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fence du chef du pouvoir exécutif fera plus de fenfation que celle du premier huiffier de l'affemblée nationale tant que l'époufe du roi aura une place marquée audeffus des autres citoyennes de l'empire.

Mais, dira-t-on, cette obfervation porte à faux, fi elle tombe fur la fête dernière. Marie-Antoinette étoit à fa fenêtre, comme toute autre bourgeoife.

En ce cas, répondrons-nous, c'est la nation qui a tort. Pourquoi a-t-elle adjugé au pouvoir exécutif, dans le nom bre de fes dépendances, un palais qui parcît appartenir au champ fédératif, & devoit être réservé pour y donner l'hofpitalité aux envoyés des nations voifines, quand elles aureconnu notre fouveraineté ?

On dit qu'un certain grand perfonnage étoit caché fous le tapis de velours à trange d'or qui recouvroit le balcon de l'école militaire, témoin invifible des imprécations continues qu'un cortège de 60 mille hommes lui donnoit en entrant dans le champ de la fédération, dans ce même champ où il avoit penfé, les années précédentes, être étouffé dans des nuages d'encens; du moins, ce jourlà, l'armée de Lafayette le cherchoit par-tout. Mais Luckner auffi avoit bien quitté la fienne & les Houlans pour venir défendre fon roi en cas de befoin contre les factieux du 14 juillet.

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Ceux-ci fe firent un peu attendre de fa majefté, qui ne perdit pas fon temps, dont elle palla une bonne partie à table. Ils arrivèrent à cinq heures, fe tenant fraternellement prefque tous par le bras, & ne formant pour ainfi dire qu'une chaîne de la baftille au champ de la fédération. Ils cha toient en marchant des hymnes à la liberté à la patrie, à leurs repréfentans fidèles, à leurs magistrats intègres. Ils portoient avec eux une prefe d'imprimerie, qui, à chaque ftation, multiplioit les copies de leurs chanfons civiques, & fur laquelle ils auroient pu écrire les deux premiers mots de l'infcription que les tyrans mettoient pour l'ordinaire fur leurs canons: Ultima ratio. C'est la première fois que le peuple s'avife de porter parini les objets de fon culte une preffe d'imprimerie. Il manquoit une charrue. Une charrue, une preife pique! quelle grande leçon donnée au monde! un peuple agricole, inftruit & armé, eft libre, en dépit de tous les defpotes de la terre coalités pour le rendre

& une

efclave.

A l'École Militaire, du plus loin qu'on apperçut le cor tége, un triple rang de baionnettes & de fabres vint border de chaque côté le chemin par où le roi devoit aller à l'autel; en forte qu'il est très - poffible que beaucoup de patriotes de département retournent à leurs foyers ou partent pour le camp de Soiffons, fans connoître le mafque de Louis XVI, comme il arriva au 14 juillet 1790. Cette fois-ci, pour prêter fon ferment, s'il fe déplaça, il n'en fut pas vu davantage; le peuple, de fon côté, n'en parut pas moins joyeux; le magiftrat de fon choix, vainqueur de la calomnie, éclipfa le repréfentant héréditaire.

Une tactique favante fut remarquée à cette occafion. Pour protéger le paffage du roi & fon féjour fur les marches de l'autel, on fit manoeuvrer fa garde nombreuse, de façon que fa majefté, apparemment pour plus grande précaution, fe trouva enveloppée de troupes de ligne (1) feulement; par conféquent les volontaires de Paris & leurs frères des départemens fe trouvèrent écartés de fa perfonne, & n'en furent pas très-fâchés, malgré l'injure gratuite qu'on leur faifoit par cette difpofition. Parmi les députés, il fe fit auffi un mouvement qui n'échappa point à tout le monde : c'eft que tout ce qu'on appelle le côté du roi à l'affemblée nationale fe rangea autour du feigneur & maître; ce que voyant les membres patriotes du corps légiflatif, ils fe retirèrent un peu en arrière, pour laiffer une efpace vide entre eux & les premiers, afin qu'on rendit juftice à qui il appartient. Monté à l'autel, le roi ne vit que de très-loin défiler devant lui les fymboles de la révolution, difféminés dans le cortége. Plus près, il eût pu reconnoître les hommes

