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Occuper les poftes, quelques artilleurs avec leurs canons, & trois corps de muficiens. Vers les 7 h., le prince Henri, fuivi d'une foule de fpectateurs qui ne fe laffoient pas de faire les vœux les plus ardens pour fa perfonne, prit la route de ce château, dans l'ordre fuivant. 1o. Deux poftillons fonnant du cor. 2o. Deux couriers. 3°. Seize chaffeurs pruffiens. 4°. Deux couriers & 2 veneurs de la cour électorale. 5°. Un carroffe anglois à 4 places, tiré par 8 chevaux, & dans lequel étoit affis le prince avec le lieutenant-général de Mollendorff & le major de Kaphergft, envoyé de S. M. Pruf. près de notre cour. Le carroffe étoit entouré des pages de S. A. R. Tout ce cortege étoit fermé par quelques chaffeurs pruffiens. S. A. R., après avoir déjeûné au château de Moritzberg, où elle ne s'arrêta que peu de tems, prit congé de la maniere la plus affectionnée, de toute la maifon électorale, & partit pour Berlin. Le prince Henri, que fes éminentes vertus faifoient adorer de tous les ordres de citoyens, a laiffé, à fon départ, dans le palais de Bruhl, des marques de fa générofité. On affure que l'électeur lui a fait préfent d'une épée dont la garde, un pommeau de canne & les boutons d'un habit complet font faits d'une pierre rare que l'on trouve dans cet électorat, & que le tout eft garni de brillans.

Le 30, jour de la Trinité, on récita en actions de graces pour la paix, une priere qui venoit de fortir de l'imprimerie électorale. Celle qui avoit été jufqu'à préfent en ufage a été entierement refondue. On en a retranché divers paffages qui ne pouvoient plus fubfifter dans un fiecle auffi éclairé que le nôtre, & furtout les expreffions peu mefurées qui concernoient le pape. Les litanies ont fubi une égale réforme; on en a fupprimé certains verfets remplis d'apostrophes contre le

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pontife de Rome, & qui étoient toujours chan tés avec une affectation indécente de la populace, qui développoit dans ces momens toute la force

poumons.

Le 5 de ce mois, à la pointe du jour, le fon des cloches & le bruit du canon annoncerent la fête ordonnée pour l'heureufe conclufion de la paix, On affure que dans les négociations de paix, on eft convenu d'un article particulier en vertu duquel les trois religions tolérées dans l'empire pourront célébrer chacune leur culte, fans craindre d'être troublée ou inquiétée par aucun acharnement fanatique. Il feroit à défirer qu'on parvînt enfin à bannir de ces différentes communions cette haine invétérée dont les fuites n'ont été que trop funeftes.

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L'électeur a fupprimé, à commencer du er. de ce mois, les impôts extraordinaires qui avoient été exigés en 1778 pour la continuation de la guerre. Il a été expédié par le département des finances un ordre aux fous-receveurs, afin qu'ils aient à s'abftenir d'une pareille perception. Cette déclaration a répandu la joie parmi le peuple, qui eft convaincu que le gouvernement n'eft occupé qu'a le foulager. Notre fouverain a déclaré en même tems, que fi le produit de la taille extraor dinaire levée jufqu'ici n'étoit pas fuffifant pour payer tous les frais de la guerre, la chambre électorale des finances y fuppléeroit.

RATISBONNE ( le 7 Juin.) Le baron de Lehrbach, nouveau co-commiffaire impérial, arriva en cette ville le 29 du mois dernier.

Le 31, un détachement de 80 hommes des troupes Bavaro-Palatines arriva ici par eau; le Ier. de ce mois, il fe rendit à Statt-am-Hoff, où il prit poffeffion des poftes qui, au départ des Autrichiens, avoient été occupés par la bourgeoifie.

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Suivant les lettres de Straubing, le comte Maximilien de Preifing y arriva le 26 du mois dernier, en qualité de commi faire de l'électeur Palatin, duc de Baviere, pour faire prêter, au nom de S. A. S., foi & hommage a ix habitans de cette ville. Le 29, les troupes autrichiennes en font parties, ainfi que le baron de Kreffel, qui avoit fait la veille l'extradition de cet e place. Le comte de Preifing eft actuellement occupé a rétablir l'administration bavaroife, & à procurer du foulagement à ceux des habitans du district qui étant fur la route de Bohême ont beaucoup fouffert par les tranfports de recrues, de chevaux, &c., qui alloient à l'armée autrichienne.

