Page images
PDF
EPUB

par là, & comme nous avons dit, en décréter provisoirenent le concours', dès l'ouverture de la session du corps législatif; plusieurs déjà lui feroient parvenus dont il auroit pu profiter pour organiser l'éducation nationale.

Art. Vi. « La religion sera enseignée dans les temples, » par les ministres relpectifs des différens cultes ».

Ce dispositif fort sage remet les prêtres à leur place en leur ötant celle qu'ils ont eue jusqu'à présent dans nos établissemens d'éducation publique ; ils iront , s'ils veulent, donner des leçons en ville chez les citoyens qui en voudront, en vertu de la liberté des opinions ; mais du moins ils ne seront plus falariés par l'état, ni admis à concourir à la régénération des meurs & des études!

Cet article pourtant semble autoriser les conférences & les catéchismes dans les églises; & il eût été encore plus fage de ne pas en parler du tout. Le mot de religion n'avoit

que faire dans un décret consacré à des établissmen's civils & moraux.

M. Condorcet , dans l'article 8 , parle de livres de lecture , outre ceux dont'il a dijà fit mention. N'y auroit-il pas ici un double einploi de choles comme il y en a un de móts ?

Ne multiplions pas les livres ; l'affemblée nationale ne doit donner sa sanction qu'à un très-petit nombre ; qu'elle s'en tienne aux livres élémentaires : s'ils sont bien faits, ils peuvent valoir pendant lon-temps toute une bibliothèque de lecture.

« Tous les dimanches l'instituteur donnera une instruc» tion publique ».

Pourquoi dire tous les dimanches ? Il falloit éviter de rappeler les catéchismes ; & nous craignons bien que dans le fait ce qu'on propofe ici ne leur refiemble bientôt. Nous ne suivrons pas

le

rapporteur dans les divisions & subdivisions. Nous observerons seulement que la clasfification collégiale des profeilenrs des instituts, dont il ne pouvoit éviter la sécheresse , annonce une organisation trop ressemblante à l'ancien syftême de nos univerâtés. Pour ne pas faire mieux qu'elles, il ne falloit pas nous promettre pendant si long-temps un nouveau plan d'études qui ne produira de bon que cette première ferveur qui accompagne ordinairement les nouveaux établisseinens.

Il valoit mieux peut-être , en faisant main-bafle sur nos vieilles écoles de pédantisme & de préjugés religieux, abandonner l'instruction générale aux besoins réciproques du citoyen , & ne point s'en mêler , sauf le

[ocr errors]

droit de surveillance. Une comparaison-rendra notre idée plus sensible.

Il en est des études nationales comme de nos marchés publics; prelque aucun de ceux que voulut ouvrir l'ancien régime ne réutit. Ce n'est pas en prescrivant le quartier & la place, ce n'est pas en construisant à grands frais des hailes bien alignées, ou en donnant de gros gages à de nombreux infpecteurs qu'on fera venir le marchand & les denrées ; il ne faut pas tout cela aux places de commerce. Le commerce n'aime pas qu'on lui prefcrive rien, ou qu'on le gêne dans sa marche. Il fleurit où il se trouve libre ; il naît tout naturellement là où font rassemblés assez d'individus pour l'entretenir par la consommation. Qu'il foit foumis aux règles de la police, générale de l'endroit! le refie va de foi-même.

L'instruction publique devroit le mener ainsi : toutes ces nouvelles chaires instituées dans les colléges royaux & ailleurs ont commencé par des cours particuliers où Pon profite bien davantage', parce que le savant qui le fait n'a pour auditeurs que des gens qui veulent de la science en raison des honoraires qu'ene leur coûte. Ce démonstrateur n'a pas besoin d'etre gagé par l'état; le plus habile a le plus d'élèves. De même que dans un mar(aé, le détailleur qui a la marchandile la plus fraîche la plus saine , trouve le plus d'acheteurs.

