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adreffé la lettre fuivante, aux auteurs du Jour nal de Paris; elle eft datée du 9 Juillet

Depuis que vous m'avez parlé, MM., de la multitude des taches qu'il y a eu fur le foleil depuis un mois, tout le monde me demande fi c'eft à cela qu'il faut at tribuer le froid que l'on éprouve encore, & la faifon pluvieufe qui paroft extraordinaire. Permettez-moi de répondre à ces queftions par la voie de votre journal. Ou fçajt affez que les taches du foleil n'annoncent que des révolutions dans le globe de cet aftre, & qu'à 34 millions de lieues de diflance, elles ne peuvent avoir de rapport avec celles de notre globe. Mais ce que perfonne ne veut fe rappeller, c'eft que de la pluie & du froid dans les mois de Juin & de Juillet n'ont rien d'extraordinaire à Paris. Tous les neuf ans, ou à peu près, nous éprouvons de pareilles viciffitudes, foit que cela tienne à la révolution de l'apogée de la lune, ou à une période phyfique de l'humectation & du defféchement des montagnes & des lacs.

Qu'on ouvre les Mémoires de l'académie des fciences pour 1767, 1768 & 1769; voici ce qu'on y trouvera, 1767. Mai. Quoiqu'il foit tombé peu d'eau, les pluies étant venues par ondées & affez fréquemment, ce mois peut paffer pour humide; à quelques jours de chaleur près, tout le mois a été froid, & l'on a été obligé d'allu, mer du feu jufqu'à la fin.

Juin. Ce mois peut paffer pour humide, parce qu'il a plu très-fouvent; il peut auffi paffer pour froid; les nuits furtout ont été fi froides, qu'il auroit gelé, fi, &c.

Juillet. Ce mois a été extrêmement pluvieux. Depuis le premier jufqu'au 17, il a plu tous les jours prodigieufement par de grandes averfes, ou par des pluies continuelles qui ont duré plufieurs jours de fuite, ou par de petites ondées qui ont tombé tous les jours; les chemins ant été auffi mauvais qu'en hyver, les pluies ont ceffé le 5 Août.

1768. Mai. Ce mois a été fort fec & très froid; on n'a pas pu fe paffer de feu dans les appartemens.

Juin. On n'a ceffé que le 20 de faire du feu; & files appartemens n'avoient pas été échauffés par les chaleurs qu'il a fait depuis le 23 jufqu'au 27, on auroit été obli gé de fe chauffer les derniers jours de ce mois.

Juillet. Le tems a été variable; & fi l'on en excepte quelques jours de chaleur, il a toujours fait fraid.

Août. Ce mois a été extrêmement frais, on peut même dire froid pour le mois d'Août; car excepté quelques

jours de chaleur, il a toujours été fi froid, qu'il a gelé plufieurs jours de fuite. Ce mois étoit feç,

1769. Mai. Les premiers jours de ce mois, vers le milieu & à la fin, il eft ton bé de l'eau fort à propos pour faire lever les avoines, & les graines légumineufes. Juin. Ce mois peut paffer pour froid & humide; la sterre étoit fi molle, qu'on a été obligé de difcontinuer Jes labours.

Juillet. Ce mois a été variable & affez humide; il eft tombé beaucoup d'eau par orage.

Août. Ce mois a été variable & orageux.

J'ajouterai encore que même l'année fuivante 1770, de ne fut que le 13 Juillet que le tems fe réchauffa & s'é claircit. Mais des étés brûlans comme celui de 1772, & des années plus tempérées font oublier celles qui ont précédé, & l'on dit chaque fois que les étés font moins chauds, l'axe de la terre a tourné, le foleil eft encrouté, ou d'autres balivernes femblables.

Lorfque l'on m'a accufé en 1764, d'avoir annoncé une éclipfe totale, tandis que j'avois dit formellement le contraire; en 1769, d'avoir dit que Saturne étoit perdu, en 1773, d'avoir annoncé une comete funefte, j'ai été obligé de prendre la plume pour me juftifier & pour dé tromper le public. Cette année on m'impute fes inquié tudes à l'occafion des taches du foleil. C'eft entre vos mains, Meffieurs, que je dépofe ma juftification.

On voit à l'hôpital de la Charité un jeune hom me de 12 à 14 ans, qui eft devenu malade d'une maniere étonnante : étant allé voir l'exécution de Derues, il fe trouva mal en le voyant de près monter fur l'échafaud; mais quand il le vit rompre, il perdit tout à-fait connoiffance, & depuis ce tems il croit avoir les membres caffés & fouffre des douleurs affreuses. Cependant les chi rurgiens fe font affurés qu'il n'y a aucune frac ture, il a feulement tout le corps rempli de taches noires & jaunes, femblables à des meurtrif fures, ce qu'on attribue à la décomposition de fon fang. On ne croit pas qu'il puiffe résister à cet état.

Le rigoureux incognito que M. le comte de Falckenftein continue de garder ne permet pas de suivre fes traces auffi exactement qu'on le de

Greroit. Tels font les détails qu'on a pu fe pro eurer pour fervir de fuite au journal de fon voyage.

