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réplique, que le peuple n'avoit ni mauvais dessein, ni même désir coupable, c'est qu'il a fui devant le vicomte Mirabeau; c'est qu'une balle ne l'a pas tué au moment même où il a mis l'épée à la main; c'est qu'aucune pierre ne l'a frappé. Croit-on que, si ce peuple n'eût pas compté sur la vengeance des loix, l'épée du vicomte de Mirabeau eût été un épouventail bien puissant, et qu'il eût fait reculer ceux qui ont bravé le canon de la bastille? Une légitime défense autorisoit incontestablement chacun de ceux dont la vie étoit menacée par l'épée du vicomte de Mirabeau, de le tuer sur la place; et, puisque le peuple a eu la magnanimité de ne pas le faire, la loi lui doit une vengeance spéciale, afin qu'il ne sot pas tenté, dans d'autres occurrences, de se faire justice par ses propres mains.

Le corps du délit est constant; l'intention étoit claire il y avoit un commencement d'exécution. Un seul coup d'épée pouvoit faire verser des flots de sang dans tous les quartiers de Paris. Il est donc de l'intérêt même des aristocrates, de seconder ceux qui demandent vengeance pour le peuple contre le vicomte de Mirabeau. C'est une cause nationale, que nous n'abandonnerons qu'après l'avoir complètement gagnée. Mais il importe au succès même de la cause du peuple, qu'il s'interdise la terrible logique de fait dont il a fait usage au moment de la révolution; il doit laisser agir, aujourd'hui, la presse et les loix. .

La vigueur et la prudence, la fermeté et la modération que le peuple a montrées dans ce jour, ont déjoué, pour le moment, les projets des aristocrates, comme la résipiscence des chasseurs de Normandie et du régiment de la Couronne; mais il leur reste encore deux grandes ressources, la cessation du payement des troupes et la procédure du châtelet. Ils vont en créer une troisième. Jeudi soir, les prêtres aristocrates s'assemblèrent

encore aux Capucins pour faire une Adresse aux provinces, dans laquelle ils cherchent à les soulever contre le décret qui exproprie le ci-devant clergé, en supposant que la foi de nos pères est en danger. Mais sans doute que le peuple des provinces verra, comme celui de Paris, que les prêtres défendent leurs abbayes, leurs prieurés, leurs bénéfices à huit cents fermes, et non pas la religion catholique. Il ne faut qu'une observation pour prouver qu'elle n'est pas en danger; c'est que Tassemblée nationale a décrété une dépense annuelle de 133 millions pour les frais

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du culte.

Si l'exemple du peuple de Paris et l'attachement de l'assemblée nationale à la foi catholique doivent nous inspirer quelque sécurité sur le libelle que les prêtres vont publier, il ne faut pas nous endormir sur les finances, le châtelet et les troupes.

Nos finances exigent de l'ordre et des secours pour le moment, et de l'ordre pour l'avenir. Elles sont régies par un ministre qui, ayant enfin jeté le masque de popularité qu'il n'avoit jamais su prendre que mal-adroitement, même dans ses écrits, fera échouer, s'il le peut, les meilleures opérations de l'assemblée nationale, afin de nous punir d'avoir cessé de croire en ses talens et en ses vertus. Les financiers, banquiers et agioteurs, espèce de caste aristocratique, dont il est le MAURY, le seconderont de toutes leurs forces, pour faire perdre les assignats sur la place, et pour contrecarrer tout ce qui pourroit tirer le trésor public de leur dépendance. Le moyen de parer a ce danger sera de se pénétrer de la sagesse de l'opération des assignats, d'éclairer à cet égard les moins instruits; et si la horde financière fait vendre les assignats à perte, pour les décrier, de profiter de sa coupable sotise en les achetant.

Le châtelet est aussi un des plus grands obstacles aux progrès de la révolution: non seule

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ment il a laissé impunis tous ceux qui ont machiné contre la nation; mais il promet l'impunité à ceux qui feront de nouvelles tentatives pour dissoudre l'assemblée nationale. Non-seulement il poursuit et décrète les patriotes et les. écrivains zélés, mais il ourdit une trame infernale contre ce qu'il y a dans l'assemblée natiorale de plus illustres défenseurs des droits du peuple. Quelle procédure! C'est le ministère, qui, sous le masque du châtelet, fait les fonctions de juge; et c'est l'aristocratie qui fournit les preuves et les témoignages, par la bouche de ses apôtres les plus fougueux. Ne pas se hater de détruire un pareil tribunal, ne pas décréter un vrai tribunal national; c'est trahir la cause publique et soi-même. Les représentans de la nation ne croiront-ils au danger dont ils sont menacés, et la liberté avec eux, que lorsqu'ils seront réduits à opter entre une mort ignominieuse ou une insurrection?

