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d'être pendus par les communes patriotes & ombrageuses, qui nous prenoient pour des espions du duc de Brunswick.

Le 31 août , nous nous sommes arrêtés à Châlons sur les une heure après-midi, Jusques-là nous avons observé que dans toutes les municipalités, situées sur la route de Paris , régnoit la surveillance la plus exacte , jointe à beaucoup de tranquillité. La ville de Meaux nous a témoigné ses regrets de n'avoir point de canons pour fa défense. A Châlons , le peuple commençoit à fermenter. Nous y apprîmes que Verdun étoit bloqué, & que 50 cavaliers Prussiens étoient entrés dans Clermont, le sabre à la main , & avoient désarmé les habitans. Déjà la route pour aller à Metz étoit interceptée, & les partis ennemis s'étendoient depuis Verdun jusqu'à Saint-Mihiel & Bar-le-Dac. Nous vimes à Châlons le régiment d'Angoulême & un bataillon des volontaires de la Côte-d'Or qui faisoient partie de la garnison de de Longwy ; ils étoient sans armes , & demandoient, en s'indignant d'une capitulation nulle de toute nullité, à fe battre ou à périr. La plupart, désespérés de ne point obtenir des armes, prenoient la route de leurs départemens.

Pour éviter l'avant-garde & les coureurs de l'armée pruflien. ne, nous avons fait un détour par Arcis-lur Aube, dans l'intention, si Metz étoit cerné, comme on nous l'assuroit, de gagner les Vosges par Epinal. Le patriotisine & la do fiance des habitans d’Arcis font au coinble : nous fûmes entourés vilités épluchés comme l'euflent été des chevaliers du poignard , malgré les citoyens & citoyennes qui se présentèrent en foule pour répondre de nouș ; le&ture faite de nos passe-ports & commissions, Arcis voulut bien nous laisser aller, après avoir garde à vue, pendant une demi - heure, dans un corps

de garde, M. Sutières, l'un de nos collègues, qu'on vouloit retenir en orage, parce qu'on s'obltinoit à nous regarder comme des émigrans. Tout cela se passoit sur la place où Necker fue menacé de la lanterne. Nous nous formes convaincus par nous-mêmes qu'il y a peu de villes en France qui foient aussi patriotes que celle d'Arcis , & où le peuple ait autant d'énergie. Cette commune venoit d'envoyer à Châlons son contingent d'hommes armés. Même ardeur civique dans tout le département de l'Aube , & sur notre route jusqu'à Joinville. A Brienne, où nous passâmes pendant la nuit, le peuple, sur le qui vive & en armes, nous parut fier & menaçant. Le ci

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nous dit

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devant seigneur , M. Brienne, l'ex-ministre , en est maire. On

que

foit peur ou politique , il le conduisoit blen, & qu'il avoit donné à la commune deux belles pièces de canon, avec toutes les armes qu'il avoit dans fon château, en txcinne les citoyens à la défense commune. Le département de la Marne venoit d'envoyer par des courriers dans toutes les municipalités une circulaire que nous avons lue , par laquelle il convoquoit à ChâTons, chef-lieu indiqué pour le rassemblement, tous les habitans en état de porter les armes.

A Gondrecourt, gros bourg du département de la Meuse , le corps électoral étoit assemblé. Il s'y trouvoit plusieurs anciens collègues de M. Antoine à l'assembléę conftituante ; nous y allámes tous deux, ce fut là que hous app:îmes politiveinent le siége de Verdun. Les électeurs devoient d'abord s'y réunir ; mais ils avoierit eu le temps de sortir de la ville , & de venir à Gondrecourt procéder aux élections. L'évêque constitutionnel de Verdun se trouvoit , par bonheur pour lui, à l'assemblée électorale.

M. Sauce, ex-procureur de la commune de Varennes étoit aussi , comme électeur, à Gondrecourt. Depuis, on l'a fait évader, quand on a su que les ennemis l'avoient cherché dans Saint-Mihiel, lieu de la résidence ordinaire, & avoient dit à la femme: Tu paieras pour fon mari ; prépare-toi à la mort. Sur quoi la pauvre femme avois prié ces tigres de lui permettre de se recommander à Dieu dans une chambre voisine , & s'étoit précipitée dans son puits, d'où elle fut retirée par ordre de l'urficier cominandant le détachement pruflien, qui , en re, prochant aux soldats leur cruauté, ordonna qu'on eût pour elle tous les soins de l'humanité.; elle étoit grievement blessée ; mais on ne craint plus pour la vic , & lon mari est en sûreté. Il est évident que les généraux ennemis ont des, listes de proscription où sont inscrits les noms & demeures des patriotes d'élite dans chaque département;, des émigrés leur fervent de guides dans le pays , & à la queue de l'armée , marchent des curés réfractaires qui, dès qu'nn village est soumis , '& le prêtre conititutionnel en fuite, prennent incontinent sa place, & s'établissent dans leur ancien presbytère. C'est ce qui est arrivé à Longwy & dans d'autres endroits.

