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ordonnances de comptant que le roi peut ne pas avoir toutes signées.

On a vu, dans le dépouillement que nous avons fait de la liste des pensions, que les Polignac , à tous les degrés possibles, avoient des pensions de toutes les sortes ; que ce sieur Polignac avoit , outre le département des haras , une pension de 80 mille livres reversible à son épouse ; et voici encore la jouissance d'une comté qui leur est donnée à titre gratuit. Quels étoient donc les services des Polignac. Toute la France sait qu'ils n'en ont pas rendu de publics. Or, quels services privés ont-ils pu rendre qui exigeassent qu'on les abreuvât du plus pur sang des malheureux Français ? Le mari n'avoit ni talent ni emploi. La femme étoit l'amie ou la favorite de la reine. Mais quelque fut l'intimité qui régnoit entre la reine et la dame Polignac, on ne conçoit pas quelle put être la cause des dons scandaleux qu'on prodiguoit à cette famille. Il est réservé sans doute à l'histoire de dévoiler ce singulier mystère; et le devoir de l'histoire est de punir ceux que l'opinion publique n'a pu retenir ni corriger.

On trouve encore, dans cet article , sept dons, montant à 64,500 livres, accordées au riche mier président d'Aligre, sur la demande du garde des sceaux. Citoyens, observez ce fait ; il doit vous prouver que, puisque le gouvernement corrompoit les officiers des parlemens, il ne manquera pas d'en user de même envers vos représentans : ne laissez donc, ni à lui les moyens d'acheter, ni à eux le besoin de vendre les suffrages.

A M. le ringrave de Salm, pour lui faire 40 mille livres de rente viagère , 400 mille livres ; au sieur et dame Lonchamp, pour leur faire 60 mille livres de rente, 740 mille livres. Voilà , citoyens, pourquoi les rentes se montent si haut: le capital n'en a pas été fourni.

Un article qui n'est pas à oublier , et qui figure bien dans le livrerouge,ce sont deux cents mille livres

preaccordées au fils du visir Saint-Priest, pour l'adjoindre à son père, intendant en Languedoc. Or, jugez combien le visir doit aimer une révolution qui ne lui laisse plus l'espoir de spéculer sur les largess es royales. Faut-il donc s'étonner des obstacles qui ont été inis à la publication du livre rouge ?

Les aristocrates font grand bruit d'un secours de 40 mille livres donné à madame la comtesse de Lameth. Ils partent de là pour peindre les frères Lameth comme des ingrats, etc... etc... etc...;. et les millions donnés aux Polignac, les 100 mille livres au comte d'Angivilliers, les 166 mille livres à la comtesse de Maurepas, les 6o, mille livres à un sieur Gonnet , les 285 mille livres à M. de Civrac, les 150 mille livres pour les dettes de la princesse Christine , les 200 mille livres au mouchard Sartine, ne sont que de petits cadeaux, qu'on ne pouvoit s'empêcher de faire à tous ces

Il semble, selon les apôtres de l'aristocratie, que le nom de Lameth doive purifier le livre rouge,

que le livre rouge doive souiller ce nom. Il n'en sera rien; l'opinion publique le protégera contre les odieux clabaudages de ses ennemis. Il n'est pas un Français qui ne se réjouisse en pensant qu'il peut avoir contribué pour quelque chose aux 40 mille livres qui furent données à madame de . Lameth, puisqu'elle a su faire de ses enfans de bons citoyens et des amis de la liberté. Le Chap. III comprend des traitemens et pen

les uns noinment secrètes, et les autres, honteuses. Là, sont les dames de Pile pour 12 mille livres, d'Albani pour 60 mille livres, de Clermont-Tonnerre pour 12 mille livres , d'Andlau , pour 6 mille livres , d'Ossun , dume d'a. tour de la reine , pour 20 mille livres, la comtesse de Briosne pour 20 mille livres. Là sont le prince de Condé et Thierry, le prince de DeuxPonts et Panchaud : celui-ci, grand calculateur,

honnétes gens:

ou

sions que

avoit fourni à Calonne les moyens de faire des emprunts , et d'ailleurs avoit reçu de lui, en une seule fois, 300 mille livres.

Chap. IV. Le peuple français ne s'attendoit pas, sans doute, à se trouver en personne sur le livre rouge; à se voir trainer dans la fange des courtisans et des filles titrées. Voici pourtant l'article : « au peuple, à l'entrée du roi à Paris, 15 mille livres ». Eh lien ! peuple, comprendias-tu enfin que cette cour te méprisoit et se jouoit de toi ? Vois, examine , compare ; on donnoit , dans un quart-d'heure , à un Polignac, 1200 mille livres, et dans le jour le plus solennel, dans une occasion unique, la bienfaisance royale ne s'élevoit pour toi qu'au soixantième de cette somme! --- Va donc maintenant, sur les belles paroles que te donnent les prédicans aristocrates, le prêter à une contrerévolution, rétablir l'ancien ordre de choses , et, comme ils le disent, reconduire en triomphe la famille royale à l'ersailles ! --- N'oublie pas surtout d'aller au-devant des Polignac, et de les ramener aussi en triomphe, pour compléter la fête !

