Page images
PDF
EPUB

ble que dans une année. Or, si vous avez besoin d'argent comptant, il faudra que vous perdiez sur votre billet. Qu'est-ce que vous donneront les prêtenoms qui travaillent certains fonds chez les marchands de vin de la rue Vivienne ? ( car c'est là le tripot de la horde financière, cela fait horreur ). On vous retiendra, soyez-en assuré, un pour cent par mois, peut-être plus. En sorte qu'au lieu de 979 livres qu'on donne en ce moment pour un billet de mille liv. , on ne vous donnera que 924 liv. pour un billet de mille cinquante : le piége est pour des buses.

Je ne serois pas étonné que, sous prétexte d'aider le gouvernement, la caisse d'escompte n'eût fait une fabrication de billets supérieure au gage qui garantissoit leur soldement. C'est une fabrication eriminelle , quoi qu'on en puisse dire ; c'est une fabrication de faux billets plus dangereuse que toutes les fausses monnoies. Il faut donc convenir de la sagesse des principes que j'ai ayancés, lorsque j'ai parlé du danger des billets de banque et de caisse, et de la supériorité d'un papier-monnoie fabriqué d'après ces principes et sous la direction de la nation. Soit qu'on confie la fabrication d'un billet de banque à une société d'actionnaires, soit que des ministres s'en réservent la direction, on doit être convaincu que l'avarice des uns , despotisme des autres, violeront tôt ou tard l'ongagement sacré, contracté avec le public, de ne jamais mettre en circulation des billets au-delà du nombre déterminé par la loi : et ce ne sera que lorsque le mal sera sans remède que vous reconnoitrez le précipice dans lequel on vous aura jeté, et vos blessures inortelles vous donneront d'inutiles regrets. Jusqu'alors on vous aura leurré par des ooinptes dont l'ordre vous aura charmé ; je me méfie de tous ces comptes : les plus habiles gens y sont trompés ; les honnêtes gens en sont dupes; les fripons seuls s'en parent comme du manteau de probité. De fripon à fripon, le plus adroit so No. 30.

F

ou le

concilie l'estiine , et cependant il n'est que plus habile escamoteur. Il a dit : Je n'ai rien dans mes mains ; mais la gibecière est sous la table.

Pour revenir aux papiers d'état, je le répète , il n'y en a qu'un seul qui soit bon : c'est celui qui, fabriqué par l'état , au seul profit de l'état , est une véritable monnoie, qui a pour garantie une propriété foncière, et non un coffre-fort qu'on vide sans qu'on en sache rien. Tous autres bil. lets dont la fabrication est affermée ( c'est le niot propre ) à une société d'hommes riches, tous billets qui ne sont pas de l'argent, mais qu'on peut forcer à solder, tomberont nécessairement dans le discrédit dont sont entachés les billets de la caisse d'escompte, lorsque la cabale voudra les faire tomber, ou lorsque des opérations ténébreuses auront débordé du cercle tracé par la loi : la caisse d'escompte s'est trouvée dans ces deux cas.

Quant aux billets d'état, il en existe de nécessaires dans ce moment; mais il faut les solder le plutôt possible ; c'est une pature d'agiotage.

Il est incroyable qu'on s'effraye du papier-monnoie, et qu'on ne veuille pas saisir la différence qu'il y a entre ce papier et les billets de banque. Jamais le papier-monnoie, qui ne peut avoir pour gage qu'une propriété foncière, ne peut courir le moin tre danger : jamais il ne peut perdre de valeur , parce que le fonds qui lui sert de gage est de beaucoup supérieur à cette valeur ; il équivaut à l'argent métallique, pour l'achat de ce dont on a besoin ; il lui est préférable pour la commodité du commerce; il a plus de solidité que la lettre de change du banquier le plus opulent : le mode de fabrication peut produire à l'état un intérêt considérable ; cet intérêt augmentant les revenus , procure la suppression des impôts fàcheux qui per sent toujours sur les contribuables les moins en état de les supporter. Les billets de banque ou do caisse, au contraire, qui ne sont point de l'argent, qui ne sont que des signes représentatifs de l'argent, qu'il faut finalement remplacer par de l'argent, perdront de leur valeur , lorsqu'on cachera l'argent, et qu'on ne pourra conséquemment plus les liquider. Il y a plus, la mancuvre à l'aide de laquelle on fera valoir la banque, nous mettra à la merci des manipulateurs ; et comme il faudra établir , dans les princ pales villes du royaume, des ateliers de ces opérateurs, le nombre des manipulateurs augmentera en proportion; on volera en proportion; on nous vexera en proportion ; tous les dangers, en un mot, s'accumuleront en proportion.

Le papier-monnoie est à l'abri de ces dangers ; il peut se fabriquer en public, dans un seul lieu; il n'a besoin d'aucun actionnaire pour sa libre cir- , culation dans toute la France.

