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Il est plus difficile encore de répondre à cette question quand ou voit que cette caisse, au lieu de payer les 8o millions effectifs qu'elle devoit préter se on le décret, a, contre une sorte de convention tacite entre le ministre et l's administrateurs fourni en payement 13 millions de divers effets royaux dont elle étoit déja nantie, et qu'elle veut effectuer les 28 millions qu'il lui reste à payer, en assignations ou rescriptions sur le trésor royal; et cependant, malgré cet attentat évident à la foi publique, malgré les bénéfices que la caisse a faits depuis qu'elle existe, et qu'elle a pu tripler depuis la rareté du numéraire, le ministre n'en représente pas moins les administrateurs comme d'honnêtes citoyens qui servent la cause publique sans intérét et par dévouement.

Quoi qu'il en soit de ces contradictions, récapitulons les causes de l'énorme différence qui se trouve entre les besoins de cette année, vus du mois de novembre ou du mois de février.

La différence des revenus à la dépense est pour le reste de l'année courante de 47 millions; le vide des anticipations de 124 millions, le défaut de remplacement et la non-perception des impôts, 60 millions, avec grande crainte que cet objet ne monte plus haut. Les dépenses extraordinaires iront à 60 millions. L'intérêt de l'emprunt de 80 millions est porté à 3 milions.

Voici les objets apperçus par le ministre des finances pour faire face à ces besoins.

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50. Renouvellement des anticipa

tions.

6o. Accélération sur la partie des recouvremens des receveurs-géné

raux.

7°. De la contribution patriotique, y compris les fonds remis directement à l'assemblée nationale.

8°. D'un emprunt dans le cours de l'année.

9. En différant encore d'accroître le fonds destiné aux rentes, et en payant, à l'amiable, deux semestres à la fois sur divers objets, ainsi qu'on l'a indiqué.

10°. Retards ou payemens en effets à terme, de diverses dé penses ordinaires et extraordinaires.

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60,000,000 liv.

15,000,000

30,000,000

30,000,000

50,000,000

30,000,000

TOTAL.

292,000,000 liv.

Et, pour subvenir aux variations dont tous ces objets sont susceptibles, le ministre propose, pour dernier moyen, un emprunt de 30 à 40 millions de la caisse-d'escompte, en allouant une prime de 2 pour cent aux billets de cette caisse qui existeroient en circulation au 15 juin prochain.

Le mémoire contient, outre l'état de nos besoins et les moyens de les couvrir, deux autres objets; l'établissement d'un bureau de trésorerie, et un projet de création d'un papier - monnoie. Nous pourrions étendre fort loin nos réflexions sur ce n'étoit mémoire.

Nous demanderons seulement sur quelles bases porte l'espérance de réaliser, dans le cours de l'année, un emprunt de 30 millions? Ne pourroitt-on pas répondre à ce mot d'emprunt, si la matière aussi sérieuse : C'est votre lethargic?

Nous demanderons comment il est possible de

proposer de recourir à une caisse obérée, ban queroutière, et qui s'est jouée même dans la der nière opération des intentions du ministre et du décret de l'assemblée, par un versement de 13 et 28 millions d'effets royaux au lieu d'espèces ? Comment on peut proposer, quoiqu'indirectement, une nouvelle émission de billets dont les fortunes publique et privées sont déjà submergées.

Nous demanderons pourquoi on propose de faire payer par la nation les 2 pour cent à attacher aux billets qui circuleront encore au 15 juin prochain? Cet intérêt est-il assez fort pour indemniser le porteur des pertes qu'il éprouve par la non conversion de ce billet en argent? La nation doit-ella payer l'intérêt d'une somme qui lui a été prêtée, et dont elle a déjà payé l'intérêt?

Eh! pourquoi donc ne pas recourir au plus vite aux améliorations, aux retranchemens de dépenses, à l'examen sévère de la dette publique et au retranchement des fausses créances, seuls moyens infaillibles en finance, moyens que la remise du livre rouge rend enfin praticables?

Un seul article du département des affaires étrangères, celui des traitemens des ambassadeurs, ministres et secrétaires, résidens dans les cours étrangères, présente un objet de réduction fort important; le total s'élève à 2 millions 430,700 livres. Qui croiroit qu'un cardinal de Bernis nous coûte à Rome cent cinquante mille livres annuellement?

