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Ren.de Prar,

Fête de la liberta'

11. P. 160

LIBERTÉE

Le Peuple de Parir rietunt rassemble aree un grand nomina de Savoirien a la Place ite la revolutron ou l'on avoit place la statue de la hberte vur le liedarul de lucr XT on chanía un Hymne a la liberteien l'honneur de la liberation dar liwowier,

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que son maître n'est plus roi, n'équivalent pas le sacrifice de la liberté. La fæur de Louis XVI & la femme, fon fils & sa fille logent au-dessous de lui. Médicis-Antoinette voit son mari trois fois par jour, & une heure cleaque fois. Le matin, l'officer inunicipal de garde vient l'avertir que le déjeûner est prêt, à deux heures le dîner , à huit heures le touper. Elle monte à ces trois époques avec toute la famille. Le repas fait, on la prie de descendre; on ne leur permet point de fe parler bas ou par ligne. Des abat-jour garnissent toutes les croisées, ensorte que les détenus ne peuvent voir que le ciel , & ne communiquent point avec Ja terre. Louis Capet ne descend presque plus au jardin; il garde la chambre, & parle peu au municipal qui le surveille.

La fanté de Médicis-Antoinette ne paroit pas altérée, mais fes cheveux grisonnent avant l'âge. En descendant, elle ne manque jamais de fixer très-attentivement les trois sentinelles postées dans l'escalier sur son passage, espérant toujours rencontrer quelques agens secrets chargés de lui transmettre des avis intéreilans , mais elle en est réduite au langage des yeux. Il est défendu d'ouyrir la bouche devant elle , & de répondre à ses questions si elle' en halardoit. Les guichetiers, la tête couverte d'un bonnet rouge, ne se gênent point, & font tout le bruit qu'on peut faire en ouvrant ou terinant les portes de leurs prisonniers, garnies de gros verroux. Avant de parvenir à la pièce qu'habite Louis XVI, il y a trois portes à ouvrir, dont l'une est de fer. Médicis d'Autriche femrble ne pas prendre garde à tout cela; la fæur de Louis XVI observe le mêine maintien; le fils & la fille du ci-devant roi ont l'air de n'y pas penser. Leur mère leur a appris à chanter , & leur fait loavent ré péter à mi-voix l'ariette fameuse :

O Richard! ô mon roi!
L'univers t'abando.in,

Ces quatre personnages occupent la même pièce au premier étage, divisée en quatre parties. Au plafond de celle qui fert d'anti-chambre, eft fufpendu le bonnet de la liberté.

Médicis-Antoinette a pour femme de chambre une bonne vieille, dont le mari, fort honnête homme, & jadis commis aux barrières, couche dans le petit appartement du ci-devant prince royal. Au-dessus de celui de son père, on en prépare un avec beaucoup de foin & de recherche pour la femme & le reste de la famille : il est pratiqué dans une

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très-grande chambre qu'on a divisée en huit compartimens ou petits cabinets. L'intention de l'assemblée conventionale feroit-elle de laillier toute cette famille encore long-tempslà ? Et en effet les deux femmes paroient n'avoir pas perdu tout espuir d'une délivrance au moins lointaine. La grosse E ifabeth n'a p s encore pris le maintien modeste qui lied au m heur. N'ayant plus aumônier, ni chapelain, à l'exemple de ton fère, elle lit avec exactitude tout son breviaire , qu'on disoit jadis pour eux à si grands frais; elle s'en est procuré un complet en quatre parties. Dernièrement elle fit emplère d'une petite pacotille de livres pour la valeur de quinze à vingt Corset. Presque tous ces volumes font de devotion. On desireroit en elle va peu plus de cette humilité chrétienne dont elle doit trouver des leçons dans tes lectures pieuses. Sa niéce la copie parfaitement; cette petite eitrontée vient regarder l'officier municipal jusque tous le nez; son frère cadet en fait de même. Leur promière éducation a été fi mauvaise, si plate!

Mais ces manques de savoir vivre n'autorisent pas les citoyens sentinelles dans la tour, à s'y conduire comme s'ils étoient dans leurs corps de garde. La nuit, le jour , ils chantent à pleine voix, & danfent la carmagnole avec un bruit dont la famille captive ne doit rien perdre. Si leur intention est de mortifier leurs prisonniets, c'est très-mal vu. Une nation généreuse fans foiblesle, plaint les criminels avant de les frapper du glaive de la loi. Il y auroit de la lâcheté à pardonner à des scélérats, mais il y en a aussi à les molelter en attendant leur jugement, & quand ils font hors d'état de nuire.

