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marche attireroit indubitablement l'attention des deux puiffances belligérantes, & pourroit caufer ainfi des fuites qui obligeroient les trois couronnes à fe départir du fyftême de neutralité qu'elles fe propofoient de fuivre dans la conjoncture actuelle; qu'en vertu de cette réfolution, S. M. I. feroit des difpofitions pour qu'il fortît au printems, du port d'Archangel une efcadre de 3 ou 4 vaiffeaux de ligne & de quelques frégates, afin de croifer fur les côtes de la Ruffie jufqu'au cap Nord; que dans cette vue, l'impératrice invitoit les rois de Suede & de Danemarck à tenir dans les mêmes mers chacun une efcadre de pareille force, afin que les vaiffeaux dès trois puiffances formaffent une efpece de cordon & fe prêtaffent les mains en cas de néceffité, pour protéger efficacement toute navigation étrangere dans la mer du nord contre les attaques de qui que ce fût particulierement pour éloigner de ces parages tous corfaires, de quelque nation qu'ils fuffent, fans exception; & pour donner plus de poids à cette réfolution, S. M. I. propofa en même tems, que les miniftres des trois cours à celles de Paris & de Londres y remiffent des déclarations pour leur notifier ces intentions.

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Dans les premiers jours d'Avril, le baron de Nolken remit au comte de Panin la réponse de la cour de Suede. Il y eft dit « que S. M. Suéd. verroit avec plaifir qu'il convint à l'impératrice d'étendre davantage la protection qu'elle veut accorder à la liberté des mers, vu que les principalés vexations qu'on fait éprouver au pavillon fuédois, n'ont pas tant lieu fur les côtes du royaume que dans les autres mers d'Europe, où les commerçans fuédois trafiquent fous la garantie des traités & du droit des univerfellement gens recu; qu'ainfi, qucique S. M. Suéd, veuille adhérer au projet de l'impératrice, d'éloigner des

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côtes des trois royaumes tous les corfaires, de quelque nation qu'ils foient, elle fe croit obligée néanmoins à étendre fes foins à une protection plus illimitée du commerce de fes fujets ». En preuve de la confiance de ce monarque envers l'impératrice & fon miniftere, le baron de Nolken communiqua, par la même note, le contenu de la déclaration que les miniftres fuédois feroient chargés de remettre aux cours de Verfailles & de Londres; & il s'y ouvre fans réserve fur les griefs de la cour de Stockholm envers cette derniere, « qu'il fe plaint d'avoir autorifé fes armateurs à adopter des maximes oppreffives du commerce de toutes les nations neutres, en violation de ce qui a été ftipulé par les traités, & de celui qui a été pratiqué jufqu'à préfent dans les tems de guerre entre la Grande-Bretagne & la France ». Le baron de Nolken ajoute à la fuite de ces plaintes très-fortement exprimées, « que S. M. Suéd. efpere que la cour de Pétersbourg s'unira à celle de Stockholm, pour faire en tems & lieu les repréfentations convenables à ce fujet ; démarche qui lui paroît conforme aux intérêts de cet empire, puifque fes productions font les mêmes que celles de la Suede, & que plufieurs cargaifons de chanvre, de fer & autres des navires fuédois avoient prifes à Pétersbourg & en d'autres ports de Ruffie, ont été faifies par les Anglois, & déclarées de bonne prife par leur tribunal de l'amirauté, même avant l'époque du 10 Novembre de l'année derniere ».

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La réponse de la cour de Copenhague tarda. un peu plus à venir, & ne s'accorda pas aulli parfaitement avec les propofitions de l'impératrice : elle donnoit à entendre que S. M. Dan. ne fe conformoit pas tout-à-fait, comme S. M. Suéd., au projet du cabinet de Pétersbourg, parce qu'il

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fui paroiffoit répugner aux principes de la noutralité, lefquels, à ce qu'on expofoit dans cette réponse, ne lui permettoient point d'empêcher les corfaires des deux nations belligérantes de frequenter fes ports, beaucoup moins de concourir à les éloigner de la mer du nord, ou de s'immifcer à la protection des navires étrangers. Cependant S. M. Dan. s'offroir d'envoyer au cap Nord quelques-uns de fes vaiffeaux de guerre pour fervir d'efcorte aux navires marchands de fes fujets, avec ordre au commandant de fon efcadre de s'entendre avec celui de l'efcadre ruffe efi tout ce qui ne feroit point contraire aux principes de neutralité fufmentionnés.