VIENNE (le 10 Juin.) Le prince de Kaunitz chancelier de cour & d'état,avoit demandé la démiffion de tous fes emplois à caufe de fon grand âge & de fes infirmités; mais L. M. Imp. defirant conferver ce miniftre, lui ont donné pour adjoint le come Jean-Philippe de Cobenzl, avec le titre de vice chancelier; c'eft le même qui étoit miniftre plénipotentiaire de cette cour au congrès de Tefchen. En conféquence, le gouvernement a fait notifier aux ambassadeurs & miniftres étrangers qu'ils pourroient s'adreffer au comte de Cobenzl comme au prince de Kaunitz. Le général baron de Jacquemin a obtenu le commandement général des troupes en Hongrie, vacant par la mort du général comte d'Ayaffa. Le régiment de cuiraffiers a été donné au prince de Nailau-Ufingen; un autre régiment qui vaquoit par la mort du comte de Saint-Ignon, a été conféré au comte d'Arberg.

La place d'internonce auprès de la Porte ottomane étant vacante depuis quelque tems, L. M. I. y ont nommé M. de Herbert, confeiller aulique d'état & de cour, qui doit partir inceffamment pour Conftantinople.

Toute la cour eft actuellement au château de Laxembourg, d'où l'empereur revint ici le 2 pour affifter à la proceffion de la Fête-Dieu; S. M. I. retourna le foir à Laxembourg.

L'archiduc Maximilien a déjà paru plusieurs fois au fpectacle; mais S. A. R. ne pouvant encore faire aucun ufage de fa jambe, elle eft obligée de fe faire tranfporter partout où elle veut aller.

La paie de guerre a été fupprimée le 1er. de ce mois pour tous les foldats & bas-officiers; mais tous les officiers & généraux jouiront encore de ee traitement jufqu'à la fin du mois d'Août. Il fe fait une grande réforme dans les officiers & employés des vivres & des hôpitaux; mais l'humanité ne permettant pas à l'empereur de les abandonner à l'indigence, S. M. I. leur affigne le tiers de leurs appointemens jufqu'à ce qu'ils puiffent être remplacés ou obtenir quelqu'autre emploi. Comme les corps francs de nouvelle levée deviennent inutiles, avant de les congédier, on a envoyé dans leurs cantonnemens des officiers allemands & hongrois afin d'engager tous ceux qui voudront entrer volontairement dans les régimens de ligne. On a rendu à l'agriculture toutes les recrues de Carinthie, de Stirie, &e., qui étoient dans les fauxbourg de cette capitale. On leur a laiffé leurs uniformes & leurs armes qu'elles dépoferont à leur arrivée chez le principal officier de leur bourg ou village; elles font tenues de fe trouver deux fois par an au quartier d'affemblée indiqué, & toucheront alors la folde, pendant qu'elles feront exercées au manîment des armes & aux évolutions.

On apprend du Tirol que le comte Jofeph de Spaur, évêque de Seccau, a été unanimement élu prince-évêque de Brixen à la place de fon frere, mort dernierement. On voit ainfi en moins "d'un an trois comtes de Spaur remplir fucceffivement ce fiege.

Près de Lublys, au palatinat de Zips dans la Haute-Hongrie, il y a plus de 15 jours qu'une campagne fort étendue a pris feu d'elle-même & qu'elle n'a pas difcontinué de brûler, fans qu'il ait été poffible de calmer l'embrasement; la fumée qui en fort fent le charbon de terre.

Il y a actuellement à Belgrade un Turc de condition, nommé Ofman Effendi, qui entretient une correfpondance fuivie avec les différens gouverneurs de nos provinces frontieres. Il écrit trèsbien, furtout en allemand, & fçait plufieurs autres langues. Le public ignore l'objet de cette correfpondance, mais elle prouve dumoins que les Ottomans fecouent le joug de l'ignorance, dont ils se faifoient gloire jusqu'ici. Voici des faits qui le confirment.

On mande de Conftantinople que le capitan pacha vient d'y fonder une académie où l'on enfeigne l'aftronomie, la géographie, la navigation & plufieurs autres fciences, & qu'il a attaché à cet inftitut plusieurs fçavans. Il a déjà fait conftruire des vaiffeaux fur le modele de ceux d'Angleterre ; & pour fe procurer de bons matelots, il a beaucoup augmenté la paie des fiens.

Des lettres particulieres portent encore que le grand-feigneur a engagé le mufti à faire traduire & imprimer en arabe divers ouvrages étrangers, & à commencer par ceux de la philofophie moderne; que S. H. laiffant tout le profit aux traducteurs, fe charge de tous les frais des éditions. Si cette nouvelle fe confirme, elle annonce une grande révolution dans les idées mahométanes car on fçait que le koran du grand prophête défend expreffément de faire imprimer des livres, & de s'appliquer aux fciences; cependant ce n'eft que par la tranfgreffion de cette loi que le fultan pourra parvenir à polir les mœurs de fen vafte empire.

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