On ne sauroit trop recommander de ne pas compliquer cette opération. H faut qu'elle puisse être comprise par l'homme le plus simple, et qu'il puisse se dire : cela vaut contrat, cela est meilleur qu'un contrat ; parce que , 1o. je ne perds rien dessus quand je le donne en payement ; 2°. on est obligé de le prendre en payement ; 3o. il est bien assuré sur de belles et bonnes terres qu'on ne peut pas vendre, parce qu'elles sont engagées publiquement; 4o. je n'ai pas besoin de m'occuper d'hypothèque, et de regarder tous les jours le tableau ; l'ail de la nation y regarde pour moi, et mon garant ne peut plus me tromper.

Concluez donc qu'on fait mal de fondre nos vaisselles ; qu'on fait mal de fabriquer tant d’écus; qu'on fait mal de ne pas fabriquer un papier monnoie qui ( moyennant la sauve - garde de la nation ) feroit rentrer nos riches émigrés, feroit re.. viyre notre commerce , ranimeroit notre industrie, et rétabliroit la balance du commerce qui toujours a été à notre avantage. Concluez que les billets de ban. que et de caisse ne valent rien, et qu'il est absurdo de priver l'état d'un bénéfice très-considérable pour en procurer un moindre à des actionnaires ou des formiers,

J'ai prouvé, dans ma lettre à M. Necker que c'étoit là le seul moyen de sauver la patrie : vous verrez qu'on n'aura recours à ce moyen qu'à la dernière extrémité.

J'ai l'honneur d'être, etc. BEYERLÉ, conseiller au parlement de Nanci.

De Valbenorte en Forez, le 22 Janvier 1798.

MONSIEUR,

Détrompez ceux qui pourroient croire que le feu du patriotisme s'éteint par-tout ; comme on a voulu vous le suggérer par les deux lettres incluses dans votre No. 26.

Nos campagnards n'ont d'autres mots à la bouche que ceux de vaincre ou mourir.

On est du plus grand étonnement dans nos cantons, quand on entend parler des tentatives de trahisons des aristocrates, attendu que, si la contre - révolution avoit lieu , les deux ordres , clergé et noblesse, dispersés dans les provinces, ne pourroient calculer la juste mesure des dangers qu'ils auroient à courir;

Et même, ce qui fait frémir en y songeant, que ce seroit sans distinction des manières de penser, qui sont à coup sûr bien éloignées d'être les mêmes.

J'ai l'honneur d'être avec la plus grande considération, Monsieur, votre, etc.

Extrait d'une lettre de Lyon.

Je n'ai pas dû être peu surpris de retrouver Lyon, ma patrie, plus ancrée dans l'aristocratie que jamais; je n'ai pu me contenir; par-tout j'ai fait entendre mon respect, mon admiraticn et mon dévouement pour l'auguste assemblée nationale. Peut-être ai-je fait beaucoup de bien , quand ce ne seroit que de raffermir et rassurer le courage des bons et des chancelans patriotes. La

cabale de ceux qui occupent les places, qui y aspirent , qui y devoient prétendre, et les adhérans, est en vérité inconcevable; plus il y a de résistance, plus mon courage augmente; plus je m'obstine á démasquer cette vile canaille de gens qui s'imagine valoir davantage que ceux qu'elle opprimoit.

J'ai ouï parler à mon arrivée, par un mi-aristocrate, de l'assemblée qui a eu lieu aux Jacobins, de trois à quatre mille citoyens , les 11, 12 13 de ce mois. Il me l'a rendue d'une manière si peu vraie, que tout-à-coup j'ai cru qu'elle étoit irrégulière ; mais ayant entendu ensuite les deux partis, c'est-à-dire, le pour et le contre, je n'ai pu m'empêcher d'y applaudir. Elle a du moins servià faire tant soit peu , prématurément au décret de l'assemblée nationale, organiser les officiers de la garde nationale. La réponse de nos quatre députés au président de ladite assemblée est on ne peut pas plus sage pour le bien de la paix.

Notre ancienne municipalité, sur le point d'expirer, a cherché à se faire un rempart contre la nouvelle municipalité qui est sur le point de se former, en approuvant hautement des companies de volontaires, et en recevant d'elles le serment, Dimanche 18 Janvier après midi , tandis que

lo même jour, l'ordonnance de ladite municipalité portoit que les citoyens , depuis l'âge de 18 ans jusqu'à 60), s'assemble oient dès le lendemain dans les 28 quartiers, à l'effet de procéder à la nomina:ion de nouveaux officiers

par

la voie du scrutin. Ladite municipalité , dis-je, ayant affecié dans son ordonnance de ne point indiquer le mode pour l'assemblée, et la nomination des officiers de tout grade de la garde nationale, ce qui auroit mis les 23 martiers dans une confusion dangereu: e à cesoi public, ce que l'on cherchoit à Toment"; mais qui a été déjouée par la précaution

pu les commissaires et le président de l'as.

Le des Jacobins , en arrêtant sur le champ 11.0; et de réglement provisoire pour la police

« PreviousContinue »