Pour aller à Neufchâteau où nous voulions nous rendre , afin de gagner Nancy , il nous fallut traverser deux villages, qu'on appelle Vouton & Dom-Remy-la-Pucéile,

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cà eft, née Jeanne d'Arc. Nous y fûmes inis en état d'arrestation par la municipalité ; M. Antoine & moi , séparés de nos collègues qui étoient arrêtés à Vouton nous courûmes risque de perdre la vie. Les habitans de ce canton sont extrêmement sur leurs gardes , & patriotes à outrance. Les Annales de M. Carra y parviennent , & elles y sont dévorées. La seule idée du rétablissement de 1a díme, que nous leur avons dit devoir être une des principales fuites de la contre-révolution entreprise par le duc de Brunswick, leur faisoit horreur, & enflammoit leurs courages. Nous parvînmes à nous faire entendre de ce peuple agité, & il faut que le patriotisme ałt un accent particulier , puisqu'aux menaces de nous couper la tête , succédèrent des offres de service & d'efcorte de la part des quatre fusiliers qui nous gardoient à vue.

Neufchâteau ne nous parut point animé de la même ardeur, on eût dit que la France étoit en pleine paix; nulle disposition énergique de la part des habitans, en cas de l'approche des ennemis ; nul empressement à șin. former de les progrès du côté de Verdun, ni des moyens qu'on pourroit lui opposer. Le thermomètre de Nancy, eft au même degré; il faut que les directoires des de partemens, où font situés ces deux villes”; savoir , celui des Vosges & celui de la Meurthe, y aient glacé tout à fait le patriotisme. A Nancy nous vimes, en exécution de la loi, un échafaudage immense sur la place royale, autour de la statue de Louis XV, & le peuple se dirposer à la descendre respectueusement, dans la crainte qu'elle ne fût défigurée , & avec l'intention de la conferver intacte dans quelque magasin. Les travailleurs abandonnèrent tout-à-coup l'ouvrage , sur la nouvelle semée à dessein de l'arrivée des ennemis. Ce n'est plus ce même · peuple qui opposa une si ferme résistance au sanguinaire Bouillé. La statue a pourtant été renversée , & la chute, digne du despote dont elle est l'image , a blessé cing hommes. Sur la même place étoient sept beaux canons , dont deux seulement avec des affuts. On nous assura qu'en outre il pouvoit bien y avoir dans la ville cinq à fix mille fusils inutiles , puisqu'on est décidé à ne point s'en servir , beaucoup de poudre de guerre , & 6 mille facs de farine excédent de ce qui est nécessaire pour

l'approvisionnement de Nancy. Ces munitions ne sont la : fans doute que pour que les Prussiens s'en einparent, ce qui pourroit arriver d'un moment à l'Autre , & nous vous

alluron's

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allurons que 200 cavaliers délarmeront ; quand ils le voudront & fans coup férir, tous les habitans de cette ville, & y établiront garnison", tant il y a' parmi eur peu de concert & d'esprit public.

Tels sont les principaux événemens de notre voyage, & un précis des observations que nous avons faites. A présent je vais vous parler de Metz, dès que je vous aurai appris deux particularités remarquables ; deux d'entre nous, MM. Surières & Paris, arrêtés la nuit au village de Pouton, en Lorraine , tandis que nous l'étions de 'notre côté, M. Antoine & moi, à une demi - lieue de distance, à celui de Dom-Remy-la-Pucelle, s'avisèrent, pour montrer qu'ils étoient patriotes, de le dire Jacobins. A ce mot les paysans s'écrient : Voyez-vous ; ce font précisément ces gueux de Jacobins qui s'encendent avec hos ennemis, & qui nous ont réduits à l'état nous sommes. Ainsi ce titre pensa les faire lanterner , tandis qu'ailleurs il opéroit notre salut , grace aux annales de Carra qui avoient donné des Jacobins la plus haute idée. A Tom, nos collègues Sutières & Pâris eurent encore le fabre levé sur le cou de la part d'officiers de volontaires.