Les cent dix inflituts & les neuf lycées qu'on propofe ici pour toute l'étendue de l'empire, & qu’on place dans de certaines villes à la portée du plus grand nombre des hasitans, offrent au premier coup-d'ail de grands avantiges. Il n'est pas poilible qu’un peuple reste dans les ténèbres , entouré d'un aulli grand nombre de fanaux. Mais si lors d'un ordre de choses où la nation n'étoit comptée pour rien dans les propres affaires, il falloit séveiller få stupidité , & la contraindre pour ainsi dire à séclairer; il n'en est pas de même aujourd'hui que chaque citoyen peut prétendre à tout, & doit payer de la personne & de fa tête en mille circonstances. Qu'on s'en repose sur le besoin qu'il éprouvera d'être au niveau de fes compatriotes en fait d'inftru&ion; mais il est probable

qu'il préféreroit pour guide & pour instituteur un homme de ton choix à celui qui lui est offert de la main des membres du conseil général d'un lycée, ou d'un inititut, ou d'unc fociété nationale.

Pour nous résumer, abandonnons l'enfance & la première jeunelle aux foins des parens. L'éducation domestique garantit long-temps les maurs,

Quant au reste de l'inftruction, le corps législatif pourroit s'en tenir à l'article X du titre VI, P. 79:

« L'assemblée nationale reconnoît le droit qu'ont les » citoyens de former des sociétés libres pour concourir » aux progrès des Sciences , des lettres & des arts ».

On comprendroit dans cet article les cours particuliers auxquels un père de famille enverroit ses fils, au moment où les lumières personnelles ne suffiroient plus pour compléter leur éducation. Dès-lors plus d'instituts, plus de lycées, plus de sociétés nationales, établissemens dispendieux, mais qui , nous le répétons avec confiance, ne tarderoient pas à devenir ce que sont devenus & nos colléges & nos académies & nos sociétés royales, lefquels ont commencé avec cette belle apparence qui frappe d'abord dans le rapport de MM. Tayllerand & Condorcet. Ne demandons au corps législatif que l'établissement de censeurs des études, un réglement de furveillance des études, & un concours pour des livres élémentaires.

Une belle éducation étoit jadis un objet de luxe. Une bonne éducation est aujourd'hui un objet de première néceflité. Il falloit jadis des colléges & des académies ; il nous faut maintenant des cours , non pas gratuits , mais bénévoles, & des maîtres suivis par ceux des citoyens qui s'accomoderont le mieux de leurs leçons ou de leur manière de les donner. C'est le moyen d'exciter l'émulation, de faire fleurir l'industrie de l'esprit humain, de répandre la lumière par-tout , la patrie , nous le répétons, fe faisant un devoir de tendre la main à ceux de ses enfans qui manqueraient de moyens pécuniaires pour at-, teindre à l'instruction.

Mais cette révolution dans les études nationales ne doit plus tarder davantage. Nous ne cesserons de le répéter, il y a urgence ; on en jugera par ce seul trait. En vertu d'un mandatum de la fille aînée du roi, c'est-à-dire, de l’université , toute la jeunesse d'uue grande ville & peutêtre de tout l'empire , s'est abstenue d'étudier pendant tout le jour du lundi 11 de ce mois, pour fêter l'anniversaire du sacre de Louis XVI. Nous ne sommes pas même très-certains si l’univerfité ne décrétera pas aussi dans sa sagesle un congé en mémoire de ce qui s'est passé le 21 du courant.

Au reste , pour ce que les écoliers font dans leurs classes sous l'antique férule de leurs régens, mieux vaut encore pour eux perdre leur temps que de l'employer à apprendre des choses qu'il leur faudra très-inceslamment délapprendre.

[ocr errors]

Lune écrite à un. député à l'allemblée nationale de France ;

à Paris,

Trèves, le 14 juin 1792.