M. le come n'a refté que trois jours à Bordeaux, & s'y est peu fait voir. Il est allé à Bayonne, curieux de voir les pirenées, & ce qui a rapport à l'exploitation de la mâture, ainli que les travaux qu'il a fallu faire fur des rochers & des blocs de marbre, entre des précipices qui ont plus de 100 toifes de profondeur, au-deffus de rapides torrens, fur des demi-voûtes de 12 pieds de haut & fur plus de 800 toifes de long, afin de pratiquer un chemin commode pour tirer des arbres énormes du poids de 20 à 30 mille livres, & les rendre à l'entrepôt de Bayonne, d'où les mâts font enfuite diftribués dans les différens arfenaux de la marine.

M. le comte de Falckenstein, en partant de Bayonne, a pris la route de la Bifcaye, où l'on préfume qu'il a vifité les deux fortereffes de Fontarabie & de St. Sebastien.

On perd de vue ce prince en Espagne, & on ne le voit reparoître en France que le 2 Juillet, jour de fon arrivée à Toulon. Le 3, M. le comte de Falckenftein, accompagné du marquis de St. Aignan & du chevalier de Fabry, alla vifiter la corderie; de-là il fe rendit au parc d'artillerie, où il s'embarqua pour aller au lazaret & à St. Mandrié. A fon retour dans le port, il vifita le vaiffeau le Languedoc & le Baffin, & enfuite il rentra chez lui. L'après-midi il fe rendit à bord du chebeck le Caméléon, commandé par le chevalier de Bras, & peu de tems après il alla voir manœuvrer le régiment de Navarre, qui fit l'exercice à feu au champ de Mars.

Le 4, ce prince alla voir le fort de la Malgue, & à fon retour il vifita le cabinet de M, Grognard, cet artifte célebre qui a construit dans la mer une forme dans laquelle les plus gros:

vaiffeaux pourront être radoubés. L'après-midi il alla à Hyères, d'où il revint le foir.

· Comme M. le comte de Falckenftein s'eft trou. vé à Toulon en même tems que Monfieur, frere du roi, il convient de placer ici la fuite des détails concernant le voyage de S. A. R.

Monfieur venant de Marmande se rendit à Toulouse. Le 20 Juin, ce prince a bien voulu admettre la compagnie royale des pénitens bleus de cette ville à lui préfenter l'hommage de fon profond refpect & de fa vénération; M. Monffinat, adjudant au parlement, fyndic de cette compagnie, a eu l'honneur de porter la parole, en l'abfence de M. le comte de Paulo, prieur, à la tête d'une députation compofée de 30 gentilshommes les plus diftingués de la ville.

Le 21, Monfieur, accompagé de tous les feigneurs de fa fuite, a fait l'honneur à cette compagnie de vifiter fa chapelle, belle par elle-même, & qu'on avoit magnifiquement décorée. Il fut reçu, la croix levée, & avec un dais porté par 6 gentilshommes en habit de pénitent. L'archevêque, qui avoit précédé le prince de quelques inftans, fe trouva à la tête de la compagnie, & d'un clergé nombreux, lui présenta de l'eau bénite, & dit l'oraifon après le Domine falvum fac regem à grands choeurs & en fimphonie; pendant qu'on l'exécutoit Monfieur demeura à genoux dans le fanctuaire, appuyé fur un prie-dieu couvert d'un tapis de velours cramoifi brodé en or, & d'un fac de pénitent bleu au-deffus duquel étoit le regiftre où le prince reconnoiffoit fa fignature, & celle de tous les, rois de France fes ayeux. Ce prince a bien voulu accorder cette marque de diftinction à cette compagnie, qui doit fon existence & fes privileges à la piété de nos rois, & a le glorieux avan tage de compter tous les princes du fang royal.

au nombre de fes bienfaiteurs. Après que le prince fut forti de la chapelle, les pénitens bleus délibérerent de faire célébrer chaque jour une meffe, & de chanter l'Exaudiat jufqu'au jour de fon retour à Versailles inclufivement, ce qui s'exécute avec beaucoup d'édification, & attire un concours prodigieux.

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Monfieur, en arrivant à Beziers par le canal, fut falué à la montagne nommée Mal-pas, par une compagnie de dragons, vêtue de l'uniforme de fon régiment, compofée, de 80 jeunes gens d'élite; aux neuf éclufes une autre compagnie de 60 maîtres vêtue couleur ventre de biche à revers bleus, & galonnée d'argent, se présenta. Les éclufes illuminées formoient un coup d'œil unique. Au moment où Monfieur fortit de la barque, 60 bergers & bergeres, vêtus du meilleur goût, formerent un ballet champêtre, & précéderent le prince jufqu'à la porte de la ville, où les officiers municipaux lui préfenterent les clefs, & le haranguerent. Les rues étoient illuminées tapiffées, fablées, & bordées par le régiment de Vermandois. Le préfidial harangua le prince à l'évêché, où il foupa & coucha; le lendemain le prince entendit la meffe à la cathédrale, & partit enfuite pour Agde, précédé & fuivi du cortege de la veille.

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Monfieur ayant pris la route par terre arriva à Cette le 27, à 6 h. & demie du foir. Ce prince vint defcendre devant la maifon préparée pour le recevoir, & dont la façade offroit une trèsbelle décoration. Il fut reçu à la porte de cette maifon par l'évêque de Montpellier, le marquis de Calviffon, baron des états, le marquis de Mont-Ferrier, fyndic-général de la province, & fon fils, auffi fyndic-général, reçu en furvivance.

Après avoir vu du balcon de fon appartement Août. ze. quinz. 2777•

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