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Vous ait épargné ?... Heureusement pour ce fils fans entraties qu'il ne fut point entendu.

Le pe pie est humain, mais il n'a point de foiblesle; par-tout où il rene le crime, il se jette dessus fans égará pour l'age, le sexe ou la condition du coupable. It fit iubir 'la peine du talion à la bouquetière du Palais Royal; indigné d'ailleurs de trouver encore dans les pritons de la conciergerie cette femme dont le délit atroce a déjà plufieurs années. Juges ! tout le sang versé du 2 au 3 feptembre doit retomber sur vous. Ce sont vos criminelles lenteurs qui portèrent le peuple à des extrémités dont vous feuls devez être responsables. Le peuple impatient vous arracha des mains le glaive de la junice trop longtems oifit', & remplit vos fonctions. Si quelques innoeens périrent, qu'on n'en accuse que vous , & que votre confcience foit votre premier bourreau.

Diséite justitiam , moniti ; & non tenere plebem.

VIRGILE. Æn.

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Mais; dira-t-on, les indignités faites au cadavre de la Lamballe doivent-elles être imputées à d'autres qu'à ce peuple ft huntain ; fi équitable?

Oui fans doute , le peuple n'avoit que trop de motifs pouf le livrer à cette fúreur. Déjà nos frontières sont envahies , plusieurs villes fortes prises ; toutes les horreurs de la guerre commencent pour nous, et nous font apportées au nom de Louis XVI & de la femme, qui en effet sont convenus de tout cela avec nos ennemis. C'est au nom de la inajesté très-chrétienne qu'ils enlèvent nos moiffons pour nous 'affamer, & passent au fil de l'épée ceux de nos frères qui ne font point assez lâches pour obéir à la première sommation ; & fe rendre à la première attaque. Nous tenons dans nos mains les artisans perfides de nos calamités ; nous jetons dans les prisons de la Force celle des femmes de Médicis-Antoinette, qui a le plus de crédit sur le cœur de l'Autrichienne , & qui ne s'en est servi que pour applanit à sa maîtresse la route du crime. La Lambaile d'ailleurs, citée au tribunal du peuple, y compargit avec cet air infolent qu'avoient jadis les dames de la cour mais qui fied inal à une criminelle au' pied de son juge & l'on voudroit que le peuplé ne perdit point patience N. 165. Tome 13.

B

Le fer de la guillotine frappe la tête ignoble d'un miférable folliculaire, et refpecie celle de la Lamballe d'où sont fortis tant de conseils homicides; & l'on voudroit que le peuple contînt sa rage au moment même où il reprend toutefon énergie! peut-on bien l'exiger, sur-tout dans les circonstances? Le Bulletin de la guerre a appris au peuple que les - houlans coupent les oreilles à chaque officier municipal qu'ils peuvent attraper , & les lui clouent impitoyablement sur le sommet de la tête ; & le peuple , dans ce moment de guerre ouverte Teroit inexcusable de se permettre la représaille ! Il sait encore que dans plusieurs hôtels de Paris, ceux des aristocrates qui n'ont pu s'échapper depuis l'affaire du 10, tuent leur temps autour d'une petite guillotine d'acajou, qu'on apporte sur la table au deflert : on y fait pafler successivement plusieurs poupées dont la tête , faite à la ressemblance de nos meilleurs magistrats ou représentans, en tombant , laisse sortir dụ corps , qui est un flacon, une liqueur rouge comme du sang. Tous les affiftans , les Temmes sur-tout , se hâtent de tremper leur mouchoir dans ce sang qui se trouve être une eau ambrée très agréable : on la respire avec délices , en attendant qu'on puille réellement faire couler par flots le plus pur sang des patriotes. Et l'on ne veut pas tirer le voile sur le détail des ven. geatices du peuple , qui n'ignore point ce qu'on lui réserve s'il retombe sous le joug de l'aristocratie !

