres se virent les vassaux des seigneurs sur lesquels ils avaient eu autrefois la supériorité. Mais ils ne tardèrent pas à se dédommager par une augmentation d'autorité et de revenu. L'ignorance où se trouvaient plongés des hommes toujours armés, la mauvaise manière dont ils administraient la justice à leurs vassaux et à leurs sujets, faisaient désirer généralement d'être jugé

par les tribunaux ecclésiastiques. C'était un moyen pour le clergé de reprendre quelqu'as-cendant; il en profita en attirant à sa jurisdiction presque la totalité des contestations : il disait que tout procès présente un plaideur dont la cause est injuste, ce qui est un péché toujours du ressort de la religion. Par ce sophisme, que la grossièreté et la superstition des temps ne permetiaient pas de réfuter, le clergé étendit tellement son pouvoir judiciaire, que les émoluments qu'il en tira, devinrent pour lui une source de richesses. Il acquit aussi par là un grand pouvoir, non-seulement sur le peuple, mais encore sur les seigneurs euxmêmes , non moins ignorants, et dont il ruina les cours de justice.

Tandis que la noblesse dominait, et que le clergé qu'elle avait dépouillé s'en dédommageait par des usurpations d'autorité, le peuple n'en était que plus opprimé par l'un et plus trompé par l'autre. Sa situation était si misérable qu'on ne distinguait presque plus l'homme libre de celui qui était serf, tant la tyrannie des seigneurs était excessive. Dans l'origine de tant de désordres, les habitants aisés des campa gnes s'étaient retirés dans les villes pour échap

per à la féodalité qui n'y était pas encore établie. Mais quand les comtés eurent été déclarés héréditaires, à la charge de la foi et hommage, les titulaires exercèrent les droits seigneuriaux dans toutes les villes où ils commandaient. De là, les taxes et les autres vexations qui furent établies sur les marchandises qu'on faisait entrer, ou qu'on exposait aux marchés.

Quelque vicieux que fût le régime féodal, il subsista long-temps, parce qu'il était fondé sur des bases qui ne purent être détruites que peu á peu. Elles consistaient principalement dans l'asservissement du peuple, la force militaire des seigneurs, leur pouvoir judiciaire et le droit de faire la guerre, qu'ils exerçaient à volonté. La politique des rois tendit constamment à miner ces quatre principes du système féodal; et c'est quand ils eurent réussi, que le gouvernement put être appelé monarchique. Cette révolution ne commença que sous Louis VI dit le Gros, dans le douzième siècle,

Appauvris par les guerres qu'ils se livraient entr'eux, la plupart des seigneurs, pour se faire des ressources, entraient à main armée sur les terres de leurs voisins, pillaient les habitants,

et mettaient les passants à contribution sur les grands chemins. Louis le Gros, dont les domaines éprouvèrent ces désordres, vendit aux habitants des villes et des bourgs situés dans l'étendue de sa souveraineté, le droit de commune. On considéra alors comme faveur et privilége, ce qui était de droit naturel. Les habitants d'une même cité ne tiènent-ils pas. de la nature elle-même la faculté de s'assembler pour délibérer sur leurs affaires communes, et les régir au gré de la volonté générale? A l'exemple du roi, les seigneurs pres-. que tous ruinés, songeant plutôt au rétablissement de leurs finances qu'au maintien de leur puissance, n'hésitèrent pas à vendre aussi des chartes d'affranchissement aux villes et bourgs de leur dépendance..

Le but de l'établissement des communes étant de résister aux incursions des seigneurs voisins, il fallut bien accorder aux bourgeois la faculté de se former en milice et de défendre leurs fortifications. Ce n'était pas toujours assez pour assurer la tranquillité des communes : quelquefois elles crurent devoir demander la garantie du roi, soit parce que leurs seigneurs n'étaient pas assez forts pour les aider à re

pousser des attaques, soit parce que leurs seigneurs eux-mêmes ne leur inspiraient pas assez de confiance, et qu'elles craignaient avec trop de raisonqu'ils ne commissent des infractions aux chartes qu'elles en recevaient. Dès que plusieurs seigneurs eurent consenti à laisser mettre leurs communes sous la protection du roi, il devint une règle de sa politique d'insinuer à toutes les communes de réclamer sa garantie. C'est ainsi qu'à mesure de la diminution de l'esclavage du peuple, les rois s'immiscèrent dans l'administration des seigneurs, et y introduisirent l'autorité monarchique. Ainsi se détruisit le premier soutien du système féodal.

Sous Philippe II, dit Auguste, au commencement du treizième siècle, l'égalité de force qui existait entre le roi et les grands vassaux, fut rompue en faveur de ce prince, lorsqu'il cut confisqué tous les domaines que Jean-sansTerre possédait en France. Par ce coup hardi, Philippe Auguste ajouta à sa couronne la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Touraine, le Poitou, l'Auvergne, le Vermandois et l'Artois. Aucun des grands seigneurs ne pouvait plus

esurer ses forces avec celles du roi, qui d'ail

« PreviousContinue »