Page images
PDF
EPUB

que le refte de l'armée fuivroit par divifions, afin de fe joindre au lord Cornwallis, de traver fer enfuite les branches de la Delawarre, & d'aller attaquer Philadelphie.

On perd de vue l'armée royale depuis fon départ de New-Yorck, & l'on ignore, par conféquent, quelles ont été fes opérations. Tout ce qu'on apprend eft extrait des papiers publics anglois & américains, & de quelques lettres particulieres. Ce n'eft pas avec de pareilles pieces qu'on peut former le journal fuivi des opérations de la campagne. La partialité, l'inexactitude des faits, l'ordre des dates interverti, op. posent des obftacles infurmontables à la rédaction; on se bornera donc à rapporter les extraits dont on vient de parler.

L'auteur de la gazette de New-Yorck', qui s'y imprime fous les yeux du général Howe, s'exprime ainfi :

«Nous apprenons par les déferteurs qui ont quitté l'armée des rebelles, que ceux-ci font livrés au plus féditieux mécontentement; ils n'ont point de vivres, ou ce qu'ils en ont, faute de fel, eft bientôt réduit à un état de putréfaction qui les rend plus dangereux qu'utiles. La fleur de l'armée de l'architraitre Washington eft compofée d'un ramas de ce qu'il y a de plus abjec parmi les fcélérats. que les loix angloifes bannirent jadis de leur patrie. Cette canaille, par fes principes & fes crimes, eft digne d'un tel chef & d'une pareille caufe, fans doute que le dieu des batailles ne fçauroit refufer fa protection immédiate à des héros de cette trempe ».

On voit enfuite la lettre fuivante écrite par un officier anglois à bord de l'Aigle, à la rade de New-Yorck, & datée du 9 Juin.

Le moment intéreffant approche à la fin, & nous touchons au dénouement de notre contefta

fion avec l'Amérique... Les généraux Howe & de Heifter ont quitté New-Yorck depuis deux jours; les troupes fous leurs ordres font dans les meilleures difpofitions, & n'ont que du mépris pour les vains obftacles qu'on veut leur oppofer. Les recrues dernierement arrivées d'Angleterre avec l'Ifis & le Sommerset, ont eu une traversée très-heureuse.

Les ennemis occupent la Penfilvanie du côté de la Delawarre, & ont évacué les Jerfeys. Ils fe font appuyés par des fortifications & des ouvrages qu'ils abandonneront bientôt, felon leur coûtume. C'eft une chofe rifible que de voir l'étalage que font nos écrivains publiciftes de ces re tranchemens, & de l'utile connoiffance qu'ont les Américains de leur pays. On ne croira pas que ses ouvrages foient plus redoutables que ceux que nous leur avons fait abandonner lorsqu'ils avoient 30 mille hommes; il eft vrai qu'on dit, à cet égard, qu'ils étoient alors intimidés par nos vaiffeaux, ce qui cependant n'étoit pas vrai lors de la prife que nous avons faite du fort Washington... Les partifans des Américains difent que les différens bras de la Delawarre retarderont néceffairement nos progrès; mais ignorent-ils que nous avons pris à cet égard les meilleures précautions, que nous avons des pontons de la conftrudion la plus favorable, que nous conduifons avec nous des ba teaux plats dont chacun peut porter 70 hommes qu'on peut facilement les tranfporter par terre Jur des charriots à 4 chevaux, & que cette commodité a été éprouvée par nos généraux avant leur départ?

On dit qu'on a intercepté une lettre du général Washington, dans laquelle il fe plaint de n'avoir point de fecours à attendre du côté du fud, & où il dit que les provinces du nord l'ont trompe fur les espérances qu'elles lui avoient données, en forte qu'il n'a que 9 mille hommes.

L

[ocr errors]

-Extrait d'une lettre d'un officier anglois, datée de la baye de Rariton, un des ports de l'eft du Jersey, le 5 Juin.

Un gros corps d'Américains eft campé entre les montagnes qui font derriere Bound-Brook, à 5 ou 6 milles de nous; nous avons eu, il y a quelques jours, une petite affaire avec eux ; pofiés fur un tertre élevé, ils nous canonnerent près de 20 minutes. Le lord Cornwallis ne voulut pas d'abord leur répondre, dans l'efpoir qu'ils s'avanceroiens vers lui; mais comme ils n'y parurent pas difpofés, nous leur envoyámes auffi quelques bordées de nos canons; la perte fut peu confidérable de part & d'autre, le cheval du général Grant fut tué fous lui, fans que ce général fût blessé.

