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merce considérablement affoiblies en Europe seront aussi la inatière des travaux des deux chamó bres.

Le 18, M. Dreyer , miniftre plénipotentiaire du roi de Danemarck, eut fa premiere audience de S. M. , à qui il presenta ses lettres de créance.

Les diverses circonstances qui résultent de la funeste guerre allumée entre cette métropole & ses colonies rendent très-précaire la durée de la paix en Europe. L'animofité nationale, qui a pres. que toujours été ici le signal de la guerre , augmente de jour en jour , par les divers incidens dont nos feuilles informent le public. La nation. qui s'étoit arrogé l'empire des mers, ne peut voir fans jalousie le commerce lucratif que font les François avec les Américains, tandis qu'elle se trouve privée des avantages immenses qu'elle retiroit de ses colonies. Des négocians fort accrédités ont remis au lord North deux états, l'un des vaisseaux pris par les Américains depuis le commencement de la guerre, & de lear valeur, £aisant un total de 3 millions 600 mille liv fterl. l'autre du gain que la France fait, selon leur Galcul, par ses liaisons avec nos colonies. La valeur des exportations faites de l'Angleterre feule

fans compter celles de l'Ecofle, de l'Irlande ni des illes aux Indes Occidentales), aux colonies sur le continent de l'Amérique, pendant les trois années qui ont précédé la rupture, Te monte à

millions 323 mille 24 liv. fteri. 3 ch. 8 deniers & celle des importations de ces colonies à l'Ano gleterre feule, pendant la même époque, à 3 millions 29 milie 127 liv. sterl. 14 chi 6 deniers; de sorte que la balance a écé en faveur de ce Foyaume d'envion 2 millions 300 milde liv. sterl., profit qui passe aujourd'hui enicrement entre les mains de l'étranger. Ces coplidérations ont porté la cour à faire

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demander à celle de Versailles une explication définitive sur la protection apparente qu'on accorde aux armateurs américains dans tous les ports de France. Le lord Stormónt, notre ambassadeur , chargé de faire toutes les représentations dont ces objets sont susceptibles, a eu , diton, une réponse très-satisfaisante. On assure que la cour de France, voulant donner des marques de son impartialité , doit rendre un édit qui défendra à les sujets de charger aucunes marchandises, armes ou munitions pour les colonies re, belles, & interdira l'entrée de ses ports aux ar'mateurs américains. Bien des personnes doutent de la réalité de ces promesses , & l'inquiétude nationale ne se calmera que lorsqu'on en verra les effets.

On sent avec quelle répugnance la France renonceroit à un commerce qui est devenu si avantageux à ses sujets. D'ailleurs, elle a des griefs sur lesquels on ne s'est pas empreffé de faire droit. Cette puissance exige une reparation au sujet de l'enlevement qu'un vaiss Teau de l'escadre de l'amiral Gayton a fait d'un bâtiment françois , allant à St. Domingue; & elle insiste sur la reftitution de la Seine, frégate de 30 canons, portant des munitions de

guerre

de la Martinique à St. Pierre de Terre-Neuve , & conduire par un vaifleau de guerre anglois à l'ifte de Dominique.

Quoique les dépêches dų général Howe (dong on a fait mention dans le dernier journal) ne fuffent datées que du 3 Juin, le paquebot qui les ayoit apportées n'étoit parti de New Yorck que le 16 juin. On a fçu de lui ultérieurement que le premier emba. quement des troupes du roi s'étoit fait le 10, sous les ordres du général Erskine ; qu'un iecond embarquement devoit ayoir lieu le 17 pour palier dans le Jersey, &

que le refte de l'armée suivroit par divisions ; afin de se joindre au lord Cornwallis, de traverser ensuite les branches de la Delawarre , & d'aller attaquer Philadelphie.

On perd de vue l'armée royale depuis son départ de New-Yorck, & l'on ignore, par conséquent, quelles ont été ses opérations. Tout ce qu'on apprend eft extrait des papiers publics anglois & américains, & de quelques lettres parriculieres. Ce n'est pas avec de pareilles pieces qu'on peut former le journal suivi des opérations de la campagne. La partialité, l'inexa&itude des faits , l'ordre des dares interverti, op. posent des obstacles insurinontables à la rédica tion; on se bornera donc à rapporter les extraits dont on vient de parler.