Il ne faut pas enfin se dissimuler que les officiers-généraux de l'armée sont en grande partie vendus à l'aristocratie, qu'ils cherchent à débaucher les troupes, à pervertir leurs sentimens; ce qu'a fait Livarot à Lille, d'autres le font dans' plusieurs endroits du royaume (1).

(1) DE L'ISLE-DE-RÉ. « Le régiment de Perche est travaillé dans un genre difficile à concevoir. Le comte de la Ferté-Senecterre, colonel, est dans une de ses terres, où il a eu le secret de se faire nommer officidr de la garde nationale. Il vient d'envoyer à la compagnie des grenadiers 150 livres pour boire à sa santé. Il leur a écrit qu'ils pouvoient compter sur lui à la vie et à la mort; et il ajoute << que lorsqu'il iroit faire »sa cour au roi, leur maître et le sien, il ne manqueroir » pas de les citer comme de braves gens, dont on » devoit être sûr ». Cela a donné beaucoup de mé

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On nous assure qu'Esterhazy est à Paris Il suffit de le nommer pour prouver qu'il est venu chercher des ordres et des instructions qu'on n'osoit pas confier au papier. Si on tente quelque opération à l'autrichienne, on peut être sûr qu'il en sera un des principaux agens.

Nos frontières sont gardées par des étrangers, ou elles sont abandonnées. Le ministre de la guerre a écrit dans les provinces belgiques « que, les circonstances présentes, et les troubles qui règnent dans la Flandre et le Hainaut ne per» mettent pas d'y remplacer les troupes » dont on a dégarni les villes frontières.

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Enfin, comme le ministre de la guerre n'étoit pas assez complaisant, ou s'il tenoit trop aux priacipes populaires qu'il a montrés, Saint-Priest, l'élève du Divan, Saint-Priest le turc, Saint-Priest le visir a formé une cabale pour le culbuter. Il croit qu'il pourra beaucoup mieux servir les ennemis du bien public dans le ministère de la guerre. que dans celui de la maison du roi.

Réunissons-nous donc, citoyens de toutes les classes, pour écarter le visir du ministère de la guerre, pour démasquer les manoeuvres des officiers-généraux des garnisons, pour soutenir le patriotisme de nos frères de l'armée, pour préve nir enfin que les troubles actuels ne se perpétuent ou ne s'augmentent, et pour franchir les obstacles que nos ennemis ne cessent d'apporter à la constitution.

fiance aux autres compagnies contre les grenadiers ». C'est ainsi qu'on en a agi pour jeter la division en re les grenadiers d'Auvergne et les autres compagnies.

Addition

Addition au livre rouge.

Nos dignes représentans, les membres du comité des pensions, ne devoient s'attendre qu'à des té moignages d'estime et de reconnoissance pour la publication du livre rouge. On devoit présumer que les brigands dont ils dévoiloient les forfaits, confus, atterrés, garderoient au moins le silence. Non, le maréchal de Ségur, homme d'esprit, comme chacun sait, s'est appliqué ce que le comité avoit dit dans son avertissement d'un ministre qui, ayant 98 mille livres de traitement, formoit la demande d'un duché héréditaire, et de pensions reversibles à ses enfans. Il a écrit, le 8 avril, une lettre au journal de Paris, qui, fidèle à ses anciens principes, à son ancienne impartialité, s'est permis de la publier, sans exiger qu'elle fût en termes du moins honnêtes, et tels qu'il convient à un très-simple particulier d'en employer envers une section des membres de l'assemblée nationale.

« Je n'ai jamais répondu, dit le sieur de Ségur, aux pamphlets ni aux libelles ». On pourroit lui dire qu'il n'a jamais répondu à rien; car apposer sa signature n'est pas répondre, et l'on sait bien que sa capacité ne s'est jamais étendue au-delà de cette opération méchanique.

« Mon âge, mon grade, mes services, mes blessures, et l'estime de l'armée, sembloient me défendre suffisamment contre l'injustice et la calomnie ».

On voit que ceci n'est qu'une amplification de rhéteur-secrétaire. L'age d'un ministre n'empêche point qu'il ne soit un pillard, lorsqu'il a pillé le trésor public. Le grade d'un militaire ne prouve rien en sa faveur, sous un régime despotique, où No. 40.

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