En général, nous avons trouvé les villages dans un état conftant de surveillance, excepté pourtant tous ceux qui mènent de Neufchâteau à Nancy , & de Nancy à Château-Salins ; mais la plupart manquent absolument de fusils & de piques. Les habitans arrêtent bien les voitures des voyageurs, lisent leurs passe-ports ; mais quatre hulfards prufliens ou autrichiens les font contribuer. La terreur est répandue dans le département de la Moselle. A chaque inftant ce font des sommations adressées aux' muaicipalités des campagnes , au nom de l'empereur , ou à celui des frères de Louis XVI, fignées Calonne ou Vauthier, & des menaces d'exécutions militaires. Ces fermiers, ces laboureurs livrent tout ce qu'ils pofTedenr. Ils viennent ensuite porter leurs plaintes dans la ville de Metz, où la garnison n'eft pas à moitié suffifante pour la défense de la place; il n'y a que cinq mille hommes de troupes de ligne , tandis que soit pour occuper tous les postes , soit pour maintenir la police dans la ville, & empêcher les femmes de porter, comme à Verdun , le découragement dans tous les cours, soit pour faire quelques forties, il faudroit encore au moins 10 à 12 mille hommes. Ne pourroit-on pas les faire venir de l'armée d'Alsace, qu'on assure être forte de 35 à 40 mille hommes, tandis qu'il n'y a que 5 mille Autrichiens au-delà du Rhin Alors on enverroit dans les campagnes des de tachemens d'infanterie & de cavalerie ; cela donneroit du ecur aux paysans ; ils vertoient qu'on s'occupe de les No. 266. Tome 13.

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protéger ; mais

encore une fois la garnifon est insuffisante, Faites, je vous prie , l'impofsible pour la renforcer , & n'oubliez pas un régiment de cavalerie.

Nous vilitons, les remparts, les ouvrages avancés , l'arfenal, la citadelle, la poudrerie , &c. Nous avons un ordre figné du commandant de la place de pénétrer partout; nous, dressons un état exa& de tout ce que nous oblervons ; nous ne voulons pas qu'il y ait un trou de Couris autour de Metz par lequel l'ennemi puisse pénétrer, Mais notre mission fe borne au rôle de commissairesenquêteurs , ou , fi vous l'aimez mieux, de quefteurs , comme chez les Romains. Il y a dans la garnison & l'état-major des officiers évidemment contre-révolutionDaires ; on nous les dénonce ; ils peuvent être d'intelligence avec les Autrichiens qui viennent jusqu'à une demi-lieue de Metz & fous nos glacis , nous le savons , & nous avons les mains liées. On nous dénonce encore des conmillaires des guerres, fripons & aristocrates ; nous avons la preuve de leur infâme conduite , & nous ne pouvons que gémir. Nous rendrions de grands services à Metz & nos pouvoirs étoient plus étendus, & nous ne bornerions pas ici notre mislion patriotique ; nous parcourrions Ia frontière ; nous visiterions Bitche , Sarguetaine, Sarre, Louis; nous longerions jusqu'à Strasbourg, Landau, de nous reviendrions par Colmar & Besançon: mais vous concevez que nous ne sommes point revêtus de l'autorité suffisante pour opérer ces changemens heureux.

Le camp de Richemont a changé de position ; pendant deux ou trois nuits l'ennemi a canonné la place ; mais il a été repouffé avec perte , on leur a tué zco hommes ; un de leurs officiers généraux, le prince de Valdec, a eu le bras emporté d'un boulet de canon , & on a trouvé dans les follés fon bras ayec la manche d'une forme d'of. ficier général.

Le patriotisme des habitans de Thionville est au-dessus de tout éloge. Les femmes & les enfans dansent tout le jour sur les remparts au fon de la musique qui joue l'air ça ira , que l'ennemi peut entendre. La garnilon & les habitans ont placé sur leurs murs un cheval de bois avec une botte de foin , & ont mis cette inscription : Quand le cheval mangera la boule de foin , Thionville se rendra. Depuis deux jour l'ennemi cesse de canonnes.

Je vous enverrai demain l'état d'approvisionnement de Metz, soit en vivrés, soit en munitions de guerre. La place peut tenir cinq mois. Les canonniers de Thionville se sont emparés des clefs de la ville , & ont dit à M. Vinfem , commandant , que ce seroit eux qui rendroient la ville. On n'a qu'une médiocre confiance en ce chef militaire,

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