On a promené la tête de la Lamballe autour du Temple; peut-êtrre même que sans une barrière de rubans , posée par Pésion & Manuel, le peuple eût porté cette tête julque rods les fenêtres de la salle à manger de l'ogre & de sa famille : rien de plus naturel & de plus raisonnable que tout cela. Cet avertissement salutaire eût peut-être: produit d'heureux effets , fi l'ame des Bourbons & des princesses de la maison d'Autriche étoit acceslible aux remords. Ils auroient lu ces mots écrits en lettres de sang fur cette tête coupable :

Famille perverse ! attends-toi au même châtiment, fi par un aveu solennel de tous tes forfaits tu ne parviens à désarmer le bras jufticier du peuple, & à désavouer les deux cent mille brigands foudoyés qui accogrent pour te délivrer.

On assure pourtant que Louis XVI & dernier , malgré les précautions des officiers municipaux , vit la tête de la Lamballe, en soulevant le coin d'une jaloulie; & l'on ajoute v'it s'écria douloureusement : c'est ma faute. Oui ! foi

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feélérat, c'est ta faute ; mais c'est la plus légère de tes fautes & le moindre de tes forfaits. Vois fur nos frontières nos concitoyens fans défense, égorgés lâchement par tes bons amis les brigands de Prulle & d'Autriche. Vois des citoyennes , des mères de famille, des enfans brayement massacrés par des houlans armés de toute pièce Vois Longwi rendu, Verdun pris. Vois toutes ces phalanges de jeunes citoyens pleins d'ardeur , dont un grand nombre peut-être va périr pour frayer à leurs camarades le chemin å une victoire certaine , mais dont les lauriers seront teints du lang de plusieurs milliers de Français... Roi scélérat, tu diras peut-être encore , c'est ma faute ; mais ne crois pas en être toujours quitte pour un mea culpa. Sans doute que le premier décret de la convention nationale será ta Sentence de mort. Quel seroit ton supplice, 'li tu mourois. autant de fois que tu as causé de victimes !

Le même esprit de justice de justice & de sévérité accompagna le peuple par-tout ou il le porta. La vue du précipice sur le bord duquel il fut averti à temps le rendit implacable contre tous ceux qui méditoient de l'y prés" cipiter. La place du pont au change offrit le même spectacle

que la cour du palais ; des monceaux de cadavres & des ruisseaux de fang. Mais si le peuple se livra tout' entier à les ressentimens, ses magistrats ne veillèrent pas allez à en dérober les traces. Ils auroient dû présider à la levée des corps., & y faire observer mieux les convenances. Il étoit li facile d'envelopper de draperies les charetées de cadavres, & d'en épargner le spectacle aux citoyens pendant le long trajet qu'il fallut parcourir pour les tranlpotter tout à découvert au cimetière de Clamart ! Que ne poussoit-on jusques hors de la ville ? les environs de Vaugi--rard offroient des excavations toutes prêtes à recevoir tous ces corps , que l'on auroit couverts ausfi-tôt de chaux.

Les habitans de Vaugirard voulurent prendre part au grand acte de justice qui s'exerçoit à Paris. Ils allèrent droit au palais Bourbon, s'emparèrent des Suisses, & sous bonne escorte les emmenèrent dans la ci-devant abbaye de Saint-Germain. Le peuple donna en cette circonstance une nouvelle

preuve

de fa modération et de son équité. Il auroit pu se jeter sur ces deux cents & cant de soldats, dont la présence réveilloit en lui l'horrible malsacre de la Saint-Laurent; mais sachant que tous ces Suisses n'étoient pas coupables, que plusieurs d'entre eux avoiços

abandonné leurs armes aux citoyens sous le vestibule du château des Tuileries , il consentit à ce qu'il fût surfis à leur jugement. Le jeydi suivant ils furent conduits à la maison commune , qu nombre de deux cent cinquante. On assure qu'ils vont être incorporés dans différens corps de l'armée.

Mais il ne fut point mifericordieux envers les galériens détenus aux Bernardins, ni envers les prêtres déposés dans différentes maisons, en attendant leur déportation ; & fi cette exécution est un crime , la faute en ett à Louis-Néron, qui, par les yeto constitutionnels et mille autres mesures perfides , protégea constamment l'engeance facerdotale réfractaire, et mit la patience du peuple à une trop longue épreuve, en laissant impunis les déportemens fanatiques de cette horde de noirs tartuffes. Iis furent massacrés tous, à l'exception de quelques-uns qu'on jeta par tes fenêtres, Presque tous avoient de l'or et des aflignats fur eux : le peuple s'en'lava les mains, & n'y toucha que pour les dépoler dans divers comités. Plulieurs de ces vict m 5 ton. furées, mises à nu, laiffèrent voir des signes non équis voques qui n'étoient point ceux de la continence.

