Page images
PDF
EPUB

vant les canons, nullus potest fieri dives ex parvo lucro et

parvo labore.

Madame la duchesse du Maine, depuis son retour de Chalon-sur-Saône à sa maison de Sceaux, ayant déclaré à M. le duc d'Orléans toutes les personnes qui avaient eu part à l'affaire qui l'avait fait reléguer elle-même en Bourgogne, la disgrâce augmenta à l'égard du cardinal de Polignac.

M. le marquis de Pompadour, depuis son élargissement de la Bastille, fut confiné dans une de ses terres.

- M. de Malézieux fut resserré plus étroitement à la Bastille, ainsi que la demoiselle de Launay et la dame d'honneur de la duchesse du Maine, qui chargea surtout le cardinal de Polignac et M. de Malézieux; elle protesta aussi que M. le duc du Maine ignorait absolument cette négociation, mais qu'elle était certaine qu'il n'aurait pas été fâché si elle eût eu le succès dont on s'était flatté. Depuis cette déclaration, très-peu de personnes risquèrent d'aller à Sceaux rendre visite à cette princesse.

- Le 17, M. le comte d'Argenson, fils de M. le garde des sceaux, fut reçu au Parlement en qualité de lieutenant général de police, conjointement avec M. Hérault, procureur général au grand conseil, la ville et les faubourgs devant être partagés en deux parties entre ces deux nouveaux magistrats, qui furent examinés au parquet sur leur capacité et sur leurs vie et mours '.

On apprit alors que l'infant don Philippe, second fils du roi d'Espagne, du premier lit, était mort à Madrid le 29 décembre 1719, d'un abcès à la téle, à l'âge de

[ocr errors]

huit ans.

Le 16, M. Law voulant entrer avec son carrosse

Il y a ici une erreur; ce ne fut pas M. d'Argenson qui fut recii au Parlement le 17 janvier 1720 comme lieutenant de police, ce fut Albert de Mazières; quant à Hérault, il n'obtint cette charge qu'en 1725.

[ocr errors]

dans la grande cour du palais des Tuileries, comme il avait fait auparavant pour aller chez le Roi, un officier des gardes l’en empècha, suivant l'ordre qu'il en avait reçu, ce qui l'obligea de mettre pied à terre à côté du corps de garde, et de traverser ainsi la cour, ce qui donna lieu à diverses conjectures.

Le 16, on fit partir d'ici cinq cents ouvriers de tous métiers pour le Mississipi; la Compagnie des Indes leur avait fait des avances considérables pour les engager à

à aller s'établir dans ce nouveau monde.

L'abbé d'Entraigues, dont on a parlé, en passant à Lille, en Flandre, fut arrêté et enfermé dans la citadelle'.

M. Law fut alors déclaré contrôleur général des finances.

– Le 15, on publia un arrêt du conseil d'État qui prorogea le cours des espèces d'or et d'argent jusqu'au 1er de mars suivant, au rapport du sieur Law, conseiller du Roi en tous ses conseils, et contrôleur général des finances.

M. le cardinal de Noailles ayant conféré une cure à un ecclésiastique d'un grand mérite, sans attendre la nomination des prêtres du séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, et ayant été informé que ces missionnaires s'étaient là-dessus assemblés, l'un d'entre eux s'était émancipé jusqu'à dire avec chaleur : « Est-il possible

que M. le cardinal de Noailles nous donne toujours des hérétiques dans les cures qui sont à notre nomination ? » Son Émiñence avait dit à ce propos : « Ne pouvons-nous pas bien nous passer de ces Sulpiciens en mettant des gens plus pacifiques à leur place ? ? »

:

· Il abjura le calvinisme dans cette prison; cette affaire n'eut pas de suite. Saint-Simon dit que l'abbé d'Entragues finit fort chrétiennement une vie fort peu chrétienne. (Voyez aussi Journal de Marais, juin 1720.)

• On lit en marge : Ceci parait équivoque, car les prêtres de ce séminaire n'ont aucune cure à leur nomination.

ܕ

– On travaillait alors à Elbeuf, proche de Rouen, à un canal par le moyen duquel on prétendait faire monter le reflux de la mer dans la Seine, jusqu'à peu de distance de Paris, afin de rendre cette rivière plus navigable de ce côté-là, et d'y voiturer en tout temps des marchandises en abondance et moins chères.

- Depuis six mois, on travaillait aussi , en Bourgogne, à un canal pour grossir la même rivière des eaux de quelques autres, afin que les cantons voisins pussent envoyer à Paris leurs vins, leurs blés, leurs bois et autres denrées qui se sont toujours consommées chez eux sans en tirer aucun autre avantage.

Le 21, on apprit par un courrier de Rome que M. le cardinal de La Trémouille y était mort le 10.

Le 24, on publia un arrêt du conseil d'État qui rétablit les louis d'or à trente-six livres, les écus à six livres, les vieux écus à sept livres, et les vieux louis d'or à quarante livres.