Un marquis de Noailles à Vienne, 200,000 liv.; un la Vauguyon à Madrid, 200,000 livres ; un mar quis de Bombelle à Venise, 72,000 liv.

Qui croiroit que nous avons, chez tous les petits princes d'Allemagne ou d'Italie, des ministres qui nous coûtent jusqu'à 30, 40 et 50 mille livres, sans compter leurs secrétaires qui ont 3000 livres pour faire toute la besogne.

Que faisons-nous dans les cours étrangères de

tous ces espions décorés, de ces aristocrates quiy décrient la révolution, la constitution, et qui se moquent de la cocarde patriote? Rappelons-les, ou forcons le pouvoir exécutif à les rappeler, en rayant d'un trait de plume leurs deux millions, 430 mille 700 l. Allouons depuis 6 jusqu'a 10,000 liv. à des citoyens laborieux, instruits, fermes, qui, sous le titre de résidens, d'envoyés, feront dans l'étranger tout ce que font ces superbes ambassadeurs, ou plutôt tout ce qu'ils y devroient faire.

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IIs y seront sans doute traités d'abord avec hauteur; mais ils passeront par-de-sus cet inconvénient par amour de la patrie, et bientôt ils y seront respectés, s'ils ont des mœurs, un caractère, et des talens politiques.

Sur trente-quatre ambassadeurs, ou ministres et envoyés, il seroit donc possible d'écosomiser tout d'un coup, et sans nuire à nos intérêts, au moins deux millions, puisque les 430,700 hvres d'excédent surpassent les traitemens qu'il seroit convenable de faire aux envoyés de la nation.

Et plus de comunissaires des limites, tels que le comte d'Ornano, qui a 25,800 liv., plus de rédacteurs d'ouvrages politiques, tels que le sieur Pulhière, qui a G000 livres : plus d'employés particuliers, tels que l'abbé de Bayanne, auditeur de rote à Rome, qui a gooo liv.: plus de maître-de-chambre de l'ambassade à Rome, tels que le chevalier du Fresne, qui a 3000 lir.

Je me borne à cet exemple pour faire voir que, sile comité des finances avoit voulu jetter un œil sévère sur la dépense publique,il auroit pu la réduire beaucoup au-delà de ce qu'il a annoncé. Mais le comité est composé de grands seigneurs et de gros financiers, qui croyent le peuple bien bete en finance qu'ils ne perdent pas de vue que l'oeil de l'opinion publique les suit de près!

Tribunal

Tribunal des crimes de lèse-nation.

Occupés gravement de hochets politiques, les patriotes ne paroissent guère alarmés des crimes de lèse-nation, que commet presque tous les jours le tribunal érigé pour juger et faire punir les criminels de lèse-nation. Il n'est cependant pas dans ce moment d'objet plus digne de leur sollicitude. La collusion évidente du tribunal provisoirement national, avec les agens du pouvoir exécutif, rend absolument précaires la liberté publique et individuelle.

Le citoyen le plus vertueux, le plus utile, court les risques à chaque heure du jour, sur-tout si son courage et ses talens sont redo tables aux ennemis de la patrie, d'être arrêté sans formalités, condamné sans preuves, supplicié sans délit et nous osons dire que nous sommes libres !

....

Les ennemis de la patrie, ceux qui se sont déjà signalés contre elle par les plus exécrables attentats, sont proclamés innocens, sont invités par la plus odieuse impunité à poursuivre le cours de leurs forfaits, ou à ourdir de nouvelles trames; il se fait des mouvemens alarmans dans les états où les traîtres se sont réfugiés; les aristocrates sèment la discorde dans les provinces; ils accaparent les places et le numéraire; ils préparent les feux de la guerre civile, et la cour ne craint pas de leur faire donner, par le châtelet, un signal éclatant de mettre la main à l'œuvre de notre destruction.

Le châtelet! un tribunal décrié, même sous l'ancien régime! des officiers qu'un ministère corrompu méprise assez pour les pensionner publiquement! une simple commission composée de juges pris dans une seule commune du royaume; No. 35. G

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