« Monsieur , le désir d'être utile à ma patrie m'a con: duit en Allemagne , depuis le mois de janvier dernier ; j'ai voulu la servir, non pas comme les émigrés, dont je porte la cocarde, & dont je fais assez bien contrefaire le langage, mais comme il appartient à un vrai patriote , & comine le doit faire un Français régénéré par la constitution. J'ai été assez heureux, pour réussir à rassembler des notes assez précieuses, pour être commu. niquées au comité de surveillance ; j'espère les porter moi-même à Paris, où je serai rendu vers le temps de la fédération ; mais je crois devoir , avant mon arrivée , vous faire parvenir celles que vous trouverez ici ; elles viendront à l'appui de la plus juste dénonciation que l'on ait jamais faite à la tribune de l'assemblée nationale ; j'efpère, avec les vrais Français, que vous la reprendrez , monsieur , & que vous ferez valoir par tous les moyens que votre patriotisme vous fournira la nécessité qu'il y a de faire quitter le commandement à M. L... Voici ce que je fais de certain sur son compte, & les indices que j'ai de la perfidie. Je suis entré, comme secrétaire en second, dans les bureaux du sieur de Calonne , le 18 février ; j'ai obtenu cette place à la recommandation d'un ci-devant feigneur , dont mon père étoit procureur-fiscal , sous le règne des tyrans, je n'ai rien vu, dans ce temps, qui méritât sérieusement d'être communiqué; ce n'est que depuis environ quinze jours que je me suis apperçu' que l'aigreur que les gens inftruits de Coblentz avoient contre celui qu'ils appelent, par dérifion, le général Morphée, étoit bien diminuée. Il est vrai qu'auparavant on se cachoit soigneusement de moi, & je n'écrivois, dans mon bureau , que des ordonnances de paiemens, de registres de ces mêmes ordonnances, quelques lettres de détails, quelque état de situation de caisse & de comptabilité ; en un mot, des choses peu interesantes : enfin, foit que l'espérance rende plus confiant, soit que l'on se soit moins méfié de moi, on ne s'en est pas caché, pour me montrer un officier de géNo. 155. Tome 1a.

E

nie , dont je n'ai pu savoir que le nom de Coblentz, qui est du Rivier , ( je crois être sûr qu'il en a un autre ) envoyé de la part de M. Lafayette ; c'est un homme de cinq pieds cinq à fix pouces , fort brun, assez bien fait, les yeux noirs & enfoncés, bouche & le nez grands ; il a été introduit chez le sieur Calonne, à neuf heures du 1oir, le 3 de ce mois , & le lendemain matin, à dix heures, il est revenu en uniforme d'Ath , c'est-à-dire , gris de fer, & a été conduit par le sieur Calonne chez les princes français. Celui-ci, le Geur Calonne , affeétoit de l'appeler mon cousin, quoiqu'il soit certain qu'il n'en a pas de ce nom. Je ne l'ai r.vu que pour le fouper, après lequel j'ai été appelé pour mettre sous enveloppe un gros paquet d'assignats, dont j'ignore 'le montant, mais ils étoient tous de cinquante livres ; il m'a paru y en avoir deux cents, en deux cahiers de cent chacun, pliés sous bandes de papier cacheté. Cela fait, j'ai compté cinq mille louis d'or, que le sieur Calonne a remis luimême, en un sac de cuir , audit fieur du Rivier , qui les' a emportés. En le conduisant, je lui ai entendu dire à demi-voix : Dites-lui , mon cher coufin, que l'homme de Bruxelles a certainement reçu les ordres du roi de Hongic, pour les quinze cent mille guinées. A quoi l'autre a répondu : Etes-vous sûr d'Oftende pour le partisan? Oui, a dit le fieur Calonne, j'en suis assuré. Adieu. Ils se sont séparés, & il est parti à onze heures du soir, en poste. Je l'ai vu monter en voiture , avec un espèce de valet, qu'il a appelé Joseph.

» Le 5, à neuf heures du matin, étant à mon bureau , j'ai été appelé dans le cabinet , où j'ai écrit une lettre sous diaée pour le général Schroeder, commandant royal à Luxembourg, afin de le prier de faire bien recevoir dans la forterefte un officier général français, fort connu par le rôle qu'il a joué dans la révolution : on ne le nomme pas; mais de suite j'en ai écrit trois autres , une à Bruxelles, une à Trèves , & la dernière à Mayence , aux officiers-généraux commandant les émigrés, par lesquelles ont les prévient qu'il est possible que, lous peu de jours, il arrive dans les villes où ils font établis, un ou même deux officiers-généraux contitutionnels, (c'est ainsi qu'on les appele ici) & que l'intention des princes étoit qu'ils fussent bien reçus , nonseulement par les chefs, mais encore par les fubordonnés;

« PreviousContinue »