(1) Il fallut dire à deux fois aux grenadiers fuiffes, qui formoient un bataillon en face de l'aurel, de donner quelques marques de patriotisme, au moment où tous les chapeaux étoient en l'air, en figne d'adhéfion au ferment fédératif. Les bonnets fuiffes enfin s'ébranlèrent au bout de leurs baïonnettes; mais ils furent les derniers, & c'est tout fimple. La France jamais ne fera la patrie des Suiffes; ils font trop bons foldats de ligne pour devenir jamais des foldats citoyens ce feroit trop exiger de gens qui font étrangers & qu'on paie pour fe battre.

du 14 juillet, les mêmes que ceux du octobre & du 20 juin; mais on s'arrangea de manière à ne lui laiffer voir tout cela que dans le vague, & à ne fe montrer lui-même que dans la vapeur au peuple, dont il pouvoit redouter les regards accufateurs. Il ne redoutoit pas moins ce qu'on appelle improprement les fédérés; c'està-dire les fans-culottes des départemens, venus à cette fête en petit nombre, graces à tous les foins qu'on fe donna pour les en écarter.

On parut craindre de donner encore une fois le fpectacle de vingt-cinq millions d'hommes repréfentés dans le même champ par cent mille des plus chauds patriotes d'entre eux, rangés par groupes au pied de l'arbre de la liberté, élevé en l'honneur de chaque fection de l'empire, & devant la tente hofpitalière que Paris avoit dreffée fraternellement à chacune d'elles. Ce fuperbe coup-d'oeil fut manqué. On ne lut que les noms peints fur les banderolles; on ne vit point les hommes qu'on attendoit, & les citoyens des deux fexes & de tout âge fe demandoient avec inquiétude : Voilà bien leurs drapeaux. Où font donc nos frères, dont le vœu configné dans des adreffes brûlantes de patriotifme, s'eft joint fi fouvent au nôtre pour la profpérité de la chofe commune & le maintien de la liberté nationale?

Le

Jeux,

peu qu'on en remarquoit confondu dans les légions parifiennes, répondoit à cet appel par l'accord le plus parfait de principes & de fentimens. On lifoit fat leur front & dans leurs yeux comine dans les nôtres, cette haine prononcée, cette averfion que rien ne pourra vaincre pour le defpotifme, fous tel nom qu'il le déguife, fût-ce fous celui de la conftitution. La cour reçut en paffant, l'accueil auquel elle devoit s'attendre. Les malédictions portèrent toutes fur les mêmes objets. Plufieurs noms furent répétés avec l'accent de l'indignation & du mépris ; d'autres noms, au contraire, furent bénis avec toute la ferveur dont eft fufceptible une multitude électrifée par les circonftances. La garde du roi licenciée & leur digne maîtreffe, Lafayette & le département, reçurent leur falaire; Pétion auffi le fien. La juftice diftributive du peuple n'a pas deux poids ni deux balances, & fes arrêts font ceux de la poftérité. On remarqua, à la fête de famedi 14, qu'il y avoit presque autant de piques que de baionnettes, & auffi

prefque autant de citoyens en habits de toutes couleurs qu'avec des uniformes. L'efprit public, qui eft le bon efprit, puifque c'est l'oppofé de l'efprit de corps, gagne de proche en proche & fe fait jour dans toutes les claffes de la fociété. Sans doute que ceux qui furent choqués de voir à l'une des croifées de l'Ecole Militaire une femme parée de rubans aux couleurs des princes français, & qui les firent mettre bas, envelopperont le drap bleu de roi dans la même profcription.