CHAP. V. A madame la maréchale de Mirepoix, pour constituer 10,000 livres de rente sur la tête du sieur la Reyniere. Il est difficile de savoir si, par cet article, la dame Mirepoix donne au sieur de la Reyniere, ou si elle le paye ; il est clair seulement que l'état perd 125 mille livres.

A madame la princesse de Conti , pour perte sur deux cents actions des fermes , 2400 livres. Une princesse sur le livre rouge, pour cent misérables louis ! quelle honte ! Et pourquoi madame de Conti a-t-elle des actions sur les fermes ?

A M. Furth, pour l'édition d'un libelle, 22,680 ).; vraisemblablen ent que le libelle ne contenoit que des vérités. Or, notez bien l'époque, ( le 21 Féyrier 1778 ).

A madame du Barry, 5 millions 250 mille liv., pour abandon de 1250 mille livres de contrats, à 4 pour cent.

cru

Belle économie ! échanger une somme, qui peut donner au moins 5 pour cent, contre des contrats à 4 pour cent ! Cet article fournira des éclaircissemens aux mille et un historiens de la pudique du Barry. Tout ce chapitre est à-peu-près de la même couleur.

Le Chap. VI doit indiquer aux représentans de la nation que l'acquisition des droits utiles du Clermontois doit être examinée de près.

Autre article qui mérite attention : Ordonnance de huit millions sept cents mille livres pour le payement de l'acquisition de l'Isle-Adam , en bordereaux viagers de l'emprunt de janvier 1782, dont sept millions cinq cents mille livres seront constituées tánt sur la tête de sa majesté que sur celle de Monsieur. --- Ordonnance au porteur pour le complément du parfait payement de l'acquisition de l'Isle-Adam, tant en capitaux qu'intérêt». Qui auroit que

le roi des Français eût des rentes viagères ? Messieurs du comité doivent se faire remettre le travail de l'acquisition de l'Isle-Adam; il doit être curieux.

Le Chap. Vil prouve avec quelle facilité les banquiers de Paris se prêtoient aux dépenses de la cour. Une dépense montant à cinquante-huit millions huit cents vingt-cinq mille livres, n'a d'autre motif que ces mots : pour service connu de sa majesté.

Le Chap. VIII doit faire frémir, et sur les indi. gnes menées de nos ministres dans les cours étrangères , ct sur la violation du sceau des lettres à la poste : il en coûtoit tous les ans trois cents mille livres à l'administration , pour violer le secret des familles, pour procurer à un ministre les moyens de perdre un honnête citoyen. Souvent une lettre de cachet a été le prix d'une réflexion adressée à une épouse ou à un ami.

Eh! que l'on ne croye pas que cette manquvre n'étoit propre qu'aux ministres dont la perversité et le caractère despotique sont bien connus! un ministre qui so targue par-dessus de tout de sa probité, de son civisme, ne laissoit pas cependant d'user de cet honnête moyen. Un négociant de Bor. deaux réclamoit de lui, il y a quelques années , une somme considérable pour la perte d'un vaisseau sacrifié, avec sa cargaison, au service du roi. Le ministre usoit avec lui des plus détestables ehicanes et de délais éternels. Un jour que le négociant le pressoit fortement, le ministre s'avisa de lui reprocher qu'il avoit tenu sur son compte des propos qu'il lui rapporta. ------ « Je n'ai dit cela à personne, répliqua le gascon, mais je l'ai écrit à mon père , et vous ne pouvez le savoir qu'autant que wies lettres ont été ouvertes à la poste ». L'embarras du vertueur ministre confirma l'argument du gascon, qui n'esquiva une lettre de cachet que par ses entours, la justice de sa demande, et les plaintes publiques de ses amis.

Depuis 1774 jusqu'en 1788 les dépenses secrètes des affaires étrangères se montent à plus de cent millions. Quand on supposeroit que les frais d'espionage et de corruption seroient au plus haux prix, on ne concevro't certainement pas qu'ils pussent excéder les deux millions portés au compte des dépenses fixes du département des affaires étrangères, ni les quatre millions cinq cents mille livres pour dépenses imprévues. A quoi s'applique donc cette dépense énorme ? On ne peut former que des conjectures à cet égard. Il a été très-public que la cour de France faisoit passer des sommes considé rables à l'empereur ; ce bruit ne s'est

pas

accrédité, sans que des témoins oculaires n'ayent vu les voitures qui les transportoient sur les confins des deux étais. Les courtisans, qui croyoient avoir besoin de justifier cette manceuvre, disoient qu'il y avoit un traité secret entre l'empereur et la France, pour céder à celle-ci les Pays-Bas autrichiens : cette grossière absurdité calmoit cepen. dant quelques esprits. On doit se rappeler que , dans les jours les plus difficiles de notre révolution, l'enyoi de l'argent de France à l'empereur

fut

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