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les joutes qu'on avoit préparées fur le canal qui conduit au port, & qui furent exécutées au milieu d'une flotille de 60 petits bateaux décorés Monfieur fe rendit à pied au port, & au fort St. Louis, accompagné par un peuple immenfe qui faifoit retentir l'air de fes acclamations, & des cris de vive le roi, vive Monfieur. Ce prince examina le môle & le fort, vit travailler un ponton que les commiffaires des états avoient fait tenir armé ; & à l'entrée de la nuit, il s'embarqua dans la chaloupe de la province, traverfa le port, & vogua vers le canal au milieu de la flotille des joûteurs. Les deux bords du canal, & les maifons fituées fur le canal étoient pour lors illuminés ; & Monfieur étant rentré, on exécuta un feu d'artifice préparé de l'autre côté, visà-vis de la maifon qu'occupoit ce prince, & dont il alluma lui-même le curfeur avec un foufflon que M. de Mont-Ferrier, le fils, eut l'honneur de lui préfenter.

Ce prince, après le feu, dont il parut fatisfait, ainfi que de tout ce qu'il avoit vu jusqu'alors, foupa à une table de 15 couverts. L'évêque de Montpellier & le marquis de Calviffon baron des états, furent du nombre des convives. Le marquis de Mont-Ferrier, fyndic-général, eut l'honneur de fervir le prince, qui partit de Cette le 28, vers 9 heures du matin, pour fe rendre à Montpellier. Il a été escorté à fon départ, ainsi qu'il l'avoit été à fon arrivée, par une troupe de cavalerie, formée des négocians de la ville, & portant l'uniforme de fes gardes.

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A Montpellier le prince alla defcendre à l'intendance où M. de St. Prieft avoit tour difpofé pour le recevoir il y dîna, vit la fuperbe place du Peyrou, & continua fa route pour Nîmes.

On a laiffé M. le comte de Falckenftein à Tou

lon, où Monfieur arriva le 4 Juillet, à 8 h du foir; le corps de la marine & les troupes de terre reçurent S. A. R. à la porte de la ville, & ce prince fe rendit, au bruit d'une falve générale de toute l'artillerie de la place, à l'hôtel du marquis de St. Aignan, deftiné pour le recevoir. La rue royale étoit tapiffée & illuminée.

Les, Monfieur vit lancer à l'eau le vaiffeau le Caton; cette manoeuvre réuffit au mieux, & le prince témoigna fa fatisfaction de ce fpectacle. On avoit dreflé des amphithéâtres où M. le comte de Falckenftein parut. Enfuite Monfieur alla vifiter la corderie, le cabinet du Sr. Grognard, & le baffin ; il fut toujours accompagné des fei-gneurs de fa fuite, & du corps de la marine; les troupes bordoicnt la haie. Après avoir dîné avec M. le comte de Falckenstein chez le marquis de St. Aignan, le prince s'embarqua fur fon canot, pour se rendre à la groffe tour, & il fut falué par le vaiffeau amiral, & par toute l'efcadre, 21 coups de canon.

Pendant ce tems le régiment de Navarre débarqua du chebeck le Caméléon, commandé par le chevalier de Bras, & s'embarqua fur des chaloupes canonnieres pour faire une descente, & pour attaquer la groffe tour. Le régiment de Foix s'oppofa à la defcente, le combat s'engagea, l'avantage fut longtems balancé; mais enfin la victoire fe déclara pour le régiment de Foix, qui força les affiégeans à fe rembarquer; le chebec leva l'ancre, & fit deux ou trois bordées à la voile. Le prince fe rembarqua alors très-fatisfait du fpectacle de cette petite guerre.

M. le comte de Falckenstein passa à Avignon le 8, à 3 h. après midi; l'empreffement de voir ce prince étoit général, mais il ne s'eft arrêté que pour changer de chevaux.

Monfieur fut reçu le II au bac d'Orgon, . fon entrée dans le comtat d'Avignon, par le vice-légat & l'archevêque, qui le fuivirent à Cavaillon, où il dîna chez l'évêque de cette ville; il alla voir après diner la fontaine de Vauclufe & arriva le même jour, à 9 h. & demie du foir à Avignon. Ce prince fut reçu à la porte de la ville par les viguiers, confuls & affeffeur, avec le dais qu'il refufa. La marquise de Blacas eut l'honneur de lui présenter dans un bassin les clefs de la ville, avec des fleurs qu'il accepta. Des troupes bordoient la haie, ainfi que les compagnies bourgeoifes levées à cette occafion, & toutes en uniforme verd, revers & paremens rouges; la compagnie de l'arc, en habillement turc, bor doit le cours St. Michel, qui étoit illuminé.

Monfieur defcendit à l'hôtel de Crillon, où il fut reçu par la comteffe de Brancas, fœur du duc de Crillon; ce prince étant à table, les dames de la ville eurent l'honneur de lui être préfentées.