Les fiéquentes ftations que fit le cortège dans la longue route qu'il eut à parcourir, parurent faire de la peine à certaines gens qui aiment la précifion du coup-d'œil; mais ces lacunes qui rompoient la chaîne de la marche, tournèrent au profit du patriotifine. Les fpectateurs, confondus avec les acteurs, avoient le temps de fe rendre compte des fenfations qu'ils éprouvoient; on fe donnoit la main, on fraternifoit; en un mot, une fête popu laire, une folennité nationale ne doit pas reffembler à une proceffion de Fête Dieu, ou à la revue de la maifon du roi, au Trou d'Enfer, Ce défordre civique annonçoit l'abandon du coeur, & ne pouvoit déplaire qu'aux gens du balcon de l'Ecole Militaire.

Ce qui n'eut pas le fuffrage des patriotes auftères qui portent leurs regards dans l'avenir, ce furent toutes ces décorations qui fe multiplient d'une manière puérile & alarmante jufqu'au fein du corps légiflatif. Nous concevons qu'il dut paroître un peu dur à un fieur Laureau, (1) à un M. Girardin,, au fecrétaire du fils aîné

(1) Nous aurions bien une petite note à faire touchant ce Laureau, qui, pour toute réponse à des vérités un peu séches que nous ayons hafardées fur fon compte infère dans le journal des Débats un petit traité fur Ja calomnie, dans lequel il nous compare, fort fpirituelle ment, à des feuilles mortes qui tombent en automne fur le nez des promeneurs.

Nous aimons mieux avertir charitablement M. Baudouin, qu'il gâtera tout à fait fon journal des Débats, s'il continue d'en retrancher ce qui a été dit de plus patriotique à la tribune ou à la barre, pour faire place aux forties niaifes de Laureau le député contre le peuple & fes courageux défenfeurs. Si pourtant on forçoit la main au fieur Bau

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de la liberté, d'entendre Teur nom accoté d'épithètes qu'on n'eût pas hafardées du moins, 'en' leur préfence, s'ils euffent été revêtus du cordon tricolor, terminé par la médaille quarrée; mais quand on réfléchit que l'abolition.des marques diftinctives fut ce qui donna le plus d'humeur à l'aristocratie, on peut s'alarmer fur les fuites que peuvent avoir les nouvelles décorations que l'affemblée nationale s'eft un peu preflée d'adopter: il n'y avoit pas urgence. Législateurs vos places, font marquées dans la falle de vos délibérations, nous vous avons donné des gardes quand vous fortez en corps; les pre pour vous entourer, miers honneurs vous attendent dans nos fêtes publiques: que vous faut-il de plus ? Cette phyfionomie caractéritée que rien ne fupplée & qui réfatte d'une ame élevée, ce maintien calme qui décèle des hommes forts de la volonté générale dont ils font les organes, cette gravité malé & hère qui fied aux repréfentans de la première nation du globe. Des talens, des principes, des vertus civijues & de bons décrets vous decorerent mieux, vous diftingueront davantage qu'une plaque dore: fufpendue à un ruban de trois couleurs.

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La dame de Gauges, qui, huit jours auparavant, avoit mis fon nom au bas d'un placard précurfeur de la fameufe motion (1) de l'évêque Lamourette, ne manqua pas de prendre place, dans le cortége, à la tête d'un groupe de femmes; elle fembloit die aux fpectateurs curieux de la connoitre: Regardez-moi bien; c'eft pourtant moi qui m'offris pour médiatrice à nos députés ; c'est moi qui la première leur préfentar le rameau d'olivier. Pule-t-il prendre racine & fleurir au milieu d'eux !

On1 remarquaTM beaucoup trop de femmes de ce genre dont plafieurs étoient complétement armées. La fagè antiquité nous représente bien quelquefois Pallas debout & une pique à la main; mais les femmes de la Grèce & de Rome avoient le bon efprit de ne facrifier aux au rels de Minerve" que quand leur patrone y étoit repréfentée affife & tenant une quenouille.

douin, qu'il en avertiffe les lecteurs, en imprimant en tête de ces forte de pièces & Article de Lureau le député, in« : Seré par ordre. fere

2(1) Voyez notre dernier numéro:

No. 158. Tome 13.

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