Le valet de chambre de Louis Capet a entre les mains les décorations que son maître portoit sur ses habits quand il étoit roi. Cléry vient de consulter le conseil de sûreté du Tem;!e pour savoir à qui il doit remettre tous ces chiffons. Il a été arrêté de les faire passer à la convention. Notre avis feroit de les joindre aux petits drapeaux pris fur les émigrés, & dont on a décrété la brûlure en public par les mains du bourreau.

Nouvelles des armées.

Savoie. La rapidité de nos conquêtes dans ce pays tient du proNige, & nos fuccès sont presque effrayans. Un ancien disoit qu'on n'eft jamais plus près du maiheur, qu'au moment où l'on jouit du plus grand bonheur ; fi cet apophtegme est vrai, c'est à nous à ne pas nous laiiler enivrer par la joie , ni aveugler par la fortune, Tenons-nous par-tout sur nos gardes, & que nos généraux fur-tout prennent bien leurs précautions , & ne faliene rien au hasard,

Le général Antelme a en les mêmes avantages à Villefranche qu'à Nice & qu'à Montalban. Toutes ces différentes prises démone trent que la force des rois & de leurs valets ne consiste pas dans le nombre des soldats ou des bouches à feu qu'ils peuvent mettre en mouvement, ni même dans les reinparis qui les défendent, Elle git dans l'opinion. Quand l'opinion n'est pas éclai ée, c'est le moment de leur triomphe.; dès qu'on et parvenu à les connoître & à les estimer ce qu'ils valent, ils sont anéantis , & les etioits ime puiffans qu'ils font ne font que l'agonie de la mort. A Villefranche, cinquante Français épouvantert deux mille hommes qui tiennent la citadeile , & les forcent de se rendre à diicrétion. Il ne faut pourtant pas s'imaginer que le nom français Toit comme une tête de Médule qui pétritie las satellites des tyrans ; non, ce ro..c les Niçars qu'ils ont craints & non pas nous. Que peut faire une garrison, que peut faire une armée , lorsqu’lle a contre elle le peuple même qui l'entoure ? Nos succès ne prouvent rien, ou presque rien en faveur de notre courage; mais ils prouvent tout en faveur de notre cause. Cest la liberté qui a mis en Fuite les deux mille hommes qui défendoient Villefranche.

Il paroît que le roi larde faisoit comme le nôtre , il trompoit fa nation, mais d'une manière bien diferente. Le nôtre feignoit des préparatifs de guerre qu'il ne fai:oit pas : l'autre feignoit de n'en point faire, & en faisoit. Par-to: t on a trouvé la plus énorme quan-, tité de munitions de guerre & de bouche, cachée avec soin , derobée avec art aux yeux du peuple. C'est que le roitelet savcyard Cavoit bien que si les rois s'entendent entre eux, les peuples aujourd'hui s'entendent aulli.

On apprend que Paoli ayant fait une destente en Sardaigne, a été reçu avec aussi peu de réliftance, avec la même fraternité de la part des habitans de cette ile. Cela ne nous étonne point; car de tout temps les insulaires ont été encore plus amis de la liberté que les continentaux.

Genève. Ce n'est pas contre nous que l'aristocratie de Genève , que le conseil magnifique a demandé seize cents hommes aux Bera nois, mais contre le peuple même de Genève. La chofe eft atiez palpable ; car nous étions tout aulli maîtres d'entrer à Genève, & par conséquent tout aussi redoutables pour elle avant que de pailer dans la Savoie , puisque nous sommes limitrophes avec Genève , & que cette république est moins défendue encore de notre côté que du côté du Faucigny. Nous avons découvert l'artifice , & le pouvoir exécutif lui a rendu ruse pour ruse, en quoi il a eu tort. Il falloit dire au conseil magnifique : nous vous c a'gnons peu, vous & vos seize cents hommes, mais nous ne voulons pas que les Génevois aient à craindre des aritocrates. Ce n'est pas en vertu des traités que nous vous enjoignons de ne pas accepter de renfort, mais en vertu de la raison & de la junice éternelle. Montesquiou a été un peu plus franc que le pouvoir exécı tif ; il n'a pas caché ce motif qui étoit pour nous le premier de tous. Il n'a voulu ei tendre parler d'aucun accommodement, que la ville ne fût évacuée ; & le magnifique conseil & les seize cents hommes de Berne ont été obligés d'obéir très-poliment & très-promptement. Montesquiou à son tout n'a pas fait entrer les troupes dans la ville. Nous ne voulons que conserver l'indépendance des Génevois, qui font avez forts chez eux, dès que personne ne s'avisera de leur faire la loi. Y introduire des troupes, c'étoit un acte de souveraineté que nous ne pouvions nous arroger; nous avions assez de fautes anciennes à expier à leur égard. Nos rois avoient gatanti le gouvernement aristocratique de cette république. La con vention à renoncé à cette partie du traité : delt aux Génevois maintenant à faire le reste s'ils veulent.

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