Le 12, Monfieur fut harangué, de la part de la ville, par l'affeffeur; il déjeuna, & fe rendit à pied à la métropole, où il fut reçu par l'archevêque a la tête du chapitre; S. A. R., après avoir entendu la meffe, monta en voiture, & continua fa route vers Montelimar.

On dit qu'après fon départ de Caen, M. le comte de Falckenstein pallant une riviere dans le bac, fut reconnu par trois payfannes qui fçavoient qu'il devoit prendre ce chemin. La plus hardie lui dit: Monfeigneur, vous êtes le beau-frere de notre bon roi, vous devriez bien lui dire de nous rendre nos hommes, qui font là-bas fur le bateau, pour la contrebande; cela nous rendroit bien joyeufes. On ajoute que l'illuftre voyageur fe fit expliquer de quoi il étoit question, & qu'il nota fur fes tablettes les noms de ces malheureux pour s'en fouvenir.

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Ce prince étant en Normandie rencontra dans une maison le célebre Jeliotte, qu'il pria de chanter. Celui-ci s'en défendit, alléguant fon âge, défaut d'habitude, & furtout le goût févere de M. le comte. Raffuré enfuite de la maniere la plus flatteufe, il chanta, à ce qu'on affure, comme au tems où fa voix charmoit toute la France. L'empereur lui dit, entr'autres chofes obligeantes, que le plaifir d'avoir entendu un virtuofe tel que lui calmoit le regret qu'il avoit de s'éloigner de la cour, & de la capitale de la France. M. le comte de Falckenftein, à fon paffage à Carcaffonne, le 30 Juin, fut curieux de voir les draps qu'on y fait pour le levant; le Sr. Roque, fils, fabricant, s'empreffa de fatisfaire fon defir. Ce prince entra dans tous les détails qui concernent les matieres, les opérations & le mécanifme des fabriques de cette efpe ce, & parla de maniere à caufer une furprife mêlée d'admiration à tous les fpectateurs qui étoient gens de l'art. Cette anecdote confirme que rien n'eft étranger à cet illuftre voyageur, qui manifefte autant de connoiffances dans les arts qu'il aime & qu'il protege, que s'il les avoit longtems exercés.

GRANDE-BRETAGNE.

LONDRES (lei Juillet.) Un exprès arrivé d'Italie le 4 de ce mois, apporta la nouvelle que le duc de Glocefter étoit dangereusement malade à Trente. Le roi a fait partir fur le champ un médecin & un chirurgien de la cour que S. A. R. a fait demander. S. M., en recommandant le prince fon frere à leurs foins, leur a affigné 400 guinées par mois, indépendamment des frais du voyage. Ils fe font embarqués le 6 à Douvres, fur Pyacht du duc de Cumberland, qui pafla avec eux à Calais pour aller rejoindre la princeffe fon épou

fe à Aix-la-Chapelle. On craint que ces médecins n'arrivent trop tard pour fecourir le duc de Glocefter. Un fecond courier d'Italie, arrivé ici le 8, a rapporté qu'à fon départ, le prince avoit perdu connoiffance, & depuis on a répandu le bruit de fa mort.

L'affaire de la nommée Anne Bancks, qui attaqua le roi, le 26 du mois dernier, n'aura point de fuites. Cette femme ayant été examinée une feconde fois, il a été prouvé qu'elle avoit la tête dérangée; en conféquence elle a éte remise entre les mains de fa famille, qui étoit préfente aux interrogatoires, & qui a été fommée de la faire enfermer.

On peut fe rappeller que M. Wilkes, actuellement alderman de cette capitale, s'eft déjà mis deux fois inutilement fur les rangs pour obtenir la charge de tréforier de Londres, dont M. Hopkins eft pourvu. Peu rebuté d'avoir échoué dans ces deux tentatives, il en fit une troisieme à la St. Jean derniere, époque à laquelle la plupart des offices de la ville font cenfés vacans, quoique ceux qui les rempliffent foient prefque toujours continués. Malgré le difcours que prononça M. Wilkes, & dans lequel fon compétiteur fut ouvertement accufé d'ufure, ce dernier fut déclaré légitimement élu à la pluralité de 2132 voix contre 1228.

Une autre affaire qui fait l'objet de toutes les converfations, c'eft un procès concernant le paiement d'une gageûre ou police d'affurance de 700 liv. fterlings fur le fexe du célebre che-valier d'Eon. D'après le témoignage du Sr. de Morande, & de deux autres François, qui, dans leur dépofition, fe font fondés fur la connoiffance qu'ils avoient acquise de l'objet en doute, l'un en qualité de médecin, l'autre de chirurgien; celui qui avoit foutenu que le chevalier étoit hom

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