L'auteur de la gazerte de New-Yorck, qui s'y imprime fous les yeux du général Howe, s'ex

prime ainsi :

« Nous apprenons par les déserteurs qui ont quitté l'armée des rebelles, que ceux-ci sont liyrés au plus séditieux mécontentement; ils n'ont point de vivres, ou ce qu'ils en ont, faute de fel, eft bientôt réduit à un état de putrefaction qui les rend plus dangereux qu'utiles. La fleur de l'armée de l'architraitre Washington est composée d'un ramas de ce qu'il y a de plus abject parmi les scélérats. que les loix angloises bannirent jadis de leur patrie. Cette canaille, par les principes & ses crimes, eft digne d'un tel chef & d'une pareille caule, sans doute que le dieu des batailles ne sçauroic refuser la protection immédiate à des héros de cette trempe ».

On voit ensuite la lettre suivante écrite par un officier anglois à bord de l'Aigle , à la rade de New-Yorck, & datée du 9 Juin.

Le nioment intéressant approche à la fin, & nous touchons au dénouement de notre contesta

fiun avec l'Amérique... Les généraux Howe & de Heister ont quitté New-Yorck depuis deux jours; les troupes sous leurs ordres sont dans les meilleures dispositions, & n'ont que du mépris pour les vains obstacles qu'on veut leur opposer. Les recrues dernierement arrivées d'Angleterre avec l'Ilis & le Sommerset , ont eu une traversée très-heureuse.

Les ennemis occupent la Pensilvanie du côté de la Delawarre , & ont évacué les Jerseys. Ils fe font appuyés par des fortifications & des ouvrages qu'ils abandonneront bientôt, selon leut coûtume. C'est une chose risible que de voir l'étalage que font nos écrivains publicistes de ces rei tranchemens, & de l’utile connoissance qu'ont les Américains de leur pays. On ne croira pas que oes ouvrages soient plus redoutables que ceux que tous leur avons fait abandonner lorsqu'ils avoient 30 mille hommes; il est vrai qu’on dit, à cet égard, qu'ils étoient alors intimidés par nos vaisseaux, ce qui cependant n'étoit pas vrai lors de la prise que nous avons faite du fort Washington... Les partisans des Américains disent que les différens bras' de la Delawarre retarderont nécessairement nos progrès ; mais ignorent-ils que nous avons pris À cet égard les meilleures précautions, que nous avons des pontons de la conftrudion la plus fayorable, que nous conduisons avec nous des ba. teaux plais dont chacun peilt porter 70 hommes qu'on peut facilement les transporter par terre jur des charriots à 4 chevaux, & que cette commodité a été éprouvée par nos généraux avant leur départ ?

On dit qu'on a intercepté une lettre du général Washington, dans laquelle il se plaint de n'avoir point de secours à attendre du côté du sud, & il dit que les provinces du nord l'ont trompé sur les espérances qu'elles lui avoient données, en forte qu'il n'a que , mille hommes.

Extrait d'une lettre d'un officier anglois , darée de

la baye de Rariton, un des ports de l'est du Jersey, le s Juin.

Un gros corps d'Américains eft campé entre les montagnes qui sont derriere Bound-Brook, ás ou 6 milles de nous ; nous avons eu , il y a quelques jours, une petite affaire avec eux ; pofiés sur un tertre élevé, ils nous canonnerent près de 20 minutes. Le lord Cornwallis ne voulut

pas

d'abord leur répondre , dans l'espoir qu'ils s'avanceroiens vers lui; mais comme ils n'y parurene pas difposés , nous leur envoyámes aussi quelques bordées de nos canons; la perte fut peu considérable de part & d'autre; le cheval du général Grant fut tué sous lui, Sans que ce général fút blessé. Autre extrait d'une lettre écrite par un officier dæ • 17me. régiment, & datée du 14 Juin, &c.

Les vaisseaux de guerre & les frégates en croifiere contre les Américains ont eu des succes surprenans;

les marins ont tout le profit de cette guerre, nous n'en avons que les désagrémens & les fatigues. On assure que plusieurs des capitaines ont gagné au moins 10000 liv. sterl. chacun.

S. M. a chargé le chevalier Howe de remercier en son nom les oficiers & Soldats en général, & en particulier le lord Cornwallis & les colonels' Harcourt & Maxbood. Un fergent de ma com pagnie ayant été fait prisonnier par les Amérieains, a trouvé le moyen de s'évader; il arriva ici hier matin. Nous

apprennons

de lui

que

les rebelles ont fait partir tous leurs gros équipages de Philadelphie , & détruit ou emporté tout ce qui fe trouvoit de provisions & de fourrages dans toute la province de Pensylvanie. Le général Washington a déclaré qu'il ne rendroit plus aucun prisonnier, quoiqu'il ait reçu plus de 2200 des fiens ;

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