Il paroît par la teneur de ces différentes déclarations, que les trois cours n'ont pas abfol 1ment les mêmes idées ni fur l'étendue qu'il faut accorder aux droits de neutralité, ni fur la maniere de les exercer, mais qu'elles conviennent fur le fond, c'est-à-dire, fur la liberté de la navigation dans les mers qui baignent leurs côtes; Hiberté d'autant plus précieufe pour elles que s'il étoit permis à une des puiffances belligérantes d'y mettre des entraves, dans la vue d'ôter à fon ennemi les moyens de continuer la guerre maritime, les trois nations feptentrionales fe verroient deftituées en même tems" du principal déBouché des productions qui font leur richelle."

On ne connoît pas encore la réponse définitive de la cour de Pétersbourg aux notes des miniftres de Suede & de Danemarck; mais on préfume que chacun des trois cabinets du nord, fuivra fes idées particulieres, fans qu'il regne pour, cela une parfaite unani nité dans leurs mefures. & dans leurs déclarations.

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L'empereur & le roi de Pruffe femblent s'être difputé l'avantage de récompenfer dans leurs armées les actions de valeur & de prudence,"

Lorfque les troupes impériales défilerent le 9 Mai dans les environs d'Auffig, elles pafferent par un endroit où, l'automne dernier, il y avoit eu une vive rencontre au défavantage des Pruffiers. Le caporal d'Affovich, qui s'y étoit diftingué, a reçu, fur le lieu même où il avoit donne des marques de fa valeur, une médaille d'or de 200 florins, qui lui a été remise de la part de l'empcreur, & les autres foldats ont reçu des récompenfes pécuniaires. On voit d'un côté de cette médaille le bufte de Jofeph II, & de l'autre le globe, avec une épée & une bêche en fautoir. On apprend que le roi de Pruffe à envoyé à M. de Terzi, par un aide-de-camp, une tabatiere d'or émaillé, comme une marque de la fatisfaction de ce monarque à l'égard de la conduite que ce général autrichien a tenue pendant qu'il commandoit dans le comté de Glatz. C'est bien là reconnoître & même récompenfer le mérite, -même dans la perfonne de fes ennemis.

BERLIN (le to Juin.) Il est difficile de peindre l'excès de la joie qu'on vit regner ici le 27 du mois dernier, à l'arrivée de notre augufte fouverain, qui, déjà refpecté à tant de titres, a comblé fa gloire par une paix qu'ont dictée la juftice & le défintéreffement. La foule étoit immen fe fur le paffage de S. M., & plufieurs citoyens ne purent s'empêcher de lui donner particulierement des marques de leur admiration portée jufqu'à l'enthoufiafme. Arrivée au château, dont les cours étoient remplies de fpectateurs, S. M. voulut bien fe montrer de nouveau fur la galerie du palais, & elle fe prêta avec attendriffement à l'efpece d'avidité qu'on témoignoit de la fixer plus longtems. Le roi dina avec le prince héréditaire de Brunfwik, le prince Ferdinand de Pruffe & quelques généraux. L'après midi, S, M, rendit une vifite à la reine.

Le 29, le prince royal de Pruffe revint de la Siléfie. Le même jour,on ramena de Saxe une partie de l'artillerie

Le 30, le roi fe rendit à Charlottenbourg, où il dina avec la reine, les princes & princeffes de la famille royale. Le foir, la reine revint ici.

Le 2 de ce mois, le roi paffa de Charlottenbourg à Potzdam, lieu de fà réfidence ordinaire. Le même jour, M. de Ramin, lieutenant-général, gouverneur de cette capitale, y rentra avec fon régiment d'infanterie. Le régiment des huffards de Ziethen arriva auffi. Toutes les troupes du roi se rendent auffi fucceffivement dans leurs garnifons & quartiers.

Le prince de Repnin, ambaffadeur de Ruffie au congrès de Tefchen, a accompagné le roi jufqu'à Francfort-fur-l'Oder, d'où il a continué par la Pruffe occidentale fon voyage vers Péterfbourg.

La guerre n'a point dérangé longtems les projets bienfaifans du roi. S. M. vient d'affigner ainfi qu'elle l'a toujours fait en tems de paix, 100 mille rixdhallers deftinés à élever de nouveaux édifices à Potzdam, & une pareille fomme pour l'embelliffement de cette capitale. S. M. confacre auffi 100 mille écus pour former quelques colonies dans fes états, pour défricher les terres incultes, deffécher des marais, &c.

DRESDE (le 7 Juin. ) Le 27 du mois dernier, jour fixé pour le départ du prince Henri, l'électeur, l'électrice, & l'électrice douairiere, accompagnés des princes & princeffes de la maifon électorale, fe rendirent, le matin, à 6 heures, dans 12 caroffes attelés de 6 chevaux, à la maison de plaifance de Moritsberg, pour y attendre S. A. R. Quelques heures auparavant, on y envoya une partie des grenadiers des gardes-du-corps, pour y

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