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Le conseil exécutif a fait fagement, sans doute, de rap peler les commissaires qu'il avoit envoyés dans les partemens. Cette mesure générale étoit la seule qu'il pût prendre pour prévenir de grands maux : cependant s'il est beaucoup de ces commissaires qui aient prévariqué, il en est plusieurs ausfi qui ont rendu de grands services, & qui peuvent en rendre encore. Nous avons le plaisir d'en connoitre deux parmi ces derniers. A la réception de l'arrêté qui les rappeloit, nous avons vu les bons citoyens s’alariner de teur départ, & fe disposer à les redemander au conseil exécutif. D'après ces faits , nous invitons les patriotes des villes où se trouveroient des commissaires zélés autant que sages

non pas de ceux qui ont porté atteinte à la sûreté des personnes & violé les propriétés , mais de ceux qui ont rappelé à leur devoir les corps administratifs égarés ou malveillans, qui ont éclairé la conduite des chefs , qui ont prêché l'union aux citoyens , & fait aimer la discipline aux soldats ; nous invitons, dis-je, à faire connoître aux ministres ces hommes précieux , & à demander ou la confinuation de leurs pouvoirs , ou qu'il leur en soit donné de nouveaux , si leur' présence est encore utile dans les lieux où ils se trouveront. Il seroit poflible d'ahuser de ce moyen de réclamation mais l'erreur ne seroit pas de longue durée.

ARMÉ E DU Lettre du général Montesquiou au ministre de la guerre. Au camp des Marches, le 23 septembre 1792 , l'an quatrième de la liburté , & le premier de l'égalité. « C'est de Savoie, monsieur, que j'ai l'honneur de vous écrire ; je vais vous rendre compte des premières opérations que je vous avois annoncées ; elles ont eu un succès plus rapide que je n'avois osé espérer. Je vous ai instruit que

les Piémontais faisoient construire, à une portée de fusil de nos limites, vis-à-vis la gauche du feul débouché qui conduit en Savoie , trois redoutes dans un lieu connu sous le nom des Abimes de Mians. Ces redoutes presque entiérement terminées, étoient au moment de recevoir le canon qui devoit, avec celui du château des Marches, établir. un feu croisé sur le débouché de Chaperillan. Il n'y avoit pas un moment à perdre pour détruire ce moyen de détenise, avant qu'il fût porté à un point de perfection qui au

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roit nécesité 'une attaque langlante. En conséquence, j'ai donné etdre à M. Laroque, maréchal-de-camp, de marcher dans la nuit du 21 au 22, à la tête de douze conipagnies de grenadiers, de douze piquets de quatre ceats chaffeurs à pied, & de deux cents dragons. Le rendezvous de ces troupes a été à minuit à Chaperillan ; elles y ont prêté le serment de respecter les citoyens délarmés & les propriétés du pays où nous allions entrer , & d'être généreuses envers les ennemis qui leur rendroient les armes. Le détachement s’est mis en marche für deux colonnes, de manière à envelopper les monticules sur Jelquelles étoient fituées les redoutes que je voulois détruire ; & il devoit se trouver polté à la pointe du jour, de manière à couper la retraité aux Piémontais

. Ces dirpositions ont été contrariées par le temps affreux qu'il a fait toute la nuit & la plus grande partie de la journée. Cet inconvénient qu'il n'avoit pas été possible de prévoir, a retardé la marche du détachement , qui n'a pu être rendu avant le jour aux points indiqués ,' & les Piémon. tais ont eu le temps de se retirer 'avant d'être entiérement enveloppés. L'objet principal à cependant été rem. pli; les trois redoutes étoient occupées par nos troupes avant fept heures du matin ; tous les ouvrages , qui effectivement n'attendoient plus que le canon , & qui étoient prêts à le recevoir, ont été détruits dans la matinée. Il à été tiré quelques coups de fofi's; personne n'a éié blessé ; mais nous n'avons pu faire que trois prisonniers, dont un lieutenant de la légion Sarde.

» M. Laroque a conduit fon détachement avec autant d'ordre que d'intelligence, & les troupes ont montré la plus grande ardeur, ont observé le plus grand filence, la plus exacte discipline , & fe font conduites, vis-à-vis des Piémontais, avec la générosité & le défintéressement qui conviennent à un peuple libre. Il paroit que les Pićmoitais avoient établi tout leur lyftême de défensive sur le poste qui leur a été enlevé ; car. aussi - tôt qu'ils ont eu connoissance de cette expédition, ils ont , avec la plus grande précipitation , évacué les châteaux des Marches, de Bellegarde, d'Apremont & Notre-Dame de Mians. J'ai pris pofleflion de ces différens postes dans la journée.

» J'ai porté hier au soir, en avant du château des Marches , deux brigades d'infanterie, une brigade de draçons, & vingt pièces de canon ; j'ai fait marcher aujourd'hui deux autres brigades d'infanterie & une de ca

Valerie , avec le reste de l'artillerie. La célérité de cette opération coupe en deux parties l'armée piémontaile, dont une moitié s'est retirée sur Montmélian, tandis

que l'autre est obligée de se replier sur Annecy. Je vais continuer de poufier tous les poites qui garnislnient la frontière depuis Aprémont jusqu'à Saint-Geniez , afin d'ouvrir le pallage à l'avant-garde que j'avois laissée dans cette partie aux ordres de M. Caza-Bianca ; & j'ai lieu d'espérer que la première lettre que j'aurai l'honneur de vous écrire fera datée de Chambéry.

» Au moment que j'ai l'honneur de vous écrire, Montmélian vient d'ouvrir ses portes. Il, entre dans mon pros jet de porter une colonne sur la rive gauche de l'Isère, pour gagner Maurienne , & embarrafier la retraite des Piémontais; mais une crue subite de l'Isère ayant rompu hier le seul pont que j'ai sur cette rivière , m'empêcha de remplir ce te partie de mon projet ; je n'y ai cepen. dant pas renoncé; & fi, comme je l'espère, le pont ett rétabli demain, j'essaierai demain de me mettre en melure de poursuivre l'arrière-garde de l'armée piémontaise , fi, comme je le présume, elle exécute la retraite ; j'espère aussi que bientšo je vous annoncerai la prise de poiletfion de tout le pays, au nom de la nation & de la li-, berté françaises , jusqu'au bord du Lac de Genève.

» J'aurai l'honneur de vous rendre compte, dans ma première dépêche , de l'état du inagasın, des arnies & des munitions dont je me serại emparé. Les habitans nous ont reçus avec de grandes démontrations de joie , & nous avons paru au milieu d'eux plus en libérateurs qu'en ennemis

. Je ne pourrois trop ine louer de M. Antonio-Roley, lieutenant-général, qui avoit préparé cette opération , & qui en avoit afluré le succès par les précáutions les plus lages.

» Je me félicite de ce qu'un seul mouvement, heureusement combiné & exécuté avec précifion, a épargné un lang précieux, & nous a procuré tous les avantages d'une victoire. Je vous rends grace., moofieur , de m'avoir pro curé cetre manière de répondre à la calomnie ; c'est ainfi que j'aimerai toujours à la repouffer. Signe, le général de l'armée du Midi, MONTESQUIQU ».

Chamberry, le 25 septembre. * J'avois eu l'honneur de vous mander, monsicur, que

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