Autre extrait d'une lettre écrite par un officier da 17me. régiment, & datée du 14 Juin, &c.

guer

Les vaiffeaux de guerre & les frégates en croifiere contre les Américains ont eu des fuccès furprenans; les marins ont tout le profit de cette re, nous n'en avons que les défagrémens & les fatigues. On affure que plufieurs des capitaines ent gagné au moins 10000 liv. fterl. chacun.

les

S. M. a chargé le chevalier Howe de remercier en fon nom les officiers & foldats en général, & en particulier le lord Cornwallis & les colonels Harcourt & Maxbood. Un fergent de ma compagnie ayant été fait prifonnier par les Amérieains, a trouvé le moyen de s'évader; il arriva ici hier matin. Nous apprennons de lui que rebelles ont fait partir tous leurs gros équipages de Philadelphie, & détruit ou emporté tout ce qui fe trouvoit de provifions & de fourrages dans toute La province de Penfylvanie. Le général Washington a déclaré qu'il ne rendroit plus aucun prifon nier, quoiqu'il ait reçu plus de 2200 des fiens;

il a fait fçavoir au général Howe qu'il les lui renverroit fi S. E. le jugeoit à propos, mais qu'il avoit fes raifons pour ne plus faire échange de fimples foldats.

Une lettre de New-Yorck, du 18 Juin, contient les particularités fuivantes.

Le général Howe s'eft rendu à Brunswick, où notre armée a formé fon campement, excepté les troupes qu'on a laiffées en arriere pour garder la ville & lifle de New-Yorck. Celles-ci font pofiées entre King'sbridge & le fort Kniphaufen; elles font fous les ordres du général de ce nom, & compo fées de a brigades angloifes, de a brigades heffoifes, & de 2000 Américains. Les rebelles de la province de Connecticut, commandés par Arnold, font poftes dans les White- Plains (plaines blanches), & l'on croit qu'ils guetent le moment favorable pour attaquer la garnifon de New-Yorck, des que l'armée royale je fera éloignée, & aura pénétré dans le pays. On a bloqué la riviere de Delaware & la baye de Chefapeak, & l'on croit ici que les troupes prendront terre à Chefter, qui n'eft qu'à 20 milles de Philadelphie. Il fe confirme que le général Washington a évacué les Jerfeys pour aller couvrir cette importante place. Si l'on peut s'en rapporter à ce que difent les déferteurs, le général Burgoyne a paffé les lács, & eft entré avec fon armée dans la province d'Albanie; mais cette nouvelle nous paroît douteuse.

Après avoir rapporté les nouvelles favorables au gouvernement, on donnera içi l'extrait des gazettes américaines, dont la date la plus récente eft du 8 Juin.

« Un détachement confiderable eft parti avec 100 chevaux de Penfylvanie pour le Canada. Le 28 Mai, 6000 hommes de bonnes troupes arriverent à Philadelphie, afin de défendre cette ville contre les bouchers que le miniftere anglois emploie

[ocr errors]

contre nous. Toutes les rues font barricadées & défendues par des batteries. Les femmes & les infirmes ont ordre de quitter la ville avant le 1er. Juillet prochain ».

« L'armée de la Nouvelle-Angleterre eft poftée à Morristown, & l'on a nommé un comité chargé de faire mettre le feu à Philadelphie dans le cas où nous nous verrions forcés à l'éva

cuer ».

D'autres avis particuliers annoncent que l'armée du général Washington fe trouvoit forte, au mois de Juin, de 30, 000 hommes de troupes régulieres, y comprise la garnifon de Philadelphie, & que le général les avoit difpofées de la maniere fuivante. M. Washington occupoit lui même Bound-Brook avec 15,000 hommes ; 4000 font poftés à Prince-Town, 1000 occupent les cafernes de Philadelphie, 8000 autres occupent les forts & batteries le long de la Delawarre, & 4000 hommes de fes meilleures troupes les mêmes qui fe font tant diftinguées à la journée de Prince-Town, forment les garnifons de Philadelphie, Southwark & Kenlington. Ces avis ajoutent qu'indépendamment de ces différens corps d'armée, les infurgens ont encore à Chefter, à 20 milles de Philadelphie, une armée d'obfervation de 12, coo hommes, tirés des troupe du continent & des milices de Chester, Lancatre & Yorck, & munis de l'artillerie nécefTaire.Cette armée eft aux ordres du brigadier-général Conway, que l'on dit être un officier d'un mérite diftingué, & très-verfé dans l'art de la guerre. Le général Washington voulant être infruit à tens de l'approche de la flotte royale, a fait placet des balifes de diftance en diftance dans la baye & fur la riviere de la Delawarre, & l'on ajoute que, dès que le congrès aura reçu avis de la marche des royaliftes, on inondera les

« PreviousContinue »