On résolut, au conseil, d'établir quatre hôtels des monnaies dans Paris; l'ancien pour les espèces d'or; le deuxième, à la pépinière du Roi, au Roule, pour les espèces d'argent; le troisième, à la porte Montmartre, pour

les pièces de deux sols six deniers; le quatrième, au bas de Chaillot, au bout du cours de la Reine, pour les douzains et pour les liards de cuivre rouge, et l'on travaillait avec empressement aux bâtiments des trois derniers.

Le 8 de février 1720, on publia un arrêt du conseil d'État qui réduisit les pièces de vingt sols, et même celles de la fabrication du mois de décembre 1719, à dix-huit sols, et les pièces de dix sols à neuf sols, à commencer au 1er de mars prochain.

Le dimanche 4, M. le duc d'Orléans étant au conseil, dit au Roi : « Sire, Votre Majesté n'a plus de guerre à soutenir, la paix est faite avec le roi d'Espagne. Par ce traité, le roi d'Espagne consentait que

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

:

[ocr errors]

les royaumes

de Naples et de Sicile restassent à l'Empereur; mais que la Sardaigne lui restât, que l'Empereur lui donnât l'investiture du duché de Toscane, et que Port-Mahon, l'ile de Minorque et Gibraltar lui fussent rendus. Il écrivit à M. le duc d'Orléans en des termes très-obligeants, lui remettant tous ses intérêts pour en disposer de la manière qu'il jugerait à propos.

છે

Le 10, on publia un arrêt du conseil d'État qui faisait défense à toute personne de porter et d'acheter aucune pierrerie ni diamant, sur ce que plusieurs étrangers, Anglais et Hollandais, en avaient apporté une grande quantité en France, afin d'en emporter avec eux la valeur en espèces d'or et d'argent.

On confisqua la valeur de quarante millions en or qui sortaient du royaume du côté de la Suisse, sur plusieurs charrettes, et furent portés à la Monnaie au profit de la Compagnie des Indes.

- Le 17, on apprit que quatre voleurs masqués, à cheval, avaient arrêté le carrosse de Bordeaux, et qu'après en avoir fait descendre trois messieurs et trois dames qui y étaient, les avaient attachés séparément à des arbres, et même le cocher et le postillon la tête en bas, et qu'après avoir enlevé ce qu'il y avait dans cette voiture, ils les avaient tous détachés, et avaient dit au cocher de prendre

, un autre chemin que l'ordinaire. Il y avait dans ce carrosse une dame qui amenait sa fille à Paris avec une somme considérable en or et autres choses précieuses pour la marier. Outre la perte que cette dame fit de tout ce qu'elle apportait, elle eut encore la douleur de voir sa fille morte de frayeur de s'être vue prise et attachée de la sorte par ces scélérats. Le postillon qui allait de Paris à Bayonne fut aussi arrété par d'autres voleurs qui lui enleverent sa malle.

- On apprit de Rome que les trois nuits du 15, 16 et 17 janvier, on avait vu en l'air, au-dessus de cette ville

[ocr errors]
[ocr errors]

capitale, plusieurs phénomènes, l'un en forme de poutre enflammée qui s'était ensuite changée en plusieurs mains effroyables; un autre comme une étoile extraordinairement grande et lumineuse qui parut encore jusqu'à midi, et le troisième comme deux grands bras ouverts.

Le 12 février, M. le duc de Chartres épousa mademoiselle de Valois, sa sæur, au nom du prince de Modène, agé de vingt-deux ans, en vertu de sa procuration. M. le cardinal de Rohan, grand aumónier de France, en fit la cérémonie dans la chapelle du palais des Tuileries, en présence du Roi et de M. le duc d'Orléans et de toute la cour, tous superbement vétus, et du marquis Rangoni, envoyé du duc de Modène. Le curé de Saint-Germain l'Auxerrois et celui de Saint-Eustache y avaient porté leurs registres pour y insérer cet illustre mariage.

– Le curé' et les marguilliers de l'église paroissiale de Saint-Laurent firent ôter les colonnes et les figures de cuivre du grand autel de cette église, et on trouva que le tout pesait cent dix milliers de livres de cuivre jaune qui fut alors estimé, à raison de quarante-cinq sols la livre, la somme de deux cent quarante-sept mille cinq cents livres; au lieu desquelles colonnes et figures de cuivre ils firent entourer le cheur d'un grillage de fer, et construire le grand autel de la manière qu'il se voit aujourd'hui, avec des colonnes et autres ornements de marbre.

On prétendait que M. le prince de Dombes et M. le comte d'Eu, fils de M. le duc du Maine, devaient bientôt épouser mademoiselle de Charolais et mademoiselle de Clermont, scurs de M. le duc de Bourbon, la première née en juin 1695, et l'autre en octobre 1697.

1 De Lamet.

« PreviousContinue »