Les hypocrites ! s'écua le peuple en les examinant ; estcę donc ainsi qu'ils mettoient en pratique les vertus qu'ils nous prêchoient? On seconnut parmi les morts plusieurs éyêques et curés de l'ancien Ityle , & aufli quelques abbés, commendataires, voire même le C. la Rocheloucault. Aux prisons de l'Abbaye un certain abbé Chapt de Raftiguac , qui depuis le 2 novembre 1789, époque du décret qui ordonna la vente des biens foi-disant eccésiastiques, compiloit, compiloit, compiloit pro ará & focks, ne pat trouver grace au tribunal du peuple, mais on ne toucha point à sa nièce. A l'hôtel de la Force labhé Bardy fyt des premiers exécuté; & aux prisons de l'Abbaye , l'abbé Lenfant.

On se rappelle un certain autre prêtre , moins - fameux ? que le précédent , l'abbé Brion, docteur de Sorbonne & procureur d'un college de Paris ; lequel fut incare céré à l'hôtel de la Force , pour s'être permis dans l'église de Saint-Sulpice une boutade intolente contre le respectable curé, feu M. Poiret ; le bruit courut que ce mauvais prêtre, détenu encore dans cette prison , y avoit reçu

son salaire avec Bardy & autres. Cela est faux; le tariffe ,

déguisé en bon citoyen , est toujours dans son ancienne place, et monte même la garde : cela n'empêche pas qu'à la jouse

née du 10, il n'ait été le receleur de la personne de Quatremnere , qui l'honore de son intimité.

N'oublions pas de faire remarquer que parmi tous ces massacres que l'impérieufe néceflité rembloit commander au peuple , il fut pouçtant le contenir dans les limites du juste & de Fin ulie. Outre l'abbé Sicard , Chamilly , Sombreuil , d'Alfry, S. Méar , Duverrier , l'ex-secrétaire dur sceau, la notaire Guillaume , & Salomon, conseiller clerc au feu parleineat ; les femmes Saint-Brice, les deux Tourzelle, mère & fille, & plusieurs autres, les maîtres d'école furent exceptes de la profcription effectuée contre les prêtres & les aristocrates du-10, ainsi

que tous les pria sonniers détenus à Sainte-Pélagie , pour dettes. On a laifié : paffer le juge de paix de la lection des Tuileries, en favet:s de son ci-devans patriotisme. Jouñeau, l'affaffin'de Grangeneuve, eft redevable de la vie au cara&ère de déPuté que le peuple respecta en lui. Tout prifonnier téclame fyt rendu quand lon délit n'étoit point grave. Rhulliere, commandant de la cavalerie , n'avoit point cette ressources ILreçut le châtiment dû aux traîtres royalistes. On dressa proces-verbal des doubles louis en or, de l'argent, des bijoux & des aflagnats trouvés dans la chambre. Le tout fue mis dans une boite de fer-blanc, & fidèlement gardé jųqu'à ce qu'on les réclamo avec des titres.

Quelques prisonniers détenus dans les cachors de la Force voulurent faire rélistance ; & tuèrent même deux ou trois challeurs : les pompiers & les porteurs d'eau les inondèrent, ou du moins mouillèrent les munitions de manière à ce qu'on n'eût plus rien à en craindre. On s'en occupoit encore mercredi matin.

Après avoir nettoyé les prisons de Paris & autres rassemblemens de malfaiteurs &' de prêtres, le peuple alla visiter les deux grands dépôts placés hors de l'enceinte de cette ville , & sur lesquels les ennemis du bien publiç ayoient des vues pour leurs projets sinistres.

Lundi, vers les trois heures , on le transporta d'abord à Bicête avec fept pièces de canon, parce que le bruit couroit qu'il y avoit des armes ; ce qui ne fe vérifia point

. A la présence du peuple, les gardes du château commencèrent par coucher en joue l'économe, chargé depuis long-temps des malédictions de la partie faine des habitans ; puis on procéda à l'apurement de cette main son de force, avec le même ordre qu'on avoit obfervé

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